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Démocratie

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vendredi 21 juillet 2017

Liberté vaccinale

J'ai soixante-dix ans.
Quand j'étais gosse, à l'école primaire, j'ai eu à rencontrer quelques gamins ayant des infirmités de la marche en général. Avec un peu de gêne, et pour évacuer la question au plus vite, les parents répondaient "Il a eu la polio". Entendez-vous souvent, à l'heure actuelle, cette question et à plus forte raison cette réponse.
Lors des sorties du dimanche, ou en cas de chute ou petit accident de la vie, les parents (encore eux) s’angoissaient à l'idée que les griffures de ronce ou les estafilades de fil de fer barbelé puissent nous donner le tétanos.
A l'âge de dix ans, ma compagne me raconte qu'elle a fait une primo-infection et qu'elle a du passer une année scolaire entière (neuf mois) dans un établissement spécialisé du Vercors. Il y a quelques temps, nous sommes allés à la recherche de cet établissement. Comme beaucoup d'autres "sanatoriums" ou "centres de cure" du Vercors, de Saint-Hilaire du Touvet, du plateau d'Hauteville-Lompnes dans l'Ain, il s'est transformé en centre de vacances. Même si la tuberculose n'est pas totalement vaincue, ces centres n'ont plus de raison d'être.
Parvenu au Lycée, en cours de sciences naturelles, nous a été présenté une figure de héros de la nation, Louis Pasteur, dont l'histoire de la victoire contre la rage était illustrée de chiens méchants et de gestes paternels à l'égard des enfants mordus par les premiers.
La variole ! A la fin des années 1960, cette maladie était encore endémique en Afrique et en Asie où elle a fait des milliers de victimes, bien souvent à cause du virus transmis par des occidentaux. En 1980, après une campagne mondiale diligentée par l'OMS, cette maladie a été déclarée éradiquée. Cependant, la précaution impose de prévenir soit un éventuel retour, soit une action de caractère terroriste qui pourrait faire des ravages. La variole est la seule maladie strictement "effacée" grâce à la seule volonté humaine.

Un mot magique relie toutes ces informations: vaccin !

Aujourd'hui, l'OMS (Le Monde du 19 juillet 2017) nous rappelle que près d'un enfant sur dix dans le monde, soit 13 millions d'enfants, n'est pas vacciné, ni contre la diphtérie, ni contre le tétanos, ni contre la coqueluche. L'OMS ajoute que 6 millions et demi d'enfants n'ont pas complété la séquence des trois doses vaccinales et n'ont donc aucune protection fiable. La conséquence de cette insuffisance vaccinale est que 2 à 3 millions d'enfants meurent chaque année de l'une ou l'autre de ces maladies, ou encore de la rougeole. Car toutes sont des maladies mortelles.
Bien entendu, d'ici j'entends dire que ce n'est pas chez nous. Non, 130 des 194 Etats membres de l'OMS ont atteint le taux de vaccination requis de 90%. C'est le taux de couverture vaccinale au-delà duquel la protection de tous est quasiment assurée.
Alors, qui sont les 64 pays dont la couverture vaccinale est insuffisante ? Ceux qui "vivent dans un environnement précaire ou de crise humanitaire" ! Comme les choses sont bien dites ! Guinée Equatoriale, Nigéria, République Centrafricaine, Somalie, Soudan du Sud, Syrie, Tchad, Ukraine, ... n'atteignent pas 50% de couverture vaccinale. Ethiopie, Laos, arrivent à peine à dépasser ce chiffre. Afghanistan, Nigéria et Pakistan ne peuvent parvenir à l'éradication de la poliomyélite. Tous ces pays sont des zones de surpopulation, des zones de bidonvilles urbains, des zones de guerre, quand ce n'est pas les trois à la fois.

Une vaste campagne existante depuis quelques mois déjà se développe actuellement. Elle était conduite par le Professeur Joyeux, radié de l'Ordre des Médecins, militant convaincu de l'extrême-droite, homophobe, opposant au mariage pour tous, traditionaliste, animateur de l'Institut pour la Protection de la Santé Naturelle (IPSN), un ramassis d'approximations et d’affirmations fausses. Cette campagne est désormais relayée par des militants verts et écologistes à qui, sans doute, il manquait l'objet d'une opposition au nouveau Président de la République. Les communistes, les Insoumis avaient trouvé leur créneau, seul les Verts restaient orphelins d'une cause populaire. Le Professeur Joyeux la leur a fournie !

Calendrier 2017 de vaccinations
Pour affirmer son originalité sociale, cette campagne s'appuie sur l'affirmation que l'obligation vaccinale serait un cadeau fait à l'industrie et aux laboratoires pharmaceutiques. Les chiffres avancés sont largement irréalistes et, de toutes façons, seront fonction des appels d'offres lancés en fin d'année par le Ministère de la Santé, lequel complètera son marché par une négociation sur les tarifs que devront consentir les industriels. Par ailleurs, quoi qu'il en soit, cet argument ne saurait justifier un rejet du principe vaccinal !
Pour le reste, il est faux d'affirmer que les vaccins sont dangereux, y compris ceux qui contiennent de l'aluminium, un adjuvant utilisé depuis 1920, il est faux d'affirmer que les vaccins peuvent causer l'autisme ou la sclérose en plaques, Il est faux de dire que les vaccins sont dangereux. Le potentiel choc anaphylactique que peux provoquer l'injection du vaccin "Rougeole-Oreillons-Rubéole" (ROR) est de 0,00035 %; 3,5 cas sur un million de doses injectées (données OMS). Il est faux de dire que l'allaitement protège l'enfant contre les maladies telles la rougeole, les oreillons ou la rubéole.
S'il existe un danger, il se situe avant tout dans l'insuffisance de couverture vaccinale. Deux exemples en font la démonstration.
Par suite d'une baisse de ce taux de couverture, en France, les cas de rougeole sont passés de 1176 cas en 2009 à 14949 en 2011.
Au Japon, le taux de couverture vaccinale contre la coqueluche est passé de 80% en 1974 à 10% en 1979. Pendant de même laps de temps, les cas de maladie sont passés de 393 sans un seul décès à plus de 13000 avec 41 décès.

Il est certain que l'on peut débattre du nombre et de la priorité à accorder à chacun des vaccins proposés,tout comme l'on peut discuter du calendrier vaccinal. Mais ne faisons pas d'amalgame avec des affaires récentes comme le Médiator ! L'enjeu n'est pas le même.

Le fameux Professeur Joyeux le dit lui-même: "vous devez exiger que votre enfant non vacciné soit admis dans une crèche, car il ne fait courir aucun risque aux autres enfants qui, eux, sont vaccinés !"
Nous sommes là à un sommet de l'égoïsme: je suis libre de mon comportement parce que la protection à laquelle les autres consentent me protège et me permet d'agir avec individualisme ! Plus globalement, cette campagne anti-vaccination est, analysée au niveau mondial, une campagne d'occidentaux, blancs, riches et en bonne santé (pour l'instant !) ..... Ce n'est malheureusement pas de telles attitudes qui feront avancer le monde.

Une série de liens à lire attentivement:

mardi 9 mai 2017

Naissance d'une nouvelle présidence dans les bruits et les fureurs

Ce texte a été écrit le 9 mai 2017, soit quelques jours avant le second tour des Elections Présidentielles.
Incomplet, inachevé, il est toujours resté en attente.
Pour les quelques réflexions et points de repère qu'il contient, le voici soumis à la lecture et à l'analyse.




Pierre Mendès-France, PMF, Il est décédé le 18 octobre 1982, qui se souvient de lui ? Radical, il devient Président du Conseil le 18 juin 1954, quelques jours après Dien Bien Phu. Son cabinet est constitué de ministres et collaborateurs CNIP (Indépendants et Paysans), MRP, radicaux, gaullistes, avec le soutien (non décisif) du PCF.
Sitôt élu, en trente jours, il fait aboutir les négociations de paix en Indochine. En 1956, la Tunisie acquiert son indépendance. L’incertitude et l'hésitation seront plus fortes en ce qui concerne l'Algérie qu'il voit longtemps comme une "terre française", avant de réclamer des mesures susceptibles de retrouver la confiance des Algériens. L'Europe ne rencontre pas son enthousiasme, car il a peur d'une résurgence des exigences allemandes. En 1954, il soumet au Parlement (qui le rejette) le projet de Communauté Européenne de Défense (en 1957 (voici 60 ans), il désapprouvera le Traité de Rome).
Quittant le Gouvernement en 1955, chutant sur la question algérienne, il se rapprochera progressivement du socialisme, En 1959, auprès du PSA, en 1961 dans le PSU.
PMF a laissé une trace indélébile dans l'histoire du socialisme à la recherche de son renouveau en vue de son intégration dans le monde moderne. Il a été également un infatigable artisan du débat politique, y compris avec les forces, les courants, les hommes que l'on peut qualifier de progressistes même s'ils ne sont pas encartés "à gauche".
En 1967, PMF devient député de la circonscription de Grenoble. Nous avions juste 20 ans, nous l'y avions rencontré.

Michel Rocard. Il est décédé voici moins d'un an, mais cela suffit-il pour que les jeunes le connaissent mieux ? Il a été candidat à l'élection présidentielle de 1969, sous l'étiquette du PSU (voir ci-dessus), dont il avait participé à la création en 1960. Mais auparavant, en 1966, il avait participé aux Rencontres de Grenoble destinées à poser les jalons d'un socialisme adapté au moment (nous y étions). Michel Rocard, sous le pseudonyme de Georges Servet, y déclare à propos de l'économie: "Du point de vue de la rationalité des choix, de la production à l'échelon des entreprises et dans un état donné de la demande et de la concurrence, il est à peu près indifférent que l'entreprise soit publique ou privée dès lors que le pouvoir politique est en mesure d'assurer le respect des règles économiques tracées et de maîtriser le financement des investissements". Grenoble avait été choisie parce qu'Hubert Dubedout y développait une expérience de décentralisation et de démocratie urbaine (unions de quartier, débat sur l'eau, ...). Lors de ces rencontres, Hubert Dubedout déclare:"Il y a dans ces textes un grand vide en ce qui concerne la vie régionale, étant bien entendu que je ne me réfère pas à la parodie de vie régionale que nous connaissons actuellement. Vous faites l'étude des structures d'un Etat socialiste et vous risquez de tomber dans le piège de l'Etat centralisateur... "
En 1974, Michel Rocard propose au PSU de rejoindre le PS; Mis en minorité, il démissionne et rejoint le Parti Socialiste en 1974. Leader de la "seconde gauche", il sera en permanence en affrontement avec François Mitterand, dont il n'approuve pas les principes du "Programme commun", ni les nationalisations. Il considère que les socialistes ne sont que les héritiers d'un "mouvement centralisateur commencé avec Philippe Le Bel, et que ce mouvement doit s'arrêter !" (Philippe Le Bel, c'était en 1268-1314 !). Il s'oppose aux nationalisations, prône l'économie de marché, se réclame de la pensée de Pierre Mendès-France, veut une politique économique réaliste et une culture de gouvernement. Michel Rocard, c'est le RMI, la CSG, la paix en Nouvelle-Calédonie, cette phrase toujours tronquée: "La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre fidèlement sa part", un attachement inébranlable à l'Europe et, sans doute, l'introduction d'une touche non négligeable de libéralisme dans l'économie française.

Jacques Delors. Né en 1925, il aura bientôt 92 ans. Voilà un homme politique, socialiste, qui n'a jamais voulu devenir (ou tenter de .. ) chef d'Etat en France, et ceci bien malgré les pressions qui ont pu s'exercer sur lui en diverses occasions. Député européen de 1979 à 1981, Ministre de l'Economie entre 1981 et 1984, sous François Mitterand, Président de la Commission Européenne de 1985 à 1995, Jacques Delors est d'abord un militant syndical, à la CFTC, un syndicat chrétien proche de la droite. Il va œuvrer à la déconfessionnalisation de ce syndicat et à son orientation vers des concepts plus socialistes. Cela donnera la CFDT qu'il rejoindra en 1964.
En 1974, il adhère au Parti Socialiste. Elu député européen, il démissionne en 1981 afin de rejoindre le poste de Ministre de l'Economie et des Finances, dans le premier gouvernement Pierre Mauroy, sous la présidence de François Mitterand. Sa politique se caractérise plutôt par sa rigueur !
Ce n'est qu'après avoir été désigné comme Président de la Commission Européenne qu'il évolue considérablement, fait tomber les barrières commerciales entre les pays européens, développe le grand marché européen, vante les bienfaits de l'intégration et ouvre la voie de la monnaie unique. En 2004, avec Michel Rocard, il propose la mise en place d'un Traité de l'Europe Sociale. Proposition qu'il relance inlassablement en 2012, 2014 et encore en février 2016: "Si l’élaboration des politiques européennes compromet la cohésion et sacrifie des normes sociales, le projet européen n’a aucune chance de recueillir le soutien des citoyens européens".

Edmond Maire. Syndicaliste né en 1931, il est, lui aussi, originaire de la CFTC. Il rejoint la CFDT en 1964, tout comme Jacques Delors. A l'origine d'un véritable aggiornamento du syndicalisme, il est largement suivi dans sa démarche par les Secrétaires Généraux qui l'ont suivi: Jean Kaspar, Nicole Notat, François Chérèque, Laurent Berger.


Ces hommes, ces femmes sont peu ou prou les parrains, les maîtres à penser d'Emmanuel Macron. Parce que tous ces hommes et femmes ont tenté durant toute leur activité politique ou syndicale de créer un rapprochement entre les démocrates classés traditionnellement à droite ou à gauche. Tous-toutes ont continument construit ce que l'on a appelé la nouvelle gauche, ou la seconde gauche. Une gauche construite en opposition avec le marxisme et ses collatéraux tel que le centralisme démocratique, et en recherche de dialogue et de débat, de pouvoir et de responsabilités, tels la cogestion (Lip), les sections syndicales d'entreprises, ...
Emmanuel Macron est un homme de gauche. Sa culture et ses fréquentations en témoignent. Au sens américain du terme, c'est un libéral de gauche, C'est à dire un homme convaincu de la primauté de l'individu dans le mouvement social et économique. Mais de gauche, car il prône l'intervention limitée de l'Etat chaque fois que cela sera jugé nécessaire et uniquement lorsque cela sera jugé nécessaire. Par rapport à la liste de ses "parrains" précités, il convient de ne pas y rajouter Jean Lecanuet, Alain Poher, Raymond Barre, Jean-Jacques Servan-Schreiber, ni même François Bayrou, qui tous sont des libéraux, certes, mais des libéraux de droite, dont les tendances sont généralement plus autoritaires. Au sujet de François Bayrou, les récentes polémiques au sujet des revendications de ce dernier en terme de sièges illustrent bien ce distinguo entre libéral de gauche et libéral de droite.
S'il faut un certificat de baptême, Michel Rocard s'est chargé de le lui décerner: "Il reste du côté du peuple, donc de la gauche. Assurer un bien meilleur niveau d'emploi, Macron ne pense qu'à ça. Réduire les inégalités, on peut encore faire avec lui. Reste le vrai signal de gauche qui consiste à donner à l'homme plus de temps libre pour la culture, les choses de l'esprit, le bénévolat associatif, etc. Le capitalisme doit ménager cet espace"

Notre sujet aujourd'hui est celui des bruits et des fureurs qui ont accompagné la marche victorieuse d'Emmanuel Macron. Qui aurait parié un Euro sur cet homme voici seulement trois ans ? Personne, absolument personne ! La création de son mouvement, la campagne gérée comme la conquête d'un nouveau "marché", la décentralisation extrême de la recherche des idées, .. personne n'a vu venir ceci. Alors que Ségolène Royal avait déjà mis à profit les groupes de militants afin de recueillir le demandes, les réclamations, les idées des citoyens, elle n'avait pas réussi à en faire un ensemble vivant. Alors, de gauche et de droite, tous les acteurs patentés de la vie politique, tous les commentateurs se sont répandus. Les plus modérés en mettant en exergue les structures des institutions de la V° République et le traditionnel second tour des élections présidentielles assez clivant pour renvoyer dos à dos la gauche et la droite.
Le match que tous nous proposaient était le match Hollande-Sarkozy et nous étions fermement invités à faire nos jeux et préparer nos paris ! Aucun d'entre eux n'avait prévu l'éviction de Sarkozy lors des primaires de la droite. Ni la dramatique dégringolade du candidat conservateur Fillon (27 novembre 2016) sorti vainqueur de cette compétition et rapidement rattrapé par des affaires et surtout des comportements hors de concordance avec les propos.
Du coté de la gauche, la situation n'était pas meilleure. Hollande, pressé de ne pas se représenter parce que rejeté par les Français, et parce que Valls souhaitait assurer la relève, ne participant pas à ces primaires, ce sont sept prétendants qui se proposent au vote de 1 600 000 électeurs (22 janvier). Et Manuel Valls ne parvient qu'à la seconde position. Il sera éliminé au second tour par Benoit Hamon (29 janvier). Un Benoit Hamon coincé entre l'héritage hollandais qu'il ne "doit" pas rejeter et sa propre critique de frondeur. Un Benoit Hamon, visionnaire ou non (?), qui préconise le revenu universel, largement incompris.

En embuscade, Jean-Luc Mélanchon. Qui commence à croire à sa bonne étoile.
Et, ni de droite, ni de gauche, plutôt "et de droite, et de gauche", Emmanuel Macron.
Et, Marine Le Pen qui, elle aussi, rêve de fracasser le plafond de verre que les français mettent systématiquement en place lors des élections nationales !

Alors, s'amplifient les cris et les fureurs ! Fin janvier, courant février, débute l'affaire Pénélope Fillon, soupçonnée d'emploi fictif, mais bien rémunérée. François Fillon refuse de se démettre, malgré les pressions de certains de ses amis, et parle de "coup d'Etat institutionnel porté contre lui par la gauche" !
Une caricature antisémite de Fillon, retirée sous les protestations, est publiée par les Républicains.
Rumeurs, faux sondages, accusations mensongères telle, par exemple, la rumeur sur l'inexactitude de la déclaration de patrimoine d'Emmanuel Macron. Et, bien entendu, l'inévitable raccourci à propos du "banquier", un raccourci dont Mélanchon use et abuse. D'ailleurs, les "Insoumis" sont, avec le Front National, les plus ardents pour pousser les haut-cris, voire lancer des insultes.
En ce qui concerne le Front National et Marine Le Pen, le sommet a été atteint lors du débat préliminaire au second tour. Sans doute parce qu'elle était convaincue d'avoir perdu la partie et donc de n'avoir plus rien à perdre, Marine Le Pen a choisi de jouer le populisme à outrance et ainsi, croit-elle, engranger des fidèles pour l'avenir. Lors de ce débat, elle s'est montrée haineuse, hallucinée, hystérique, ricanante et totalement à coté de son sujet, incapable d'expliquer à peu près clairement comment elle comptait faire coexister deux monnaies en France et comment elle pensait convaincre les 19 pays membres de la zone euro de renoncer à leur monnaie unique pour ré-instituer des monnaies nationales.
L'autre face de la violence verbale se retrouve chez les "Insoumis". Galvanisés par un chef médiatique et envoûtant, ils se voyaient déjà au second tour de l'élection, rêvant sans doute d'affronter Marine Le Pen au cours d'un combat de titans permettant de trancher vif entre deux populismes. Mélanchon, au soir du premier tour, était si convaincu de sa victoire qu'il a cru nécessaire de mettre en doute et de dénoncer les premières estimations: "les chiffres que l'on nous donne maintenant ne sont pas ceux que le Ministère donnera dans quelques heures" ! Le leader des "Insoumis" s'est alors scandaleusement comporté en refusant d'appeler à voter pour Emmanuel Macron, refusant par là-même de participer à un Front Républicain qui, en définitive, n'a pas vu le jour ! Ses militants ont ajouté à la confusion en scandant le mot d'ordre: "Ni Macron, ni Marine, on ne choisit pas entre la peste et le choléra". Il faut être bien peu regardant en matière d'analyse politique pour renvoyer ces deux candidats et les idées qu'ils représentent dans le même répertoire des maladies. Ou bien, être soit même victime de la maladie infantile du communisme: le gauchisme !
Tout n'était encore pas dit dans cette vindicte à l'égard d'Emmanuel Macron. François Ruffin a choisi de publier dès avant le second tour un violent réquisitoire populiste contre le futur Président "vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï...". La thématique basique étant celle de l'opposition des "gens" contre le pouvoir de ceux qui ont l'argent !
Dès après l'élection acquise, certains militants ont publié sur les réseaux sociaux des déclarations enflammées selon lesquelles ils "prenaient immédiatement le maquis" et "entraient en résistance". La lutte des classes fait un retour magistral, alors que le Parti Communiste lui-même semblait avoir abandonné ce concept au cours des années 1990-2000.
Le problème est que le même vocabulaire à propos des "gens" est utilisé par l'extrême-droite et que, bientôt, presque rien ne distinguera l'extrême-gauche de l'extrême-droite, à l'exception notable de l'internationalisme. Mais, est-ce là une thématique perçue comme de première importance ?

PMF à Vincent Auriol, président de la République, en mai 1953: "Je suis détesté de ceux que l’on appelle les "grands" hommes politiques de ce pays», mais «j’ai par contre de grands encouragements des jeunes et c’est ce qui compte».

Emmanuel Macron - Photo officielle

mercredi 13 novembre 2013

L'heure à Saint-Antoine et la négociation

Saint-Antoine l'Abbaye, l'un des plus beaux villages de France, possède une magnifique abbaye gothique édifiée à partir du XII° siècle. L'ordre des Antonins, qui en a eu la charge pendant cinq siècles (1297-1777), s'est essentiellement caractérisé par une large ouverture au monde.
Tout d'abord, parce que cet ordre est un ordre hospitalier. Il a, à défaut de l'identifier, trouvé les remèdes à une cruelle maladie appelée le "Mal des ardents" causée par une intoxication à l'ergot de seigle: nourriture riche et saine (viande de porc), boisson désinfectante (vin aux épices), onguents et amputations.
L'ordre s'est montré européen bien avant l'heure puisqu'il a créé plusieurs centaines (1300 établissements, 10 000 membres) de commanderies dans toute l'Europe et s'est illustré par l'existence de hautes personnalités: ministres, conseillers, diplomates auprès des grandes cours,
Enfin, outre l'ouverture aux arts (manuscrits, ornements), l'ordre s'est illustré par une grande curiosité scientifique. Jean Borrel, (Johannes Buteo) Antonin et mathématicien de la renaissance, est l'auteur d'un calendrier gnomonique dessiné dans l'escalier de la tour de l'horloge de l'abbaye. Ce calendrier a été réalisé avant 1560.
Le maître-autel, installé au XVII°, siècle possède une colombe dont l'ombre portée se dessine dans un triangle martelé dans le chœur des moines, lors des journées des 6 août et 9 mai, deux dates qui se trouvent à égale distance des solstices et des équinoxes (ceci vers 17 h 30 solaire).
Quant à la 7ème chapelle latérale, elle possède depuis le XV° siècle un petit vitrail circulaire dont le centre est équipé d'un losange non coloré qui laisse passer les rayons du soleil, lesquels éclairent un clou de métal placé sur le sol. Cette conjonction se produit à 11 h 30 solaire les 11 novembre et 2 février. La base de la verrière située au-dessus de ce vitrail éclaire le même clou lors des équinoxes de printemps et d'automne.
Les Antonins disposaient ainsi de plusieurs instruments leur permettant d'affiner régulièrement leur calendrier cultuel et leur connaissance de l'heure à peu près exacte.

Nous étions, appareil photo à la main, ce 11 novembre devant le "clou" de la 7° chapelle, dans l'attente de son éclairage par le rayon lumineux passant par un vitrail bien mal restauré, puisqu'il y manque le losange central focalisant le soleil.
C'est alors qu'arrivèrent une demi-douzaine d'individus qui se placèrent, à tour de rôle, sur le clou, les pieds joints, le regard perdu vers la verrière (de laquelle ne provient pas la lumière !), les paumes ouvertes dans la position de l'orant. Il a été nécessaire de leur demander de se retirer afin de réaliser la photo programmée. Face à l'absurdité d'une telle adoration du soleil en présence de réalisations scientifiques des XV°, XVI° et XVII° siècle, dans une église gothique, il nous a semblé "utile" d'expliquer que la conjonction des rayons du soleil et du "clou" n'avait strictement aucune signification religieuse et qu'elle n'était là, en ce moment, que comme l'expression d'un phénomène physique et le rappel d'une date: celle du 11 novembre, fête de la Saint-Martin, dans le calendrier catholique et celui d'une heure, midi au soleil, ce qui n'est plus tout à fait exact depuis le XV° siècle (modification de la déclinaison magnétique, inclinaison de l'écliptique, ...).

Silence général de la part de tous ces individus, sauf de l'une d'entre eux: "Çà, c’est votre interprétation personnelle !"

Saint-Antoine-Clou solaire en 1995-(C)JB

Le clou solaire le 11 novembre 1995

Saint-Antoine-Clou solaire en 2013-(C)JB

Le clou solaire le 11 novembre 2013. Tout le vitrail a été modifié

Saint-Antoine-Intérieur abbaye (C)JB

La colère nous gagnant, nous sommes partis. Le déséquilibre du nombre de personnes pouvant plaider et défendre l'une ou l'autre cause (un contre six ou sept), le caractère irrationnel de leur comportement, l'absence de toute explication de ces particularités scientifiques dans toute l'Abbaye et, très largement, dans toute la littérature, tout cela conduit à penser que, si de tels faits se reproduisent régulièrement (à chaque opportunité solaire !), nous serons bientôt en présence d'une manifestation avérée de quelque secte ou ordre secret, voire de quelque culte païen.

Et nous est donc revenu à l'esprit la récente tribune de Dominique Bourg et Thierry Libaert (Le Monde daté du 23 octobre 2013) intitulé "Faut-il débattre avec les climato-sceptiques ?"
Certes, Dominique Bourg n'est pas vraiment un démocrate ! C'est lui qui veut chapeauter notre Parlement par un "Sénat" constitué aux 2/3 de personnalités scientifiques, au motif que "le public n'est pas en mesure de discriminer le vraisemblable du faux". Place aux spécialistes !
Il remet ça dans sa dernière contribution.
"N'ayant pas d'enceinte scientifique pour promouvoir leurs thèses, les climato-sceptiques cherchent logiquement à tirer profit des médias et des réseaux sociaux pour faire valoir leur vision en utilisant cet argument du "nécessaire équilibre des opinions". Accepter les contradictions médiatiques, ce serait reconnaître la légitimité des climato-sceptiques à propager les doutes, et donc la crédibilité de leurs arguments, ce que l'ensemble du travail scientifique en climatologie condamne désormais depuis plus de vingt ans ..... La démocratie, c'est aussi la capacité que nous devons avoir, chacun d'entre nous, de pouvoir refuser un débat quand il est faussé."

Eh bien non ! Il s'agit là d'une mentalité d'assiégé, de scientifique orgueilleux qui se réfugie dans sa tour d'ivoire, certain de la justesse de ses dires. Or, tous les critiques, les mieux disposés comme les adversaires les plus mal intentionnés trouveront toujours quelque média, voire le créeront s'il est nécessaire, afin de propager leurs analyses. Cette mentalité est tellement forte qu'il se trouve des chercheurs du GIEC prompts à s'assimiler à Copernic ou Galilée !! Alors qu'ils travaillent au service de nos gouvernants et que leurs travaux sont approuvés par ces mêmes chefs d'Etat.
L'internet et les réseaux constituent une formidable caisse de résonance pour toutes les idées, bonnes ou mauvaises, et seule l'intelligence du discernement permet de faire le tri. Au lieu d'affirmer que le public n'en est pas capable, il convient de répéter et argumenter sans cesse les vérités auxquelles on croit et ne pas les laisser détériorer et détruire par un opposant. Contester le bien-fondé d'une expression, ce n'est pas lui donner légitimité ! Et déclarer comme Sylvestre Huet que "entre un mensonge simple et une vérité compliquée à démontrer, c'est le menteur qui l'emporte", n'apporte pas grand-chose à la démocratie et à son indispensable débat.

Légitimité, c'est également le mot qu'emploie Azmi Bishara lorsqu'il estime qu'il ne peut pas y avoir de négociations sans conditions préalables, entre le pouvoir contesté en Syrie et les rebelles. Que négocier sans conditions préalables, c'est reconnaître la légitimité de son adversaire.
Mais enfin, que font les rebelles depuis bientôt deux ans et demi si ce n'est "reconnaître" en Bachar El Assad un adversaire, un ennemi, et lui donner ainsi une forme de légitimité ? Si l'on cherche à détruire, à supprimer son adversaire, c'est bien parce qu'il existe en tant qu'adversaire et qu'il est légitimé en tant qu'adversaire. La négociation n'est qu'une autre étape de la guerre. Si l'on ne veut accéder aux négociations qu'après avoir exigé des conditions préalables, d'une part on n'ira jamais en négociation et, d'autre part, il vaut mieux poursuivre la guerre. Et si l'on parvient à négocier en imposant des conditions préalables, c'est que l'on a gagné la guerre et qu'il ne s'agit plus de négociation, mais bien de reddition de son adversaire !




Quelques références à propos de l'heure à Saint-Antoine.
- Tout d'abord, une vieille monographie (éditée ??) de Y. Gay, M. Gay et C. Morat (Association "Les Amis de l'Abbatiale"
- Un article de 2000 du Club d'Astronomie de Lyon.
- Une contribution de Paul Gagnaire.

lundi 4 novembre 2013

Nouveaux propos d'Azmi Bishara

A propos d'éventuelles négociations en Syrie. (publié le 31 octobre).

Négocier sans conditions préalables: les leçons du passé pour la Syrie.


Quand deux adversaires négocient sans conditions préalables, ce qu'ils font vraiment c’est la poursuite de la bataille. Les négociations impliquent une acceptation tacite d'un certain ensemble de bases, sans lesquelles le processus de négociation entier devient une apparence pour la prolongation de l'équilibre existant des forces et des réalités pratiques. En d'autres termes, la négociation sans conditions préalables fournit simplement une couverture pour continuer les mêmes vieilles actions. Il y a une tromperie fondamentale dans des négociations sans conditions préalables, qui se situe dans le fait qu'une victime perd son statut de victime d'un tyran illégitime, et devient une partie qui partage la légitimité à égalité avec les autres parties du conflit. Des négociations vraies ne peuvent être basées que sur des conditions préalables.

La leçon ci-dessus a été apprise en Palestine, mais d'autres feraient bien de l'étudier. Plus précisément, l'opposition syrienne ferait bien d'apprendre: ils sont constamment poussés à entamer des négociations sans aucune assurances, à l'exception de quelque sémantique élaborée sur «l'impossibilité et l'illégitimité» du maintien au pouvoir d’Assad. Du moment où l'opposition syrienne accepte de rencontrer les représentants d’ Assad, sans conditions préalables, la sémantique se désintégrera en autant de ballons à air chaud.

Une deuxième leçon est que les victimes sont poussées à négocier au moment où d'autres, qui avaient choisi de soutenir leur juste cause, veulent se débarrasser du fardeau. L'ancien champion d'une cause juste peut prétendre qu'il n'y a plus rien à faire, que les résultats sont désormais soumis à un processus de négociation. Personne n'a la moindre solidarité pour quelqu’un qui a été transformé de victime à partie prenante d’une négociation: si vous pouvez négocier, alors vous êtes tout seul! Négocier sans conditions préalables, quant à lui, signifie également que vous êtes soumis aux rapports existants des forces.

Ainsi, on peut dire que personne ne négocie vraiment sans conditions préalables et sans garanties. A défaut, les négociations peuvent seulement recouvrir les menus détails du processus, les mécanismes de sa mise en œuvre et le calendrier pour le faire.

C'est exact. Mais, les négociations ne peuvent pas s'engager tant que les parties en confrontation cherchent à améliorer leurs positions et à modifier l'équilibre des pouvoirs.
Il n'est pas interdit de commencer une négociation en réglant les "menus détails du processus, les mécanismes de sa mise en œuvre et le calendrier". Et s'il ne faut pas appeler cela des négociations, alors appelons-le des entretiens ou rencontres bi-latérales.
Mais au-delà de ces discussions techniques, il semble bien plus important de parvenir à un accord préalable sur un cessez-le-feu !



Pays arabes (C)U.N.

Et à propos de l'Egypte (publié le 3 novembre).

Le procès de Mohammed Morsi et la contre-révolution anti-démocratique.


Mohammed Morsi ne sera pas jugé pour ses erreurs: un président est responsable de ses erreurs dans les urnes, lesquelles existent pour servir à cette fin. Morsi sera jugé pour son refus de se soumettre après le coup d'Etat militaire et de quitter son poste.

La majorité des coupables qui sont derrière les crimes commis pendant la longue période de transition avant l’arrivée de Morsi, et pendant la courte période où il était au pouvoir, restent en place dans les services de sécurité, le ministère de l'Intérieur et l'armée. Certains d'entre eux vont maintenant jusqu’à se présenter comme des victimes.

Le nœud du problème auquel fait face l'Egypte n'est pas celui d'un coup d'Etat contre le régime de Morsi, qui n'a jamais été qu’un régime au sens académique du mot, et qui a duré seulement un an. Le principal problème auquel l'Égypte doit faire face aujourd'hui est celui d'une contre-révolution anti-démocratique dans son ensemble.

dimanche 13 octobre 2013

La France et la guerre

Encore une fois, il nous faut revenir sur le thème de la guerre et de ses justifications puisque la France vient d'obtenir une résolution à l'ONU afin de préparer une intervention en République Centrafricaine. Comme de bien entendu, nos ministres de la Défense et des Affaires Etrangères se sont empressés de déclarer qu'il était hors de question que la France intervienne seule dans ce pays, que le Centrafrique n'est pas le Mali, etc ... etc ...
Attendons de voir la conformité des promesses avec la mise en œuvre des décisions.

Si nous reparlons de ce sujet, c'est parce que notre Ministre des Armées, Jean-Yves Le Drian, se répand dans la presse et sur les tribunes (à Blois récemment) et développe une théorie contestable en ce qui concerne la guerre et le rôle de la France.
Faisons tout d'abord justice d'une affirmation répétée tant par François Hollande que par son Ministre des Armées, selon laquelle la France aurait gagné une guerre au Mali. La France n'a rien gagné du tout au Mali !
Qu'il soit bien clair que les 500000 personnes déplacées par ce conflit le sont toujours et vivent dans des conditions misérables, soit dans leur propre pays, plus au sud dans la région de Bamako notamment, ou dans des camps de Mauritanie ou du Burkina Faso.
Qu'il soit bien clair que les combattants djihadistes n'ont pas été neutralisés, mais qu'ils ont simplement été repoussés plus ou moins loin, pas toujours hors des frontières du pays, d'où ils reviendront, d'où ils reviennent déjà pour fomenter troubles et attentats dans tout le nord du pays (attentats à Gao, destruction d'un pont sur le Niger, ...).
Qu'il soit bien clair que les revendications des touaregs (justifiées ou non, là n'est pas aujourd'hui la question !) en faveur d'une autonomie de leur région n'ont pas obtenu le moindre début de réponse.
Qu'ils soit bien clair que cette insuffisance de réponse entraîne des affrontements ethniques qui ne demandent qu'à se développer au fur et à mesure que la situation se dégradera.
Enfin, qu'il soit bien clair que l'armée française, loin de se retirer, reste en place à l'échelle de plus de 3000 combattants sur place dont certains qui étaient rentrés en France sont déjà repartis.
Si c'est cela que l'on appelle "gagner la guerre" !

Réfugiés maliens au Burkina (C)AFP

Alors, que nous dit Jean-Yves Le Drian ? Deux choses.
La France ne fait la guerre que "si la sécurité de la France, de la nation, du pays, est mise en danger".
La France ne fait la guerre que "pour défendre des valeurs dont elle est héritière depuis la Révolution Française".
Associant quasi indissolublement les deux affirmations, Jean-Yves Le Drian en vient à affirmer que "la guerre et la République sont concomitantes". On aurait pu penser qu'étaient concomitantes la guerre et la naissance de la République. On verra qu'il n'en est rien: il s'agit bien de la guerre et de la République aujourd'hui.

La guerre, la sécurité et la défense des valeurs lui sont indissociables: le terrorisme est explicitement visé.
Il reste cependant à expliquer en quoi "laisser les djihadistes mener leurs opérations pour s'emparer de l'Etat malien touche à notre propre sécurité". Outre qu'il n'a jamais été démontré que l'Etat malien était visé par les djihadistes, alors même qu'il était totalement déliquescent par les fautes d'un Capitaine putschiste (depuis nommé général !), il est difficilement compréhensible que notre sécurité ait été en jeu. Sauf à considérer que ce sont nos intérêts qui aient été en danger, ce qui n'est, on l'admettra, pas tout à fait la même chose.
Par ailleurs, comment imaginer que la sécurité de la seule France ait été compromise par l'action des djihadistes au Mali ? Parce que nous sommes l'ancien colonisateur ? C'est difficile à admettre, ce qui signifie que l'éventuel danger concerne tout autant la France que ses voisins européens. Alors pourquoi se sentir concerné au point d'intervenir seul au Mali, après avoir saboté des négociations, après avoir snobé la Communauté Européenne (avant de lui demander sa participation !)?

Le raisonnement est aussi contestable en ce qui concerne le volet des "valeurs". "Les images des victimes des tribunaux islamiques, les actes commis, nous amènent à défendre une certaine conception du droit". Le propos va encore plus loin lorsqu'il est question de la Syrie. "Nous assistons à des atrocités et l'arme chimique remet en cause des traités qui traduisent les fondamentaux universels auxquels la France est très attachée. S'ils ne sont pas respectés, elle doit jouer le rôle de gardienne des valeurs collectives du monde. Son histoire porte la France à dire, à interdire".

Il y a quelque chose de fabuleusement hégémonique dans cette affirmation ! Les valeurs sont jugées universelles et c'est la France qui se donne le droit de dire, d'interdire et... de punir ! Au nom de quoi ? Au nom de Valmy (bataille fondatrice de la République), au nom de 1940 (qui exige le ressaisissement de la France), au nom sans doute de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (à la rédaction de laquelle la France a participé), enfin au nom de traités comme l'interdiction des gaz de combat ... Tout cela est bien vrai, mais sont-ce là des justifications suffisantes ?

NON, et pour deux raisons.
La première est que les dites valeurs universelles ne le sont pas tant que ça. Notre ethnocentrisme les appelle ainsi, mais elles sont quotidiennement contestées par de très, très, nombreux pays d'Asie, d'Afrique, d'Océanie, voire d’Amérique Latine. Le fait de les avoir souvent rédigées après la seconde guerre mondiale, laquelle ne faisait que reconduire la première avec encore plus d'horreur et d'impérialisme, ne suffit pas, aux yeux des peuples et des dirigeants des pays en développement, pour qu'elles soient qualifiées d'universelles. Notre effroi d'alors et notre honte n'étaient pas les leurs !

La seconde est que si nous voulons tant leur attribuer un statut d'universalité, encore faudrait-il se mettre à plusieurs. Les temps ont changé, la France n'a plus rien à exprimer à titre personnel en ce domaine. Elle a sans doute à sensibiliser ses voisins européens, ses amis d'outre Atlantique, pour que tous ensemble, sous l'égide des grands organismes que sont l'ONU et tous ses satellites (UNICEF, UNESCO, PAM, HCR, ...) les valeurs dites universelles le deviennent réellement et pour que le reste du monde commence à y croire.

Ajoutons qu'il existe une troisième raison pour que les belles valeurs universelles ne soient pas la "propriété" d'un seul pays: elles sont trop souvent bafouées !Le dramatique problème des immigrants qui traversent (qui ne traversent pas !) la Méditerranée vient à point pour rappeler que la guerre ne sert qu'à produire des victimes et des misères. Et que si les négociations venaient à bout des conflits et permettaient que s'installent les conditions d'un développement économique réel, il y aurait moins de réfugiés.
Les populations du Nord-Mali attendent, malgré la "fin" de la guerre que l'on vienne un tant soit peu les aider. Elles attendront longtemps encore et cela fera le lit de nouveaux djihadistes.
Les négociations ! Sur ce blog, on a un tout petit peu de fierté à s'être opposé à une intervention en Syrie et à prôner des négociations. La France, sur cette question, a été particulièrement mise en minorité et nous n'irons pas plus loin dans les qualificatifs. Les explications sont tout simplement à rechercher dans cette volonté de nos ministres à vouloir que la France dise, interdise et ... punisse, au risque de se retrouver toute seule ! Et qu'on ne nous ressorte pas que sa détermination a vouloir faire des "frappes" a pesé dans la décision de Poutine. Ou alors, ce n'est pas pour le motif invoqué ! Les troupes de Bachar El Assad sont probablement allées "trop loin". Les "renseignements" allemands ont parlé d'erreur de dosage ! Une frappe française, européenne, ou américaine aurait probablement entraîné des ripostes incontrôlables du dictateur syrien, ajoutant la guerre à la guerre.
Si les menaces de frappes ont eu un effet, c'est bien à leur corps défendant !
Rien n'est acquis, rien n'est définitif, mais les gaz de combat sont en cours de destruction, la structure chargée de ce travail, l'OIAC, reçoit le Nobel de la Paix. Il faut désormais que toutes les parties se mettent autour de la table et discutent à minima d'un cessez-le-feu. Pour cela, nos ministres, Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius auraient mieux à faire que de donner des leçons en Centrafrique ou au Mali, ou de construire la "première armée d'Europe, celle qui demain sera à même de mener deux opérations comme le Mali en même temps". Ils doivent exiger du Conseil National Syrien, comme de la Coalition Nationale des Forces de l'Opposition et de la Révolution qu'il s'assoient à la table de négociations. le but n'étant pas de reconnaître quelque droit à Bachar El Assad, mais de mettre en place un cessez-le-feu.

Jean Yves Le Drian-(C)Fred Tanneau-AFP

Dans le tout dernier Hors-Série du "Monde", "1914-2014: un siècle de guerre", ou nous avons lu les déclarations contestables de Jean-Yves Le Drian, se trouve également une analyse des différentes écoles de pensée en matière de guerre et de sécurité. Il y a les "réalistes", les idéalistes", les "transnationalistes", les "constructivistes" et les " critiques". Il en ressort que le ministre des Armées est un "réaliste", lui qui privilégie la sécurité nationale et se porte garant de la sécurité internationale !!
Thermopyles se verrait plutôt "transnationaliste", dans un système où les Etats et les sociétés civiles cohabitent dans le système mondial, au nom d'une sécurité globale. L'Etat n'a plus le monopole des affaires diplomatiques dans un monde interdépendant. (Descriptions extraites de ce N° Hors Série)
Avec la faiblesse de croire que cette attitude est plus conforme et plus progressiste pour un homme de gauche ! Et qu'il est temps de repenser ce que signifie l'universalité des valeurs et la façon de les défendre.

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