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Développement solidaire

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vendredi 25 novembre 2011

De retour du cœur de l'Afrique

C'est au cœur de l'Afrique, parce que c'est au Tchad et que le Tchad est au centre de ce continent. C'est au cœur de l'Afrique parce que c'est au centre du Tchad, dans la province du Guéra, dans la ville de Mongo. Et c'est au cœur de l'Afrique parce que nous vivons ici la vie africaine dans son sens le plus traditionnel du terme.

Depuis N'Djamena, il nous faut parcourir plusieurs centaines de kilomètres, tout d'abord d'une bonne route à deux voies (et à péage !), ensuite d'une piste rouge. Cette piste est en voie de transformation pour devenir une route goudronnée et rejoindre l'est du pays. Une partie du marché a été allouée à la Société Egyptienne Arab Contractors, l'autre partie est concédée aux Chinois. Lesquels chinois sont également présents dans l'exploitation d'une grande raffinerie aux portes de la capitale.

Tchad-Troupeaux sur la piste-(C)JB

Ce long trajet se parcourt dans une immense plaine d'altitude comprise entre 300 et 450 mètres. Il faut atteindre Ngoura pour découvrir les premiers reliefs sous forme d'immenses tas de roches dorées, énormes et pansues, un peu comme si un titan avait ramassé tous les cailloux de la plaine pour en faire des tas et permettre l'agriculture. En fait d'agriculture, elle est rare, parfois des champs de sorgho, mais l'élevage s'y montre intensif. La plaine est parcourue quotidiennement par des milliers et des milliers de têtes de bétail, des bœufs, des zébus, des troupeaux de veaux, des moutons, des chèvres, des chameaux ... Tout ce peuple, guidé par quelques hommes parfois à cheval, traverse le pays et se dirige vers la capitale et vers le Nigeria, commerce de la viande oblige. Lorsque se présente un marigot, une mare d'eau subsistant après la saison des pluies, les animaux se regroupent pour s'abreuver. La végétation est celle d'une savane avec des arbustes courts, épineux ou gras. Abtouyour est un spectaculaire piton rocheux, lisse comme le plat de la main et, paraît-il, impossible à escalader. Une source y naitrait au sommet occupé par des oiseaux de proie et recouvert de fiente blanche discernable d'en bas. Ce rocher a un caractère sacré dans la région.

Tchad-Abtouyour-(C)JB

Les villages sont nombreux, parfois au bord de la piste, parfois un peu à l'écart. A quelques kilomètres de Bokoro, il en est un très beau, parfaitement circulaire, constitué de cases totalement végétales, murs et toits. Parfois, sur le bord de la route, des hommes coupent de longues tiges de graminées séchées qu'ils utiliseront pour la réfection de leur toit. Sur cette même route, quelques très jeunes filles tendent une banderole en travers, faite de foulards colorés mis bout à bout. Elles cherchent à arrêter les automobiles pour solliciter un peu d'argent à l'occasion du mariage de l'ainée qui doit avoir 15 ou 16 ans.

Enfin, Mongo, la dixième ville du pays, environ 30000 habitants. Nous y arrivons de nuit, la ville est plongée dans l'obscurité, seuls de rares lampadaires éclairent les abords de bâtiments publics, l'hôpital, la gendarmerie, ... Mongo dispose d'un lycée et d'un établissement universitaire, un Institut Polytechnique, depuis une dizaine d'années. Un nouveau marché attend son inauguration, le recours aux panneaux photovoltaïques pour l’éclairage est généreux. L'hôpital, quant à lui, respire la misère et la pauvreté. Les lits, en nombre insuffisant, sont obsolètes et rouillés, le laboratoire n'a plus d'appareil automatique pour faire de l'hématologie, les incinérateurs à déchets ne sont plus opérationnels. A la gendarmerie elle-même les choses ne sont pas mieux, de nombreux véhicules 4 X 4 attendent des réparations improbables en étant posés sur des caisses ou des cailloux de façon à ne pas laisser cuire les pneus au soleil.

Tchad-Mongo-Nouveau marché-(C)JB

Mongo vit du commerce, Mongo vit de l'artisanat (pas celui des touristes !), Mongo vit de l'élevage. En ce moment Mongo récolte son mil et le bat de façon traditionnelle. C'est également le temps de l'arrachage des cacahuètes dont les ruminants mangent les fanes avec plaisir. Mongo n'a pratiquement pas d'électricité, sauf appel aux groupes électrogènes. L'essence et le gasoil s'y vendent à la bouteille ou au jerrycan sur le bord de la route, tout simplement parce qu'aucune source d'électricité ne peut alimenter des pompes. Le coût de la vie est élevé à Mongo, car les ONG y sont nombreuses, entre autres le PAM. Et actuellement la Croix-Rouge ...

Le choléra rode autour de Mongo, de Bitkine et des villages avoisinants, comme il rode dans tout le Tchad, au Mali, au Cameroun, au Nigéria, au Niger ou ailleurs en Afrique Centrale et de l'Ouest. L'épidémie, au Tchad, marque le pas en ce moment, mais un rien peut la réveiller. Le choléra est une maladie de la pauvreté, une maladie due à l'absence d'eau propre et comestible, une maladie due à l'absence de latrines et de traitement des eaux usées, une maladie due à l'absence d'hygiène. Et c'est pour établir un Centre de Traitement du Choléra que la Croix-Rouge Tchadienne, la Croix-Rouge Française, la Croix-Rouge Canadienne se sont installées à Mongo. Cette maladie, et surtout les causes de son développement, résument mieux que n'importe quel discours le retard incommensurable de l'Afrique par rapport au reste du monde. Si le discours au droit à l'eau à un sens, celui de la gratuité de l'eau que l'on entend parfois n'en a aucun. Voici un petit village, Sarah Arab, et son puits de fabrication belge installé depuis quelques temps déjà. Il distribue une eau assez claire, mais qui contrôle régulièrement la qualité de cette eau ? Et qui finance ce contrôle ? Le débit de ce puits paraît hésitant, il se peut que des clapets ou des joints aient perdu leur étanchéité. Qui assurera la révision de cette pompe ? Et qui le financera ? Apporter de l’eau à un village, c'est une énorme responsabilité. Cela s'accompagne toujours de l'incitation à ne plus utiliser l'eau du marigot voisin. Encore faut-il pouvoir garantir la potabilité de l'eau que l'on préconise. Il n'est pas interdit de considérer que l'eau peut être gratuite, comme un don du ciel, mais il n'est pas possible d'envisager la gratuité du service de l'eau.
Le choléra s'attrape et se transmet de façon dramatiquement banale. Ici, c'est une mare qui est contaminée, et pourtant, seul point d'eau, longtemps les femmes y ont poursuivi leurs prélèvements pour la cuisine ou sont venues y laver leur linge, à coté des animaux qui s'hydrataient. Ici, c'est un homme qui en est décédé. La famille s'est retrouvée pour le lavage rituel de son corps avant inhumation et a été contaminée. Là, c'est une femme qui est morte; les voisines sont venues pour présenter leurs condoléances et se lamenter. Elles sont reparties contaminées.

Tchad-Sarah Arab-Femme au puits-(C)JB

C'est le même chauffeur qui a fait le trajet aller et le trajet retour et cela a permis quelques échanges. "Hadj", puisqu'il a fait le pèlerinage de La Mecque, il raconte avoir épousé sa seconde femme alors qu'elle n'avait pas quatorze ans. Elle lui a donné neuf enfants, dont trois sont décédés en bas âge. Rien ne prouve que les six autres atteindront l'âge adulte. Le taux de natalité est de 41 pour mille (13 pour mille en France), mais le taux de mortalité est de 16 pour mille (9 pour mille en France). L'espérance de vie, au Tchad, ne dépasse pas cinquante ans. Alors, il faut bien faire des enfants pour assurer sa descendance et entourer les anciens quand ils ne pourront plus travailler

Comme ceux qui affirment froidement que l'électricité en Afrique n'est pas un droit, il en est qui rêvent d'une décroissance en Occident et d'un maintien de l'Afrique dans son état actuel. Elle serait le symbole d'une vie simple, frugale, économe en énergie, faite de partage et de solidarité ... Actuellement, ce que l'on découvre est bien davantage le symbole du sous-développement, de la misère, de la pauvreté, de la maladie, de la souffrance, de la vie écourtée ...

Pour en savoir davantage: - la page de la Croix-Rouge à Mongo, - la page du Tchad au Ministère des Affaires Etrangères (pas à jour !). - le blog d'une coopérante qui a vécu deux ans à Bitkine.

mercredi 9 novembre 2011

La faim dans le monde, le gourou et le G20

Cette image, trouvée quelque part sur le net et publiée sur la page d'un ami d'ami, interroge quant à l'état de notre monde.

1 person dies (DR)

A priori, la cause est bonne. Mais est-ce vraiment le cas ?
On peut discuter indéfiniment sur les chiffres: 850 millions, 950 millions, 1 milliard, plus d'un milliard, ... cela ne change pas grand chose au fait qu'un humain sur sept, ou presque, ne mange pas à sa faim aujourd'hui. A de rares exceptions près (situation de guerre, maladie épidémique ou catastrophe naturelle), ce n'est pas l'insuffisance de nourriture produite par les pays concernés qui est en cause, mais d'une part la destination autre que locale des productions et, d'autre part, l'inexistence de moyens de transport adéquats pour alimenter des zones éloignées. La destination autre concerne des productions alimentaires destinées à l'exportation et non à la satisfaction des besoins locaux. En "échange" seront importées, souvent à prix élevé, des nourritures de base qui ne seront pas correctement distribués par suite de déficiences structurelles du pays.

Alors, sensibiliser au problème de la faim dans le monde en évoquant l'émotion soulevée par la mort d'un gourou, est-ce vraiment une bonne idée ? Cet homme n'a jamais rien inventé, jamais. Son "génie" (si génie il y a) a été de savoir attraper au vol les tendances de fond d'une société de loisir et de consommation et de satisfaire celles-ci au travers d'un habillage, d'un design, approprié. Tout au long de sa fulgurante carrière, il aura jalousement veillé, par son système propriétaire et ses tarifs élevés, à ne satisfaire que le haut du panier de sa cible jeune et pourtant friquée. Il est le symbole même de la société occidentale qui, telle un eldorado, fait rêver les jeunesses du reste du monde.
Comme il est probable que les adorateurs de ce gourou ne seront probablement pas les plus aptes à comprendre les questions de la faim dans le monde, sinon en cliquant sur quelque site dit "humanitaire" (dont il reste encore à vérifier l'honnêteté) afin de lâcher un euro pour se donner bonne conscience, il est plausible de considérer que cette image n'est d'aucune utilité. Pas davantage, d'ailleurs, qu'une autre image qui montre des tas d'invendus d'un supermarché jetés aux déchets et, en regard, des enfants affamés ...
Mais, au passage, on aura dénoncé un monde fait de profiteurs et de riches, de riches profiteurs, qui ignore et méprise un autre monde fait de pauvres et de crève-la-faim. A t-on pour autant apporté une réponse au problème ? En fait, cette image participe d'une tendance forte qui prévaut actuellement dans l'ensemble du débat politique et dans les médias (presse, internet, réseaux sociaux); celle de l'émotionnel.

Dans le même ordre d'idées, on peut ajouter les débats démagogiques autour du salaire du président, ou les affirmations tout aussi simplistes selon lesquelles "les riches n'ont qu'à payer" ou "les politiques: tous pourris". Une petite liste comparée des salaires des uns et des autres est en train de se tailler un beau succès en France et en Italie, peut-être ailleurs en Europe.

Gardien de la paix: 1600 euros pour risquer sa vie
Pompier professionnel: 1800 euros pour sauver une vie
Instituteur: 1600 euros pour préparer à la vie
Médecin: 5000 euros pour nous maintenir en vie
Sénateur: 19000 euros pour profiter de la vie
Ministre: 30000 euros pour nous pourrir la vie

Et, dans sa version italienne:

Poliziotto: 1600 euros per rischiare la vita
Pompiere: 1800 euros per salvare la vita
Maestro: 1400 euros per prepararti per la vita
Dottore: 2200 euros per mantenere la vita
Deputato: 30000 euro per fottere la vita degli altri

Il faut le dire tout net. Ces petits manifestes relèvent d'une forme d'indignation (très à la mode) qui porte en elle de dangereuses graines.
Chacun est indigné de voir et de savoir que quelqu'un, au-dessus de lui, (parfois tout juste au-dessus de lui lorsque l'on voit certains proposer le blocage des salaires à 4000 € !) gagne davantage, est mieux logé, passe des vacances sous un soleil plus chaud, transmet davantage de biens à ses enfants, a une meilleure retraite, etc, etc ...
Mais combien sont indignés des injustices que rencontrent ceux qui sont en-dessous, qui ont des problèmes de papiers ou de certificats de séjour, qui sont mal logés, qui ont faim, qui ont froid, qui sont exclus du travail, qui n'ont pas de vie sociale, etc, etc ...

Le monde n'est pas fait de vases communicants. Et il y a une grande différence à revendiquer une meilleure justice sociale, une meilleure répartition des revenus, une meilleure politique fiscale, plutôt que de désigner du doigt celui qui est au-dessus et d'en faire un bouc émissaire. C'est la porte ouverte à la délation, à la dénonciation, à la vengeance, au règlement de compte, à la xénophobie, au racisme, au poujadisme politique, à l'extrême-droite la plus réactionnaire qu'il soit possible d'imaginer.

Et l'on s'éloigne de notre sujet: la faim dans le monde ! Existe t-il des solutions ? Sans doute. Sans doute également difficiles à mettre en oeuvre, ce qui n'est pas une raison pour ne rien faire. Le récent G20 avait été saisi de cette question par de nombreuses ONG qui, entre autres, proposaient (demandaient) que les pays riches s'engagent auprès des pays en développement et participent à:
- l’accroissement des productions existantes, notamment celles d'une agriculture d'autosubsistance,
- l'amélioration du droit de propriété (réalisation de registres cadastraux), ne serait-ce que pour interdire aux états de céder des parcelles conséquentes de leurs territoires à d'autres pays pour des productions intensives non alimentaires,
- la régulation des cours des matières premières agricoles, en sachant bien qu'en la matière, la spéculation n'est pas l'apanage exclusif de la finance mondiale !!
- la création de stocks régionaux, ou de fonds de régulation des matières premières agricoles.
Le G20 a pris position de façon timide. Les réponses existent. Sont-elles à la hauteur de l'enjeu ?

jeudi 10 mars 2011

Pétrole, riz, ... spéculation ?

Alors que les cours du pétrole sont en hausse constante, voici que les chaînes de télévision et la presse (y compris parfois votre “quotidien de référence”) nous ressortent la vieille antienne de la faute aux spéculateurs. Certes il s’agit là d’une chanson facile, qui ne fait de mal à presque personne, même pas aux potentiels spéculateurs, qui simplifie à l’extrême les explications pédagogiques que l’on peut donner et qui satisfait le peuple des électeurs.

Sarkozy ne s’en est pas privé lorsqu’il à tancé vertement les économistes européens venus présenter à Davos un rapport sur le rôle de la spéculation dans la volatilité des cours. Comme ce rapport concluait à un rôle mineur, pour ne pas dire négligeable, comparable à “l’écume de la vague“, Sarkozy leur a intimé la consigne de revenir présenter leur rapport le … 1er avril ! Le 1er avril c’est bientôt et nous n’allons pas nous priver de réfléchir encore une fois (voir et ) sur cette question du rôle de la spéculation dans la fixation du cours des matières premières.

Retour sur l’évolution des cours du pétrole. Après le sommet historique de juillet 2008 (145 $), le cours du pétrole brut est retombé à .. 34 $ en début d’année 2009, un chiffre impossible à tenir puisque inférieur au simple coût de production de la matière. Mais un chiffre qui peut s’expliquer par une réaction exagérée après les “excès” de l’année écoulée. Cela est si vrai que le cours n’a pas cessé depuis de remonter pour atteindre 68,75 $ le 25 mai 2010. Le prix du pétrole avait donc déjà quasiment doublé depuis son cours plancher de début 2009, mais qui vous en a parlé ?

Le 14 décembre 2010, jour considéré comme le signe de naissance de la révolte tunisienne, le cours du pétrole brut était de 88,17 $, soit 159 % d’augmentation depuis février 2009, ou 28 % depuis le cours de mai 2010 ! Un petite rémission s’est instaurée puisque le cours n’était que de 84,53 $ le 15 février 2011. Aujourd’hui 10 mars 2011, il est de 102,60 $, en baisse de quelques points depuis deux jours, mais en augmentation de 49 % depuis mai 2010.

Cours du pétrole-10/03/2011

Tableau extrait de:http://prixdubaril.com/

Quelles en sont les causes ? Tout d’abord, la même cause que celle qui a conduit à la crise de 2008: il n’y a pas assez de pétrole en réserves connues ou “hypothésées” pour répondre aux besoins de la planète terre ! La consommation a repris sa croissance après l’essentiel de la crise que le monde a vécue en 2008-2009. La croissance des pays occidentaux reste mesurée, il n’en est pas de même de celle des pays “émergents”, lesquels n’ont plus rien d’émergent. A la demande croissante répond une offre qui n’évolue pas malgré les proclamations souvent tapageuses des pétroliers: les réserves ne suffisent pas pour assurer une croissance soutenue. Loi de l’offre et de la demande: les prix augmentent.

Cette redoutable question du “peak oil ” est dans les esprits de tous nos dirigeants, lesquels se gardent bien d’en parler car, pour le coup, l’inflation du cours du pétrole serait exponentielle. Tous nos économistes également s’abstiennent d’aborder cette notion, qu’ils soient vrais économistes au service des politiques ou journalistes-économistes.

Un blog du “Monde” en parle avec acuité: celui de Matthieu Auzanneau: Oil Man .

La seconde raison de l’envolée (relative) actuelle du cours du pétrole est à chercher avant tout dans la psychologie des financiers, des investisseurs, des industriels. La succession des crises et des révoltes au Maghreb et au Proche-Orient inquiète et fait redouter une rupture grave dans la fourniture du pétrole au monde entier, et pas seulement en Occident. Cette crainte vient s’ajouter à la cause précédente. Elle n’est pas qu’une vue de l’esprit, car une révolte au Koweit ou en Arabie Saoudite, avec arrêt de l’approvisionnement, serait cauchemardesque pour toute l’économie mondiale. Il faut nous souvenir que l’économie n’est pas une science exacte et que tous les hommes qui la pratiquent sont soumis à des tensions et/ou des émotions qui influent sur leurs décisions.

Alors en troisième raison, la spéculation ? Juste une question: lorsque vous jouez au tiercé et que vous misez sur le cheval N° 6, cela va-t’il faire gagner ce cheval précisément ? NON. Les négociants en produits pétroliers achètent et revendent un pétrole en cherchant a gagner sur le différentiel de prix. Les spéculateurs des “hedge funds” font la même chose, en plus vite, avec un pétrole virtuel. Les uns comme les autres n’ont pas le moyen de modifier l’évolution des cours, ils ne peuvent qu’anticiper et faire de la prévision pour les plus raisonnables ou des paris (comme vous avec le cheval N° 6) pour les plus aventureux. Ces derniers ont sans doute été surpris de voir le cours d’aujourd’hui reculer brutalement de 3 points parce que la Chine présente un déficit de sa balance commerciale.

Les seules conditions pour que les “spéculateurs” puissent maîtriser l’évolution des cours et en retirer un bénéfice sont celles qui permettent de verrouiller un marché, soit au niveau de la production, soit au niveau du stockage, soit au niveau de la distribution. Ce n’est pas le cas pour le pétrole dans aucun de ces trois secteurs !

La spéculation ne crée pas la variabilité des coûts. Flottant dessus, elle ne peut que l’amplifier. Si l’on doit agir sur quelque chose, ce n’est pas sur les spéculateurs (quand bien même faut-il condamner l’avidité de certains !!), mais sur les causes profondes, à savoir soit la production si elle s’avère insuffisante, soit la consommation si elle se révèle excessive, ce qui est le cas du pétrole.

Alors le riz ?

De lui également, on a déjà parlé ici . Dans une rubrique éco du Monde en date du 7 mars dernier, Alain Faujas (Risotto politique) stigmatise quelque peu le Vietnam ou la Thaïlande, en les accusant de bloquer les exportations de riz et en favorisant une remontée “artificielle” des coûts. Spéculateurs dit-il … qui porteront la responsabilité de prochaines famines en Afrique, région où la production est insuffisante par rapport à la demande.

En première observation, il semble faux d’affirmer qu’il n’existe aucune menace de pénurie dans les pays du Sud-Est Asiatique. Les stocks ne justifient pas tout et “la consommation mondiale de riz progresse beaucoup plus vite que la production“.

En seconde observation, et là nous rejoignons notre thématique du jour, au lieu de nous attaquer à ceux qui sont appelés des spéculateurs et qui ne font souvent que protéger leurs populations et ses ressources alimentaires à long terme, nous devrions nous occuper des causes profondes et favoriser une politique de suffisance alimentaire en Afrique.Et peut-être aussi dans l’immédiat une politique de stockage de céréales pour les pays de l’Ouest africain.

Un challenge pour l’Europe et pour la France dans le cadre de la redéfinition de sa politique africaine ?

samedi 5 février 2011

Forum Social Mondial

A partir d’aujourd’hui et pour quelques jours, le Forum Social Mondial est rassemblé à Dakar. 10 ans après sa naissance (2001), ce mouvement alternatif (altermondialiste) traverse une mauvaise passe. Ce n’est pas la présence d’une forte délégation de socialistes européens et d’une forte délégation de socialistes français qui y changera quelque chose (Ségolène, Martine, …), bien au contraire puisqu’il s’agit là d’une “récupération” social-démocrate du “contre-Davos”.

Depuis quelques temps déjà, mais principalement à l’approche du sommet de Dakar, de nombreuses critiques émergent. certains lui reprochent son incapacité, sa prolifération d’idées, de propositions et de motions et ses divisions: à chaque participant, sa recette pour changer le monde. D’autres soulignent un embourgeoisement, les délégations choisissant des hébergements 4 ou 5 étoiles, ou une “absorption par le capitalisme” dans la mesure où de grandes entreprises comme Ford ou Petrobras aident à son financement.

La principale cause de cette perte d’efficacité tient sans doute à une erreur de jugement des altermondialistes. ceux-ci ont cru (croient encore pour certains …) que les pays en développement étaient porteurs d’une alternative radicale au capitalisme et qu’une nouvelle société plus solidaire, plus égalitaire et moins soucieuse de réussite sociale et financière pouvait se dessiner.

Forum Social Mondial (DR)

Il n’en est rien. L’évolution de l’Inde, de la Chine et même du Brésil, qui poursuit une politique sociale-libérale, le démontre. L’objectif de tous ces pays est de gagner des parts dans la compétition mondiale. Le Brésil, certes, fait cela “bien” puisqu’il cherche à intégrer toute sa population, à commencer par les plus pauvres, dans son économie.C’est une incontestable démarche positive, mais ce n’est pas là ce qu’attendaient les altermondialistes qui pensent “décroissance” et “développement local”. Les très récents mouvements de révolte du Maghreb ou du Proche-Orient (qui seront récupérés dans les discours de Dakar) ne changent rien à ce constat: les jeunes, majoritaires, qui les animent et les conduisent, sont avant tout désireux d’accéder à la liberté (d’expression, sociale, économique, culturelle, …) que la vitrine occidentale leur offre quotidiennement.

Désireux de se ressaisir, certains militants cherchent d’autres alternatives. Hugo Chavez et sa proposition de “V° Internationale” en sont une !!!

D’autres ont recours aux vieilles méthodes de mobilisation et lancent d’ores et déjà un appel à “perturber” la tenue des sommets des G8 et G20 en France. Il s’agit là d’un plus petit commun multiple, mais il ne fera pas illusion, d’autant plus que le FSM lui-même fait l’objet de contestations et d’appels …. à le perturber !

dimanche 7 novembre 2010

Retraite bolivienne

Le débat sur les retraites, qui anime la France depuis plusieurs mois, se caractérise de part et d’autre par la pauvreté et la simplification parfois outrancière des arguments. On n’est pas là pour réfléchir, mais pour échanger des slogans !

Depuis quelques jours, il en est un nouveau, venu de Bolivie. Ce pays, pauvre mais “en voie de développement”, débat actuellement avec ses organisations syndicales d’un abaissement de l’âge de la retraite. Cette information fait florès sur de nombreux blogs militants qui, bien sûr, reconnaissent que la Bolivie n’est pas la France, mais affirment que cet exemple justifie les luttes ouvrières. La Bolivie envisage (la chose n’est pas encore faite) d’abaisser l’âge de la retraite de 65 ans à 58 ans.

Pour que cette info ne soit pas une simple désinformation, il serait souhaitable de préciser que l’espérance de VIE d’un bolivien est de 65,7 ans (2008, Banque Mondiale), ce qui veut dire qu’actuellement un bolivien moyen ne touche sa retraite que pendant huit mois après avoir cessé de travailler.

Il n’est donc que justice que l’âge de départ soit avancé, grâce en soit rendue à Evo Moralès.

En France, l’espérance de vie (mêmes sources) est de .. 81,5 ans, ce qui veut dire que l’on peut bénéficier actuellement de sa retraite pendant … 21,5 années en moyenne après avoir cessé de travailler. Ce chiffre sera abaissé à 19,5 années après mise en œuvre intégrale des nouvelles dispositions. On est encore loin des 7 années qui seront peut-être accordées aux boliviens. L’honnêteté justifierait de le dire !

Evo Moralès (DR)

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