THERMOPYLES

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mardi 26 juin 2018

Marseille; dix petites choses que je connais d'elle.

Marseille est une ville bien méconnue, qui jouit d’une réputation bizarre, surfaite et largement erronée, qui en donne une image assez singulière.
Sans que l’inventaire qui va suivre soit exhaustif, voilà au moins dix pistes à suivre pour découvrir la ville tout autrement.

1- Où dormir ?

Les hôtels n’y sont pas très nombreux, mais le 11° Arrondissement de Marseille n’est plus ... à Marseille. Des «villages» s’y côtoient: de vrais villages où le silence se fait lorsque tous les habitants sont rentrés chez eux. Parmi eux, celui de la Treille et celui, «historique», des Camoins, situés à l’extrémité est de la commune. Ces deux villages sont restés fidèles à l’imagerie de Pagnol: c’est ici qu’il est inhumé avec toute sa famille et que de nombreuses scènes de ses films y ont été tournées.

Marseille-La Treille-Camoins (JB)
Marseille-La Treille-Camoins (JB)

2- Le Vieux Port.

D’un seul coup, d’un seul, nous allons visiter le Vieux Port, son marché aux poissons tous les matins, son ferry-boat électrique (le ferry-boâte), son ombrière signée par Norman Foster, sorte de miroir ultra-mince de plus de 1000 m², et sa gare du Petit Train de Marseille.

Marseille-Marché aux poissons (JB)
Marseille-Ombrière (JB)

3-Le Fort Saint-Jean et le MUCEM.

Le quartier est riche en découvertes que l’on peut enchaîner les unes aux autres. A l’extrémité du Quai du Port, rive nord du Vieux Port, se trouve le Fort Saint-Jean. Avant que d’y pénétrer, il faut en faire le tour par une promenade magnifiquement aménagée en bordure d’eau. L’entrée du Fort permet d’accéder à quelques salles d’exposition et à un jardin botanique méditerranéen, lequel ouvre l’accès à un chemin de ronde. Une passerelle de béton signée de l’architecte Rudy Ricciotti, suspendue au-dessus du vide, permet d’atteindre le bâtiment du MUCEM, ceint d’une résille de béton photogénique en diable en plus d’être un exploit architectural.
Après une visite approfondie des expos permanentes et temporaires, sortez donc par le rez-de-chaussée et allez visiter la Cathédrale de la Major. Ou, en d’autres termes, Cathédrale Saint-Marie Majeure ! Cette cathédrale de pierre en lits alternés verts et blancs, édifiée au XIX° siècle, est offerte sur une vaste esplanade minérale et chaude.
Retour au MUCEM (le billet est valable la journée), retour sur le toit-terrasse, emprunt de la grande passerelle afin de rejoindre le Fort Saint-Jean et traversée par la petite passerelle de béton fibré afin de rejoindre l’église Saint-Laurent.

Marseille-Fort Saint-Jean (JB)
Marseille-Mucem (JB)
Marseille-Mucem (JB)
Marseille-Mucem (JB)

4-Le quartier du Panier.

L’église Saint-Laurent, église paroissiale du quartier, est la seule église médiévale qui nous soit parvenue. Le Panier est resté un quartier populaire, avec ses ruelles étroites et taguées et ses escaliers. Le tourisme y a pris sa part et la place de Lenche est devenue une grande terrasse, cependant le charme du quartier est toujours perceptible. Retour sur le Port par la Maison Diamantée (fin du XVI°) et l’Hôtel de Ville, édifice baroque du XVII°.

Marseille-Le Panier (JB)
Marseille-Le Panier (JB)
Marseille-Maison Diamantée (JB)
Marseille-Hotel de Ville (JB)
Marseille-Hotel de Ville (JB)

5- Madrague de Montredon.

Nous sommes à l’extrémité sud-ouest de la commune, aux portes du Parc des Calanques. Loin de la ville.Et toujours à Marseille ! Pour y parvenir, il faut prendre la route côtière au Pharo, passer le Vallon des Auffes, l’anse de Malmousque d’où l’on a un beau point de vue sur les Iles du Frioul et le Chateau d’If, la Pointe du Roucas Blanc, la plage du Prado, et continuer sans s’inquiéter des panneaux qui vous indiquent que «le retour est difficile» !?
Montredon est un petit village de pêcheurs, son port compte moins de cent anneaux et lorsque le soleil se couche sur la Méditerranée, il fait bon manger quelque poisson en terrasse. Il est interdit de plonger ou de se baigner dans le petit port, bien qu’il soit tagué sur le panneau «on est chez nous, on fait ce qu'on veut».

Marseille-Madrague de Montredon (JB)
Marseille-Madrague de Montredon (JB)

6- Friche Belle de Mai.

Il s’agit d’une ancienne manufacture des tabacs, la plus importante de France en 1960. Puis vient le déclin de la fabrication du tabac en France et les bâtiments sont fermés en 1990. Outre les Archives Municipales et la Conservation du Patrimoine, les bâtiments accueillent une soixantaine de structures et d’associations culturelles de toutes sortes, des restaurants, une halte-garderie, un skate-park, un jardin d’enfants, ... La Friche Belle de Mai est un lieu de rencontre et de création qu’il faut découvrir. Sous des allures d’espace alternatif, il s’agit bel et bien d’une coopérative d’actions culturelles, bien organisée et bien efficace. En témoignent les affiches des spectacles et manifestations organisés très régulièrement dans ces lieux.

Marseille-Friche Belle de Mai (JB)
Marseille-Friche Belle de Mai (JB)
Marseille-Friche Belle de Mai (JB)
Marseille-Friche Belle de Mai (JB)

7- Le Palais Longchamp.

Quelques pas, la voie ferrée et quelques minutes séparent ces deux mondes que sont la Belle de Mai et le Palais Longchamp. Qui n’est pas un palais ! Mais le Château d’eau de la ville de Marseille, flanqué du Musée des Beaux-Arts et du Muséum d’Histoire Naturelle, deux organismes qui ont perdu beaucoup de leur importance au bénéfice d’autres institutions. Reste le Château d’eau ! Une somptueuse réalisation édifiée entre 1862 et 1869, sous la direction de l’architecte Henry Espérandieu, afin de recueillir les eaux de la Durance, détournée, pour que Marseille cesse d’être condamnée à la sécheresse. Deux portails ouvrent sur deux allées qui entourent bassins et escaliers d’eau jusqu’à rejoindre une monumentale colonnade entourant un arc de triomphe. De celui-ci s’échappe le char de la Durance, tiré par quatre taureaux puissants et trois fois plus grands que nature. L’eau coule, gicle, éclabousse, cascade de partout !

Marseille-Palais Longchamp (JB)
Marseille-Palais Longchamp (JB)
Marseille-Palais Longchamp (JB)

8- Notre Dame de la Garde.

Surnommée «La Bonne Mère», cette basilique culmine à plus de 150 mètres au-dessus de Marseille. Tout autour de sa plate-forme, il est loisible de découvrir l’intégralité de la ville en un gigantesque panorama. Son architecte est connu: Henry Espérandieu, celui qui a construit le Palais Longchamp et qui était directeur des travaux d’édification de La Major (architecte Vaudoyer). L’alternance des lits de pierres vertes et blanches en est un signe caractéristique. Pour atteindre ND de la Garde, rien ne vaut le Petit Train de Marseille qui atteint son but après un long tour du Vieux Port, un passage vers le Pharo, un point de vue sur les Iles du Frioul, puis la longue montée vers la basilique.

Marseille-ND de la Garde (JB)

9- La quincaillerie Empereur.

Sans doute la plus vieille quincaillerie de France ! On y trouve de tout ! absolument de tout ! Dans un décor de la première moitié du XIX°, puisqu’elle a été créée en 1827, voici le magasin dans lequel vous pourrez acheter vos outils et accessoires de bricolage, d’électricité tels douilles, ampoules et câbles, vos couteaux et autres objets culinaires, vos savons, vos vêtements, serviettes et torchons, les anciens jeux d’enfants, votre vaisselle, vos bougies, et même les tapettes à souris, les fers à chaussures et les filets presse-citron. La Maison Empereur se trouve au 4 de la rue des Récolettes, dans le 1er arrondissement. N’oubliez pas de lui rendre visite !

Marseille-Quincaillerie Empereur (JB)

10- La Cité Radieuse de Le Corbusier.

Il ne s’agit pas d’un immeuble ! Mais d’un ensemble d’habitations regroupées en une sorte de «village vertical» sur pilotis, construit voici près de 70 ans. Dans ce «village», existent 337 appartements de 23 types différents, répartis sur un ou deux étages (duplex), voire trois étages (triplex). Les circulations se font par de très larges couloirs permettant les rencontres et les échanges. Le «village» dispose de sa «rue» commerçante, de son hôtel, de sa librairie, de son école maternelle, de sa crèche et le toit-terrasse est ouvert aux promenades, parcours sportifs et même à la baignade dans une petite piscine. C’est à visiter, ne serait-ce que pour découvrir une utopie architecturale, bien rarement imitée.

Marseille-Cité Radieuse Le Corbusier (JB)

lundi 4 juin 2018

Vrai et faux Klimt, vraie et fausse critique

Dans le cadre de sa chronique culturelle (Le Monde du 2 juin 2018), Michel Guerrin s’est livré à un réquisitoire en règle contre le spectacle numérisé consacré à Klimt par Culturespaces dans les nouveaux Ateliers des Lumières.
Insistant lourdement sur le caractère privé de l’initiative parisienne, l’auteur de la rubrique classe arbitrairement ceux qui fréquentent assidûment les musées parmi ceux qui trouvent nul ce spectacle.

Pour ceux qui ne seraient pas au fait de la chose, la Société Culturespaces présente une forme de diaporama géant constitué de plusieurs milliers d’images projetées par 140 vidéoprojecteurs, sur les murs ainsi qu’au sol. Certes, tous les tableaux de Klimt ne sont pas présentés in extenso, mais d’innombrables détails, des rapprochements, des oppositions d’images, de motifs, dans une succession d’extraits que vous pouvez voir en plusieurs endroits, sans que le déroulé y soit strictement identique. Le procédé s’appelle une exposition numérique immersive.

Et c’est cela que condamne Michel Guerrin: le fait que, dans le projet Klimt, le produit fini offert au spectateur ne soit pas quelques œuvres originales de l’artiste, mais le traitement informatique, numérique d’une grande partie de tout l’œuvre peint de celui-ci.
Autant, il serait acceptable que des sites internet constituent une encyclopédie de milliers de tableaux exposés de par le monde,
autant il serait acceptable que des scolaires, savamment guidés, puissent découvrir les grands peintres de nos musées nationaux au travers de sites éducatifs,
autant la conception numérique d’artistes qui jouent du pixel comme d’autres du pinceau pourrait prétendre à la reconnaissance de création,
mais là, non, c’en est trop !

Ce que voit le public, plongé dans le noir, pendant 40 minutes, ce sont des formes, des couleurs, des détails, mais quasiment jamais (dit-il !) le tableau dans sa singularité. Il n’y a pas de médiateur, pas de texte, pas de voix off.

Au cours de sa pérégrination de chroniqueur, l’auteur nous signale que ce programme est repris de l‘expérience des Carrières de Lumière, un site clos (et non à ciel ouvert, c’est une carrière souterraine !) où ont été projetés depuis 2012 Gauguin et Van Gogh, Monnet et Renoir, Klimt, Michel Ange et Léonard de Vinci, Chagall, Bosch et Brueghel, et Picasso cette année. Sous le nom de Cathédrale d’Images, et avec un autre exploitant, le même site existait depuis 1976, soit depuis plus de quarante ans ! Qu’il en a fallu du temps à notre chroniqueur pour découvrir les évolutions en matière de diffusion culturelle ! Sachez que Cathédrale d’Images a présenté Picasso en 2009 à 250000 visiteurs. Et que les Carrières de Lumière ont reçu 600000 visiteurs en 2017.

Mais l’essentiel du discours de Michel Guerrin vise, d’une part, à dénoncer la dématérialisation de l’œuvre et, d’autre part, à s’interroger sur la question de savoir si ces pratiques numériques vont entraîner davantage de visiteurs vers les musées, afin de découvrir l'original. Ce en quoi il ne croit pas, «au point de se demander si un peintre virtuel n’éloigne pas plus le spectateur du musée qu’il ne l’en rapproche».

Afin d’étayer sa thèse, l’auteur compare le prix d’entrée au spectacle des Ateliers de Lumière, au tarif d’entrée du Musée du Louvre (gratuit pour les moins de 25 ans). Est-ce là une remarque empreinte de sincérité, lorsque l’on sait que les œuvres majeures de Klimt se trouvent surtout à Vienne (Autriche), puis à Zurich (Suisse), Munich (Allemagne), Venise (Italie), New-York (USA), Ottawa (Canada) ou Prague (République Tchèque), ... à l’exception de «Rosiers sous les arbres», peint en 1905, qui se trouve au Musée d’Orsay ?

Klimt-Rosiers sous les Arbres-Musée d'Orsay

Faute de l’ «émotion diffuse et lente» qu’un tour du monde des tableaux de Klimt serait censé nous procurer, force est de se plaire à découvrir le monde de cet artiste avec les moyens modernes et renouvelés que nous procure l’informatique. Et tant pis pour le parisianisme attardé des critiques...

Klimt-La baiser-vu aux Ateliers

lundi 29 janvier 2018

Où va-t-on atterrir ?

La décision de mettre un terme au projet d'aéroport à Notre Dame des Landes a été accueillie par les français comme une bonne décision, et ceci pour quasiment trois sur quatre d'entre eux . Il est évident que cette décision a le grand mérite de solder une « affaire » s'éternisant depuis trop longtemps. Le risque d'un affrontement lourd et durable est ainsi écarté. Et Nicolas Hulot peut se maintenir à l'environnement, ce qui n'est pas un mince bénéfice pour le gouvernement.
L'approbation des français s'assimile bien davantage à un « ouf » de soulagement, empreint d'un peu de lâcheté, qu'à un réel assentiment politique. Ce dossier n'a que trop duré, tel est leitmotiv de tous. Et le report au printemps d'éventuelles opérations d'évacuation des lieux contribue à cette satisfaction générale.
Nous sommes cependant en droit de nous interroger sur l'aspect politique de cette décision, et de la considérer comme un échec de la démocratie. D'aucuns sont allés jusqu'à parler de déni de démocratie. Sans aller aussi loin, il est nécessaire de rappeler que ce dossier de l’aéroport de Notre Dame des Landes est vieux de plus de cinquante ans puisqu'il date de … 1967 ! La ZAD (Zone d'Aménagement Différé) est créée en 1974 et les choses s'endorment jusqu'en 2000. En 2009, puis en 2012, les opposants s'organisent et une opération d'expulsion des contestataires cristallise les mécontentements: les zadistes tiennent les lieux !

Sous une forme ou sous une autre, des dizaines et des dizaines de recours en justice sont rejetés par les tribunaux. En 2012, une Commission du Dialogue conclut à l'utilité du projet. En 2016, un référendum imaginé par François Hollande se traduit par plus de 55% d'avis favorables pour l'aéroport. Dans sa campagne électorale, Emmanuel Macron s'engage à réaliser ce projet. Rien n'y fait, l'occupation des lieux empêche toute évolution du dossier.

Les zadistes ont-ils gagné quelque chose pour autant ? Malgré leurs proclamations de victoire, rien n'est moins certain. Certes, l'aéroport ne se fera pas. Certes, les terres retourneront à leur usage agricole. Mais l'aéroport historique de Nantes sera agrandi, multipliant les nuisances au plus proche de la ville. Et la dénonciation idéologique des « projets inutiles », qui fait leur fond de commerce, s'éteint avec le renoncement à poursuivre ce dossier. Cela est tellement vrai que les revendications qui s'élèvent actuellement ne portent que sur la possibilité de certains à pouvoir rester sur place et poursuivre une expérience de retour à la terre.

L'expérience du Larzac est mise à contribution, alors qu'une différence manifeste existe avec la situation de Notre Dame des Landes. Au Larzac, au cours des années 1970-1980, ce sont plusieurs dizaines d'agriculteurs qui ont été menacés d'expulsion afin de permettre la création d'un espace d'entraînement de l'armée. Ces agriculteurs sont d'authentiques « anciens » du pays ainsi que des néo-ruraux qui, dans la suite de l'esprit de mai 68, se sont implantés et ont réhabilités des exploitations en ruines. Une réelle économie pastorale existe en 1970 sur le Larzac : élevage de brebis (plus de 100000 !), production de lait (pour le roquefort) et de fromages. Le ministère des Armées s'était lourdement trompé en déclarant ce pays quasiment vide ! 43 ans plus tard, en 2013, il y a 54 baux signés avec la Société Civile d'Exploitation des Terres du Larzac et plus d'une vingtaine d'exploitation ont leur siège social sur les terres du Larzac.

Il n'y a rien de tel à Notre Dame des Landes ! Si l'on excepte les exploitants agricoles qui n'ont jamais cessé d'utiliser des terres dont ils ont été expropriés et qu'ils vont recouvrir, rares sont les « zadistes » présents sur le site a avoir développé une activité économique, aussi modeste soit-elle, on trouve deux, voire trois, boulangeries, quelques serres potagères, une salle de concert et une bibliothèque, deux structures liées à l'occupation des lieux .... La revendication de pouvoir rester sur place vise à permettre à certains de poursuivre leur rêve d'autarcie, de refus de la société, de décroissance et de rejet d'un fonctionnement démocratique. Ils ne disposent pas de baux, ne payent aucun loyer, ni aucun impôt, ne sont raccordés à aucun réseau d'eau, d'hygiène ...

180119-Boulangers à N D des Landes-(C)AFP-Loïc Venance

Autant ce choix de vie est peut-être respectable, autant il ne saurait servir de modèle à notre société. Dans leur grande majorité, les « zadistes » sont des jeunes exclus de la société, qui se sont exclus ou qui se sentent exclus de celle-ci. Il est important de comprendre pourquoi est ressenti si vivement cette exclusion qui n'est pas toujours économique, mais qui est parfois largement politique et idéologique, puisqu'il s'agit de l'un des concepts de base de l'écologie radicale. Vivre en autosuffisance est considéré comme une forme de résistance au gouvernement ou à tous les pouvoirs, en mettant en œuvre un fonctionnement collectif limité à de petits groupes, et en nommant ceci « démocratie » !

Dans « Le Monde » daté du 20 janvier est décrite la situation d'une famille de trois personnes, les parents et une petite fille, vivant dans un village de 1000 habitants. Ils vivent dans une yourte de 30 m², sans électricité, sans eau courante, avec 1400 € par mois, soit sous le seuil officiel de pauvreté. Insérés dans un groupe d'une cinquantaine d'alternatifs, ils font leur potager et vivent de peu. Ils estiment « vivre bien ». La vie communautaire leur permet d'accéder gratuitement aux ressources communes et d'autofabriquer l'alimentation, l'habitat, l'énergie. Leur modèle est celui d'une polyactivité vivrière (boulangers-paysans), avec vente du surplus. Ils ne sont donc pas totalement en dehors de la société marchande, mais ne participent que marginalement à l'économie.

Est-ce la société de décroissance que nous désirons ? Est-ce ainsi que les hommes doivent vivre ?
Est-ce une orientation que l'Etat peut (et doit) accepter, voire prendre en considération ?
Dans ce comportement de repli sur soi, de rejet de la société dite de consommation, il y a une radicalisation qui n'a rien de commun avec ce qui s'est passé voici cinquante ans sur le Larzac, ni rien de commun avec ce que vivent aujourd'hui les exploitants du Larzac.

Alors, que faire si l'on désire mettre un terme à ce genre de situations ou, à défaut, éviter qu'elles se reproduisent ?
- La première des urgences consiste à réviser les procédures qui accompagnent la mise en route de projets d'équipement et de développement des territoires. Notamment en favorisant le débat systématique, en déployant des process de publicité et de communication. Les décisions municipales, départementales, régionales, de l'Etat, ne sont pas suffisamment commentées et débattues.
Est-il normal que des projets s'étirent pendant cinquante ans, ou même quinze ou vingt ans. Le dossier d'un projet d'équipement devrait être limité dans le temps. Si rien n'est engagé au bout de x années, le dossier devrait être caduc et totalement reconsidéré. Cela permettrait de prendre en compte les évolutions technologiques, environnementales, démographiques, économiques, d'emploi, … Il ne s'agit pas d'engager un dossier par la mise en place de barrières de chantier ou la pose d'une première pierre. Non, il s'agit que la réalisation du projet soit fermement initiée.
- Est-il normal que les projets de fermes éoliennes ne se réalisent (quand ils se réalisent!) que plus de cinq ans après la dépose du dossier ? Est-il normal que les types d'éoliennes envisagés voici cinq ans doivent impérativement être mis en œuvre, alors que la technologie a fait pendant ces cinq années de considérables progrès en matière de rendement et de silence ?
- De la même manière, les recours devraient être contraints dans le temps et dans leur nombre. Sitôt la publication d'un projet, une période de recours devrait s'ouvrir, période limitée dans le temps. L'invitation faite à la justice de traiter les recours dans un délai raisonnable semble indispensable. Il n'est pas possible de considérer un dossier caduc après une latence de x années si, par ailleurs, les recours peuvent être déposés les uns après les autres, sans limite de délai : recours concernant l'eau, concernant l'halieutique, les tritons à pattes palmées, les petites fleurs, etc, etc … dans le seul but de retarder indéfiniment la réalisation du projet.

Les choses ne sont certes pas blanches ou noires. Chaque citoyen doit pouvoir trouver son cadre de vie et son équilibre. Au-delà de la question de Notre Dame des Landes et des diverses ZAD que comprend notre pays, se pose une réelle question sociétale. Peux-t-on vivre durablement sur les marges de notre économie ? Peux-t-on vivre avec le RSA pour seul revenu assuré ? Au-delà de cette dernière question, c'est la théorie du revenu universel qui est interrogée.

vendredi 21 juillet 2017

Liberté vaccinale

J'ai soixante-dix ans.
Quand j'étais gosse, à l'école primaire, j'ai eu à rencontrer quelques gamins ayant des infirmités de la marche en général. Avec un peu de gêne, et pour évacuer la question au plus vite, les parents répondaient "Il a eu la polio". Entendez-vous souvent, à l'heure actuelle, cette question et à plus forte raison cette réponse.
Lors des sorties du dimanche, ou en cas de chute ou petit accident de la vie, les parents (encore eux) s’angoissaient à l'idée que les griffures de ronce ou les estafilades de fil de fer barbelé puissent nous donner le tétanos.
A l'âge de dix ans, ma compagne me raconte qu'elle a fait une primo-infection et qu'elle a du passer une année scolaire entière (neuf mois) dans un établissement spécialisé du Vercors. Il y a quelques temps, nous sommes allés à la recherche de cet établissement. Comme beaucoup d'autres "sanatoriums" ou "centres de cure" du Vercors, de Saint-Hilaire du Touvet, du plateau d'Hauteville-Lompnes dans l'Ain, il s'est transformé en centre de vacances. Même si la tuberculose n'est pas totalement vaincue, ces centres n'ont plus de raison d'être.
Parvenu au Lycée, en cours de sciences naturelles, nous a été présenté une figure de héros de la nation, Louis Pasteur, dont l'histoire de la victoire contre la rage était illustrée de chiens méchants et de gestes paternels à l'égard des enfants mordus par les premiers.
La variole ! A la fin des années 1960, cette maladie était encore endémique en Afrique et en Asie où elle a fait des milliers de victimes, bien souvent à cause du virus transmis par des occidentaux. En 1980, après une campagne mondiale diligentée par l'OMS, cette maladie a été déclarée éradiquée. Cependant, la précaution impose de prévenir soit un éventuel retour, soit une action de caractère terroriste qui pourrait faire des ravages. La variole est la seule maladie strictement "effacée" grâce à la seule volonté humaine.

Un mot magique relie toutes ces informations: vaccin !

Aujourd'hui, l'OMS (Le Monde du 19 juillet 2017) nous rappelle que près d'un enfant sur dix dans le monde, soit 13 millions d'enfants, n'est pas vacciné, ni contre la diphtérie, ni contre le tétanos, ni contre la coqueluche. L'OMS ajoute que 6 millions et demi d'enfants n'ont pas complété la séquence des trois doses vaccinales et n'ont donc aucune protection fiable. La conséquence de cette insuffisance vaccinale est que 2 à 3 millions d'enfants meurent chaque année de l'une ou l'autre de ces maladies, ou encore de la rougeole. Car toutes sont des maladies mortelles.
Bien entendu, d'ici j'entends dire que ce n'est pas chez nous. Non, 130 des 194 Etats membres de l'OMS ont atteint le taux de vaccination requis de 90%. C'est le taux de couverture vaccinale au-delà duquel la protection de tous est quasiment assurée.
Alors, qui sont les 64 pays dont la couverture vaccinale est insuffisante ? Ceux qui "vivent dans un environnement précaire ou de crise humanitaire" ! Comme les choses sont bien dites ! Guinée Equatoriale, Nigéria, République Centrafricaine, Somalie, Soudan du Sud, Syrie, Tchad, Ukraine, ... n'atteignent pas 50% de couverture vaccinale. Ethiopie, Laos, arrivent à peine à dépasser ce chiffre. Afghanistan, Nigéria et Pakistan ne peuvent parvenir à l'éradication de la poliomyélite. Tous ces pays sont des zones de surpopulation, des zones de bidonvilles urbains, des zones de guerre, quand ce n'est pas les trois à la fois.

Une vaste campagne existante depuis quelques mois déjà se développe actuellement. Elle était conduite par le Professeur Joyeux, radié de l'Ordre des Médecins, militant convaincu de l'extrême-droite, homophobe, opposant au mariage pour tous, traditionaliste, animateur de l'Institut pour la Protection de la Santé Naturelle (IPSN), un ramassis d'approximations et d’affirmations fausses. Cette campagne est désormais relayée par des militants verts et écologistes à qui, sans doute, il manquait l'objet d'une opposition au nouveau Président de la République. Les communistes, les Insoumis avaient trouvé leur créneau, seul les Verts restaient orphelins d'une cause populaire. Le Professeur Joyeux la leur a fournie !

Calendrier 2017 de vaccinations
Pour affirmer son originalité sociale, cette campagne s'appuie sur l'affirmation que l'obligation vaccinale serait un cadeau fait à l'industrie et aux laboratoires pharmaceutiques. Les chiffres avancés sont largement irréalistes et, de toutes façons, seront fonction des appels d'offres lancés en fin d'année par le Ministère de la Santé, lequel complètera son marché par une négociation sur les tarifs que devront consentir les industriels. Par ailleurs, quoi qu'il en soit, cet argument ne saurait justifier un rejet du principe vaccinal !
Pour le reste, il est faux d'affirmer que les vaccins sont dangereux, y compris ceux qui contiennent de l'aluminium, un adjuvant utilisé depuis 1920, il est faux d'affirmer que les vaccins peuvent causer l'autisme ou la sclérose en plaques, Il est faux de dire que les vaccins sont dangereux. Le potentiel choc anaphylactique que peux provoquer l'injection du vaccin "Rougeole-Oreillons-Rubéole" (ROR) est de 0,00035 %; 3,5 cas sur un million de doses injectées (données OMS). Il est faux de dire que l'allaitement protège l'enfant contre les maladies telles la rougeole, les oreillons ou la rubéole.
S'il existe un danger, il se situe avant tout dans l'insuffisance de couverture vaccinale. Deux exemples en font la démonstration.
Par suite d'une baisse de ce taux de couverture, en France, les cas de rougeole sont passés de 1176 cas en 2009 à 14949 en 2011.
Au Japon, le taux de couverture vaccinale contre la coqueluche est passé de 80% en 1974 à 10% en 1979. Pendant de même laps de temps, les cas de maladie sont passés de 393 sans un seul décès à plus de 13000 avec 41 décès.

Il est certain que l'on peut débattre du nombre et de la priorité à accorder à chacun des vaccins proposés,tout comme l'on peut discuter du calendrier vaccinal. Mais ne faisons pas d'amalgame avec des affaires récentes comme le Médiator ! L'enjeu n'est pas le même.

Le fameux Professeur Joyeux le dit lui-même: "vous devez exiger que votre enfant non vacciné soit admis dans une crèche, car il ne fait courir aucun risque aux autres enfants qui, eux, sont vaccinés !"
Nous sommes là à un sommet de l'égoïsme: je suis libre de mon comportement parce que la protection à laquelle les autres consentent me protège et me permet d'agir avec individualisme ! Plus globalement, cette campagne anti-vaccination est, analysée au niveau mondial, une campagne d'occidentaux, blancs, riches et en bonne santé (pour l'instant !) ..... Ce n'est malheureusement pas de telles attitudes qui feront avancer le monde.

mardi 9 mai 2017

Naissance d'une nouvelle présidence dans les bruits et les fureurs

Ce texte a été écrit le 9 mai 2017, soit quelques jours avant le second tour des Elections Présidentielles.
Incomplet, inachevé, il est toujours resté en attente.
Pour les quelques réflexions et points de repère qu'il contient, le voici soumis à la lecture et à l'analyse.




Pierre Mendès-France, PMF, Il est décédé le 18 octobre 1982, qui se souvient de lui ? Radical, il devient Président du Conseil le 18 juin 1954, quelques jours après Dien Bien Phu. Son cabinet est constitué de ministres et collaborateurs CNIP (Indépendants et Paysans), MRP, radicaux, gaullistes, avec le soutien (non décisif) du PCF.
Sitôt élu, en trente jours, il fait aboutir les négociations de paix en Indochine. En 1956, la Tunisie acquiert son indépendance. L’incertitude et l'hésitation seront plus fortes en ce qui concerne l'Algérie qu'il voit longtemps comme une "terre française", avant de réclamer des mesures susceptibles de retrouver la confiance des Algériens. L'Europe ne rencontre pas son enthousiasme, car il a peur d'une résurgence des exigences allemandes. En 1954, il soumet au Parlement (qui le rejette) le projet de Communauté Européenne de Défense (en 1957 (voici 60 ans), il désapprouvera le Traité de Rome).
Quittant le Gouvernement en 1955, chutant sur la question algérienne, il se rapprochera progressivement du socialisme, En 1959, auprès du PSA, en 1961 dans le PSU.
PMF a laissé une trace indélébile dans l'histoire du socialisme à la recherche de son renouveau en vue de son intégration dans le monde moderne. Il a été également un infatigable artisan du débat politique, y compris avec les forces, les courants, les hommes que l'on peut qualifier de progressistes même s'ils ne sont pas encartés "à gauche".
En 1967, PMF devient député de la circonscription de Grenoble. Nous avions juste 20 ans, nous l'y avions rencontré.

Michel Rocard. Il est décédé voici moins d'un an, mais cela suffit-il pour que les jeunes le connaissent mieux ? Il a été candidat à l'élection présidentielle de 1969, sous l'étiquette du PSU (voir ci-dessus), dont il avait participé à la création en 1960. Mais auparavant, en 1966, il avait participé aux Rencontres de Grenoble destinées à poser les jalons d'un socialisme adapté au moment (nous y étions). Michel Rocard, sous le pseudonyme de Georges Servet, y déclare à propos de l'économie: "Du point de vue de la rationalité des choix, de la production à l'échelon des entreprises et dans un état donné de la demande et de la concurrence, il est à peu près indifférent que l'entreprise soit publique ou privée dès lors que le pouvoir politique est en mesure d'assurer le respect des règles économiques tracées et de maîtriser le financement des investissements". Grenoble avait été choisie parce qu'Hubert Dubedout y développait une expérience de décentralisation et de démocratie urbaine (unions de quartier, débat sur l'eau, ...). Lors de ces rencontres, Hubert Dubedout déclare:"Il y a dans ces textes un grand vide en ce qui concerne la vie régionale, étant bien entendu que je ne me réfère pas à la parodie de vie régionale que nous connaissons actuellement. Vous faites l'étude des structures d'un Etat socialiste et vous risquez de tomber dans le piège de l'Etat centralisateur... "
En 1974, Michel Rocard propose au PSU de rejoindre le PS; Mis en minorité, il démissionne et rejoint le Parti Socialiste en 1974. Leader de la "seconde gauche", il sera en permanence en affrontement avec François Mitterand, dont il n'approuve pas les principes du "Programme commun", ni les nationalisations. Il considère que les socialistes ne sont que les héritiers d'un "mouvement centralisateur commencé avec Philippe Le Bel, et que ce mouvement doit s'arrêter !" (Philippe Le Bel, c'était en 1268-1314 !). Il s'oppose aux nationalisations, prône l'économie de marché, se réclame de la pensée de Pierre Mendès-France, veut une politique économique réaliste et une culture de gouvernement. Michel Rocard, c'est le RMI, la CSG, la paix en Nouvelle-Calédonie, cette phrase toujours tronquée: "La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre fidèlement sa part", un attachement inébranlable à l'Europe et, sans doute, l'introduction d'une touche non négligeable de libéralisme dans l'économie française.

Jacques Delors. Né en 1925, il aura bientôt 92 ans. Voilà un homme politique, socialiste, qui n'a jamais voulu devenir (ou tenter de .. ) chef d'Etat en France, et ceci bien malgré les pressions qui ont pu s'exercer sur lui en diverses occasions. Député européen de 1979 à 1981, Ministre de l'Economie entre 1981 et 1984, sous François Mitterand, Président de la Commission Européenne de 1985 à 1995, Jacques Delors est d'abord un militant syndical, à la CFTC, un syndicat chrétien proche de la droite. Il va œuvrer à la déconfessionnalisation de ce syndicat et à son orientation vers des concepts plus socialistes. Cela donnera la CFDT qu'il rejoindra en 1964.
En 1974, il adhère au Parti Socialiste. Elu député européen, il démissionne en 1981 afin de rejoindre le poste de Ministre de l'Economie et des Finances, dans le premier gouvernement Pierre Mauroy, sous la présidence de François Mitterand. Sa politique se caractérise plutôt par sa rigueur !
Ce n'est qu'après avoir été désigné comme Président de la Commission Européenne qu'il évolue considérablement, fait tomber les barrières commerciales entre les pays européens, développe le grand marché européen, vante les bienfaits de l'intégration et ouvre la voie de la monnaie unique. En 2004, avec Michel Rocard, il propose la mise en place d'un Traité de l'Europe Sociale. Proposition qu'il relance inlassablement en 2012, 2014 et encore en février 2016: "Si l’élaboration des politiques européennes compromet la cohésion et sacrifie des normes sociales, le projet européen n’a aucune chance de recueillir le soutien des citoyens européens".

Edmond Maire. Syndicaliste né en 1931, il est, lui aussi, originaire de la CFTC. Il rejoint la CFDT en 1964, tout comme Jacques Delors. A l'origine d'un véritable aggiornamento du syndicalisme, il est largement suivi dans sa démarche par les Secrétaires Généraux qui l'ont suivi: Jean Kaspar, Nicole Notat, François Chérèque, Laurent Berger.


Ces hommes, ces femmes sont peu ou prou les parrains, les maîtres à penser d'Emmanuel Macron. Parce que tous ces hommes et femmes ont tenté durant toute leur activité politique ou syndicale de créer un rapprochement entre les démocrates classés traditionnellement à droite ou à gauche. Tous-toutes ont continument construit ce que l'on a appelé la nouvelle gauche, ou la seconde gauche. Une gauche construite en opposition avec le marxisme et ses collatéraux tel que le centralisme démocratique, et en recherche de dialogue et de débat, de pouvoir et de responsabilités, tels la cogestion (Lip), les sections syndicales d'entreprises, ...
Emmanuel Macron est un homme de gauche. Sa culture et ses fréquentations en témoignent. Au sens américain du terme, c'est un libéral de gauche, C'est à dire un homme convaincu de la primauté de l'individu dans le mouvement social et économique. Mais de gauche, car il prône l'intervention limitée de l'Etat chaque fois que cela sera jugé nécessaire et uniquement lorsque cela sera jugé nécessaire. Par rapport à la liste de ses "parrains" précités, il convient de ne pas y rajouter Jean Lecanuet, Alain Poher, Raymond Barre, Jean-Jacques Servan-Schreiber, ni même François Bayrou, qui tous sont des libéraux, certes, mais des libéraux de droite, dont les tendances sont généralement plus autoritaires. Au sujet de François Bayrou, les récentes polémiques au sujet des revendications de ce dernier en terme de sièges illustrent bien ce distinguo entre libéral de gauche et libéral de droite.
S'il faut un certificat de baptême, Michel Rocard s'est chargé de le lui décerner: "Il reste du côté du peuple, donc de la gauche. Assurer un bien meilleur niveau d'emploi, Macron ne pense qu'à ça. Réduire les inégalités, on peut encore faire avec lui. Reste le vrai signal de gauche qui consiste à donner à l'homme plus de temps libre pour la culture, les choses de l'esprit, le bénévolat associatif, etc. Le capitalisme doit ménager cet espace"

Notre sujet aujourd'hui est celui des bruits et des fureurs qui ont accompagné la marche victorieuse d'Emmanuel Macron. Qui aurait parié un Euro sur cet homme voici seulement trois ans ? Personne, absolument personne ! La création de son mouvement, la campagne gérée comme la conquête d'un nouveau "marché", la décentralisation extrême de la recherche des idées, .. personne n'a vu venir ceci. Alors que Ségolène Royal avait déjà mis à profit les groupes de militants afin de recueillir le demandes, les réclamations, les idées des citoyens, elle n'avait pas réussi à en faire un ensemble vivant. Alors, de gauche et de droite, tous les acteurs patentés de la vie politique, tous les commentateurs se sont répandus. Les plus modérés en mettant en exergue les structures des institutions de la V° République et le traditionnel second tour des élections présidentielles assez clivant pour renvoyer dos à dos la gauche et la droite.
Le match que tous nous proposaient était le match Hollande-Sarkozy et nous étions fermement invités à faire nos jeux et préparer nos paris ! Aucun d'entre eux n'avait prévu l'éviction de Sarkozy lors des primaires de la droite. Ni la dramatique dégringolade du candidat conservateur Fillon (27 novembre 2016) sorti vainqueur de cette compétition et rapidement rattrapé par des affaires et surtout des comportements hors de concordance avec les propos.
Du coté de la gauche, la situation n'était pas meilleure. Hollande, pressé de ne pas se représenter parce que rejeté par les Français, et parce que Valls souhaitait assurer la relève, ne participant pas à ces primaires, ce sont sept prétendants qui se proposent au vote de 1 600 000 électeurs (22 janvier). Et Manuel Valls ne parvient qu'à la seconde position. Il sera éliminé au second tour par Benoit Hamon (29 janvier). Un Benoit Hamon coincé entre l'héritage hollandais qu'il ne "doit" pas rejeter et sa propre critique de frondeur. Un Benoit Hamon, visionnaire ou non (?), qui préconise le revenu universel, largement incompris.

En embuscade, Jean-Luc Mélanchon. Qui commence à croire à sa bonne étoile.
Et, ni de droite, ni de gauche, plutôt "et de droite, et de gauche", Emmanuel Macron.
Et, Marine Le Pen qui, elle aussi, rêve de fracasser le plafond de verre que les français mettent systématiquement en place lors des élections nationales !

Alors, s'amplifient les cris et les fureurs ! Fin janvier, courant février, débute l'affaire Pénélope Fillon, soupçonnée d'emploi fictif, mais bien rémunérée. François Fillon refuse de se démettre, malgré les pressions de certains de ses amis, et parle de "coup d'Etat institutionnel porté contre lui par la gauche" !
Une caricature antisémite de Fillon, retirée sous les protestations, est publiée par les Républicains.
Rumeurs, faux sondages, accusations mensongères telle, par exemple, la rumeur sur l'inexactitude de la déclaration de patrimoine d'Emmanuel Macron. Et, bien entendu, l'inévitable raccourci à propos du "banquier", un raccourci dont Mélanchon use et abuse. D'ailleurs, les "Insoumis" sont, avec le Front National, les plus ardents pour pousser les haut-cris, voire lancer des insultes.
En ce qui concerne le Front National et Marine Le Pen, le sommet a été atteint lors du débat préliminaire au second tour. Sans doute parce qu'elle était convaincue d'avoir perdu la partie et donc de n'avoir plus rien à perdre, Marine Le Pen a choisi de jouer le populisme à outrance et ainsi, croit-elle, engranger des fidèles pour l'avenir. Lors de ce débat, elle s'est montrée haineuse, hallucinée, hystérique, ricanante et totalement à coté de son sujet, incapable d'expliquer à peu près clairement comment elle comptait faire coexister deux monnaies en France et comment elle pensait convaincre les 19 pays membres de la zone euro de renoncer à leur monnaie unique pour ré-instituer des monnaies nationales.
L'autre face de la violence verbale se retrouve chez les "Insoumis". Galvanisés par un chef médiatique et envoûtant, ils se voyaient déjà au second tour de l'élection, rêvant sans doute d'affronter Marine Le Pen au cours d'un combat de titans permettant de trancher vif entre deux populismes. Mélanchon, au soir du premier tour, était si convaincu de sa victoire qu'il a cru nécessaire de mettre en doute et de dénoncer les premières estimations: "les chiffres que l'on nous donne maintenant ne sont pas ceux que le Ministère donnera dans quelques heures" ! Le leader des "Insoumis" s'est alors scandaleusement comporté en refusant d'appeler à voter pour Emmanuel Macron, refusant par là-même de participer à un Front Républicain qui, en définitive, n'a pas vu le jour ! Ses militants ont ajouté à la confusion en scandant le mot d'ordre: "Ni Macron, ni Marine, on ne choisit pas entre la peste et le choléra". Il faut être bien peu regardant en matière d'analyse politique pour renvoyer ces deux candidats et les idées qu'ils représentent dans le même répertoire des maladies. Ou bien, être soit même victime de la maladie infantile du communisme: le gauchisme !
Tout n'était encore pas dit dans cette vindicte à l'égard d'Emmanuel Macron. François Ruffin a choisi de publier dès avant le second tour un violent réquisitoire populiste contre le futur Président "vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï...". La thématique basique étant celle de l'opposition des "gens" contre le pouvoir de ceux qui ont l'argent !
Dès après l'élection acquise, certains militants ont publié sur les réseaux sociaux des déclarations enflammées selon lesquelles ils "prenaient immédiatement le maquis" et "entraient en résistance". La lutte des classes fait un retour magistral, alors que le Parti Communiste lui-même semblait avoir abandonné ce concept au cours des années 1990-2000.
Le problème est que le même vocabulaire à propos des "gens" est utilisé par l'extrême-droite et que, bientôt, presque rien ne distinguera l'extrême-gauche de l'extrême-droite, à l'exception notable de l'internationalisme. Mais, est-ce là une thématique perçue comme de première importance ?

PMF à Vincent Auriol, président de la République, en mai 1953: "Je suis détesté de ceux que l’on appelle les "grands" hommes politiques de ce pays», mais «j’ai par contre de grands encouragements des jeunes et c’est ce qui compte».

Emmanuel Macron - Photo officielle

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