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Ecologie

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mardi 9 décembre 2014

De quel bois tu te chauffes ?

Comme à son habitude, Ségolène Royal vient de prendre une décision arbitraire et sans concertation aucune, s'appuyant sur ses seules convictions et sans s'inquiéter nullement de savoir si les dites convictions sont fondées ou non. Cela concerne l'interdiction des feux de cheminées en foyer ouvert dans une partie de l'Ile de France.
Des feux de cheminées, nous en avons parlé ici le 18 décembre 2007, cela fait donc SEPT ans, dans un post où il était d'ailleurs question pour la première fois des Chambarans et du projet de Pierre et Vacances. Dans ce post, nous avions signalé le haut niveau de pollution des feux de bois (et feux de jardin), une constatation déjà ancienne de plusieurs années (2001), mais ignorée par les écologistes qui faisaient l'amalgame entre "feu de bois" et "ressource naturelle et durable". C'est ce même amalgame qui conduit aujourd'hui la ministre de l'écologie à faire des déclarations .... "ridicules".
Les feux de cheminée, nous en avons encore parlé le 30 décembre 2007, mais il y était davantage question des émanations des chaufferies au bois: une pollution dont on ne parle pas encore beaucoup.

Feu de cheminée

Enfin, le 27 avril 2008, nouvel essai pour dénoncer les pollutions du feu de bois et pour saluer l'initiative de la Californie afin d'interdire les cheminées ouvertes dans tout logement neuf et pour limiter l'usage du foyer ouvert lors des périodes de pollution.
Cette décision venait s'ajouter à la même décision déjà prise en Suisse, au Québec, au Canada, à Londres ... D'autres interdictions suivront probablement, en Rhône-Alpes peut-être, là où des études démontrent que la pollution au feu de bois est supérieure à la pollution automobile.

Tour cela ne veut pas dire que le feu de bois est interdit. Il existe des dispositifs fermés, disposant d'une combustion suffisante pour réduire au maximum les impuretés et les poussières. Il existe également des dispositifs brûlant des "pellets", ou granulés de bois. Mais à Paris intra-muros, le feu de bois, quel que soit l'appareil, c'est fini !
Afin de compléter vos informations sur le sujet, voici ce qu'en disent les "Décodeurs" du Monde.
Bonne lecture.

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vendredi 4 juillet 2014

Par où passe donc le progrès ?

Voici quelques jours, le 1er juillet exactement, "Le Monde" consacrait un éditorial économique et deux pages à une question d'importance. Malgré la primauté de l'électronique, des communications accélérées, de l'internet, des stockages massifs de données, de la dématérialisation de vos propres données, malgré tous ces éléments qui font la révolution numérique et que l'on se persuade faire partie d'une troisième révolution industrielle, eh bien non, nous sommes tous en pleine stagnation. Alors, est-ce la fin du progrès ? Pourquoi cette "mystérieuse panne de productivité" ?

Il n'y aurait plus rien à inventer, disent certains. Et la révolution numérique, si elle va modifier profondément, très profondément, nos comportements, nos façons de produire et la structure de nos sociétés ne modifiera et ne modifie dès à présent, que très peu notre productivité qui stagne depuis six à huit ans,
Et "Le Monde" de dresser un inventaire des accroissements de productivité attendus cependant dans une large série de professions: la publicité qui se fera en temps réel auprès des consommateurs, la grande distribution dont les drive et les caisses en libre-service vont remplacer les hôtesses, la banque qui se fera de plus en plus en ligne, la santé dont le médecin sera remplacé par un monitoring à distance, les transports avec les voitures sans pilote, la sécurité qui remplacera ses agents par des robots, le BTP avec la même évolution vers la robotique, idem pour la pharmacie d'officine et/ou d'hôpital, la propreté par remplacement des ripeurs par des robots guidés via GPS, robots encore en agriculture .... Les professions intellectuelles ne seront guère épargnées telle la police, les avocats, les conseillers en tout genre dont le métier se verra pris en main par des logiciels puissant d'intelligence artificielle auxquels n’échapperont même pas les journalistes ...
On peut discuter de certaines affirmations: ainsi les camions collecteurs d'ordures ne pourront collecter vos bacs grâce au GPS et à la vidéo que si vos rues sont tracées au cordeau, donc dans des quartiers à construire. Quant au journalisme par algorithme, que l'on nous en préserve et que l'on accorde toujours une petite part à l'analyse et au commentaire humains.
Outre détruire des emplois, ce rapide tour d'horizon des gains de productivité "attendus" n'a vraiment rien de réjouissant. Et s'il y a gain de productivité, c'est uniquement pour les financiers qui contrôlent la grande distribution, la santé, les transports, la culture et même le journalisme. Quel gain de productivité y a t-il réellement si la démarche consiste uniquement à remplacer des emplois soit par des robots, soit par des algorithmes ? Que feront nous des emplois supprimés si la société doit rester la même ? Ce seront des chômeurs qu'il faudra indemniser plus ou moins longtemps. Plus ils seront nombreux, plus il faudra les indemniser longtemps afin d'éviter les violences sociales. Qu'est-ce que la "société" y aura gagné ? De quelle productivité accrue pourra-t-elle se vanter ?

Ce bilan ressemble fortement à ce pouvaient écrire les thuriféraires des première et seconde révolutions industrielles qui plaçaient tous leurs espoirs dans un renouveau complet des conditions de vie de l'humanité. Ils avaient, toutes proportions gardées, raison. Aujourd'hui, les journalistes et les analystes économiques ont tout faux.
Car enfin, si la première révolution industrielle, celle du charbon, celle de la vapeur, du chemin de fer et de l'imprimerie a apporté un énorme potentiel de progrès dans toute l'humanité, est-ce simplement dû à l'imprimerie ? Sont-ce les commentaires des gazettes et des journaux qui ont fait l'industrie ?
Si le seconde révolution industrielle, celle du pétrole, du moteur à explosion, de la généralisation de l’électricité et du tout-à-l'égout, ainsi que du téléphone, poursuit encore sa croissance sur des continents comme l'Afrique ou une partie de l'Asie, est-ce une conséquence de l'usage généralisé du téléphone ?
Alors, si la troisième révolution industrielle doit, un jour, supplanter la seconde et promettre des jours meilleurs à l'humanité, tant en productivité qu'en accroissement du bonheur, ce ne sera certainement pas grâce à la révolution numérique. Il manque à l'inventaire une donnée, un élément, une ressource: l'énergie.

Ce ne sont pas les lettres de cachet ou les ordres de mission qui ont ouvert les pistes des routes de la soie, du sel ou de l'encens, mais la marche ordonnée des caravanes et le vent dans les voiles des caravelles. Plus tard, ni l'imprimerie de masse, ni le téléphone, ni la radio, ni le cinéma, ni la télévision, ni l'affichage publicitaire n'ont influé sur le progrès global de nos sociétés. Il n'y a aucune raison pour que le "cloud" et les ordinateurs échappent à cette règle. Ce qui caractérise une révolution industrielle, c'est l'énergie qu'elle utilise majoritairement et non le moyen par lequel elle se raconte.
Après la marche et le vent, il a fallu attendre des siècles pour que la vapeur et le charbon ouvrent une ère nouvelle.
Puis ce fut le tour du pétrole.
Aujourd'hui, la troisième révolution industrielle attend son énergie: elle se nomme énergie renouvelable. Qu'elle soit solaire, qu'elle soit éolienne, qu'elle soit issue des houles et des marées ou de la transformation de la biomasse, c'est cette énergie-là qui fera la troisième révolution industrielle.

Si la troisième révolution industrielle attend son énergie renouvelable, la France attend encore davantage, elle qui a raccordé à son réseau électrique 172 MWc (mégawatts-crète) de capacité de production au premier trimestre 2014, en recul de 10 % par rapport au trimestre précédent et en retard très net par rapport aux prévisions pour l'année (800 MW). C'est peut-être de ce coté qu'il faut chercher le retard de la France en matière de productivité, et non du coté de ses Centres de données ...

Energies renouvelables en France (2010)-(C)Insa-Rennes
Energies renouvelables en Allemagne (2010)-(C)Insa-Rennes

Pour bien comprendre le rôle de l'énergie dans la survenue d'un bouleversement industriel, il n'est pas inutile de relire Jeremy Rifkin.

samedi 15 mars 2014

McPhy entre en bourse

Ce blog n'a pas vocation à défendre les industriels et à mobiliser les investisseurs en leur faveur. C'est pourtant ce que nous faisons aujourd'hui. Il y a quelques temps déjà, à propos de production d'électricité à partir de sources renouvelables, à propos de Jeremy Rifkin, nous avions cité la Société McPhy Energy.

Le premier intérêt à parler de cette entreprise, c’est qu'il s'agit d'une entreprise dont le Siège Social se trouve à proximité immédiate de notre "pays", à La Motte-Fanjas très exactement, département de la Drôme.

La seconde raison est que cette entreprise, à rayonnement international, a choisi de se spécialiser dans les techniques de stockage de l'électricité. Chacun sait et répète que les éoliennes, les panneaux solaires, les générateurs d'électricité par des moyens mécaniques (roulement, houle, flux divers, ...) présentent le gros inconvénient de produire une électricité intermittente et non adéquate aux besoins. La seule solution capable de faire avancer la production d'électricité verte en faveur d'une alternative crédible aux productions actuelles (thermique ou nucléaire) passe par le stockage de l'électricité produite.
Pour être crédible, ce stockage doit être également "vert", c'est à dire peu producteur de CO2. McPhy Energy apporte une réponse à cette exigence: la production d'hydrogène (H2) par électrolyse de l'eau, et le stockage de celui-ci sous forme d’hydrures métalliques (hydrure de Magnésium).

Enfin, le troisième raison est que cette société a décidé d'entrer en bourse et que cette introduction a pris effet le 13 mars et se poursuit jusqu'au 18 mars à 17 heures. Il y a longtemps qu'aucune introduction boursière ne s'est présentée en France. Les entreprises de caractère écologique, durable, alternatif, en faveur d'une nouvelle économie, sont encore plus exceptionnelles. Et, point non négligeable, cette valeur McPhy est éligible aux Plan d'Epargne en Actions (PEA).
La valeur d'introduction des actions offertes au public est comprise entre 6.75 € et 8.25 €.

BOURSE_visuel1-McPhy_fr.jpg

samedi 28 décembre 2013

Palmier à huile; le retour

L'huile de palme a été le sujet de l'un des posts de ce blog, voici près d'un an. A contre-courant d'une campagne visant à boycotter ce produit, campagne largement orchestrée par des seniors de la grande distribution à la recherche d'un nouveau thème de greenwashing, nous avions défendu l'huile de palme en mettant en avant deux notions importantes.
La première consiste à affirmer que l'huile de palme ne peut pas être accusée d'être néfaste en termes alimentaires: elle contient moins d'acides gras saturés que le beurre ou d'autres graisses animales. Condamner l'huile de palme pour des motifs alimentaires devrait être précédé d'une condamnation de ces produits animaux largement consommés dans notre pays.
Quant à la second, elle vise à assimiler la dénonciation de la culture du palmier à huile à une action notoirement contre-productive en ce qui concerne le développement des pays producteurs. Le palmier à huile et, en effet, une vieille culture de vieille tradition dans les pays asiatiques et africains. Il est cependant indéniable que son développement parfois anarchique et au détriment de la forêt ou de cultures vivrières reste à maîtriser.

Un livre a été récemment édité, qui reprend un peu ces arguments, avec bien d'autres.

La palme des controverses (DR)

Les auteurs en sont Alain RIVAL et Patrice LEVANG et leur ouvrage s'intitule "La palme des controverses", aux Editions Quae.
Alain RIVAL n'est pas un nouveau dans ce débat relatif à l'huile de palme. Agronome, chercheur spécialisé dans la culture de cette plante, il défend depuis des années (et bien avant la campagne de boycttage dite "Nutella") l'huile de palme comme étant un produit dont le "développement durable" peut et doit être favorisé. Depuis 2010 des tentatives ont été mises en oeuvre: elles doivent être repensées, restructurées, mais nullement abandonnées.
Patrice LEVANG, agronome et économiste (agroéconomiste) tient le même langage et assure qu'un développement maîtrisé de cette culture, dans des conditions sociales et environnementales précises et respectées, accompagné de transformation sur place, doit permettre l'éradication, au moins en partie, de la pauvreté en Afrique.

Nous ajouterons, comme nous l'avions fait voici près d'un an, que le type de critiques énoncées à l'égard de la culture du palmier à huile est non seulement erronée, mais aussi inefficace ! Songeons que la consommation d'huile de palme dans notre alimentation représente 130000 tonnes sur les ... 50 millions de tonnes produites annuellement: 0,3 % ! Malheureusement, si toutes ces critiques restent improductives, elles ont le désavantage de donner de notre pays une image de donneur de leçons, une image "impérialiste", "néocolonialiste" dont nous pourrions bien nous passer.
Pour connaître le point de vue de Alain Rival: cet entretien publié en novembre 2012.

Afrique-Huile de palme (DR)

mardi 2 avril 2013

Plus on est riche, plus on est heureux

Tel est, du moins pour deux chercheurs de l'Université de Rotterdam, la conclusion d'une vaste enquête internationale (67 pays) conduite à partir des données d'une "banque du bonheur".
L'Institut IZA (Allemagne) parvient à la même conclusion à l'issue des travaux de chercheurs américains. Plus le revenu par tête est élevé, plus le niveau de satisfaction individuelle est élevé. Il augment proportionnellement à l'élévation du PIB.
Ces informations exceptionnelles ne datent pas d'aujourd'hui, mais du 26 février 2013 (c'est loin tout ça !) et elles ont été recueillies dans un billet de Marie de Vergès, dans Le Monde. Celle-ci conclut son article en affirmant qu’avant de parler bonheur, le devoir des gouvernements est donc de parler de croissance. Et, mieux encore, de la favoriser ..., la croissance !
Faire un si long détour par des enquêtes sans grand intérêt, pour se contenter d'affirmer que la croissance est indispensable au bonheur des humains, est un bien curieux raisonnement, c'est un peu enfoncer des portes ouvertes.
En effet, les tenants de la croissance à tout prix le savent parfaitement; toute notre société est basée sur ce réflexe d'insatisfaction générale qui n'est comblé que par l'acquisition de nouveaux biens, donc l'augmentation des revenus. Et les partisans de la décroissance le savent tout aussi bien puisque c'est la société qu'il dénoncent afin de la remplacer par une société plus frugale et plus partageuse.

Les premiers ne changent rien, ou pas grand-chose, au système de croissance-consommation qui prévaut actuellement. Ils ferment les yeux sur la diminution des ressources naturelles, sur les difficultés écologiques de notre planète, sur le réchauffement de celle-ci ... Il faut croître ? Eh bien, croissons !
Les seconds prônent un ralentissement de l'activité économique, une relocalisation des productions de tous ordres, une éco-conception des produits, mais sont bien incapables d'expliquer comment appliquer ces belles résolutions dans des pays ou continents qui n'ont pas encore (et de loin ...) adopté le style de vie occidental et qui en ont faim.

Un homme a réalisé une vaste synthèse de cette question "croissance-décroissance" en 2011 (2012 pour la traduction française). Il s'agit de Jeremy Rifkin et de "La troisième révolution industrielle". L'homme n'est pas un inconnu et il parcourt la planète pour propager ses idées, avec, parfois, il est vrai, un certain succès.

La Troisième Révolution Industrielle
Rappelons tout d'abord ce que sont les trois révolutions industrielles.
La première révolution industrielle est celle de la vapeur, du charbon, du chemin de fer, de l'imprimerie, plus exactement de l'information imprimée sur les journaux et gazettes. En effet, Jeremy Rifkin, et c'est nouveau, s'attache à définir un lien organique entre une technologie de communication et une source d'énergie. Cette première révolution industrielle a pris naissance au Royaume-Uni et s'est développée entre 1750 et 1850.
La seconde révolution industrielle est, pour Jeremy Rifkin, celle du pétrole et du téléphone. C'est également celle du tout-à-l'égout, de l'eau potable et de l'électricité à domicile, du moteur à explosion, des produits chimiques, de la naissance des loisirs. La croissance de la productivité pendant cette seconde révolution a été phénoménale.
Tous les économistes (ou presque) s'accordent à reconnaître que nous sommes entrés ou que nous entrons dans la troisième révolution industrielle. Le moteur de celle-ci serait, et ceci est globalement acquis, le développement de la société de communication, la multiplication des centres de stockage de données, la dématérialisation de celles-ci (le cloud), la vitesse de circulation de l'information d'un point à l'autre et en tous points de la planète. Mais il manque une caractéristique à cette définition de la troisième révolution, une caractéristique qui en fasse le vecteur d'un nouvel accroissement de productivité, une caractéristique qui aurait un lien organique avec le caractère informatique de la société. Cette caractéristique, ce sont les énergies renouvelables !

Jeremy Rifkin entreprend alors la description de la société de la troisième révolution industrielle, une société extrêmement décentralisée où chacun serait, à la fois, consommateur et producteur d'énergie.
Cette société repose sur cinq piliers.

  • 1°) Le passage aux énergies renouvelables; solaire, éolienne, géothermique, marémotrice, hydraulique, biomasse ... sans que soient privilégiées les installations puissantes et hyper-concentrées. Au contraire, une multiplication de millions de centres de production d'énergie, ce qui nous amène au second pilier.
  • 2°) La transformation du parc immobilier de tous les continents en micro-centrales énergétiques (éolien, solaire, ...). Rien que pour l'Europe des 27, Jeremy Rifkin estime qu'il y a ... ... 190 millions d'immeubles, bâtiments administratifs, industriels ou commerciaux, résidences ou zones pavillonnaires qui peuvent devenir des mini-centrales électriques: le soleil sur le toit, le vent sur les murs, les ordures qui sortent de la maison, la chaleur du sous-sol sous les fondations ... tout est prétexte à production d'énergie.
  • 3°) Le déploiement de la technologie de l'hydrogène et d'autres techniques de stockage sur l'ensemble de l'infrastructure, afin de stocker les énergies intermittentes. Car, en effet, le soleil ne brille pas tout le temps, le vent ne souffle pas tous les jours, et pendant ces journées de disette nous avons autant besoin d'énergie. Il faut donc avoir de l’énergie en réserve. Malheureusement, l'énergie électrique se stocke très mal (batteries). Le choix de l'hydrogène comme vecteur de stockage n'est pas vraiment nouveau. Romano Prodi, dans une conférence prononcée le 16juin 2003, disait "Nous affirmons clairement ce qui rend le programme européen sur l'hydrogène réellement visionnaire. Notre objectif est de passer graduellement à une économie de l'hydrogène totalement intégrée et fondée sur les sources d'énergies renouvelables d'ici le milieu du siècle". Si l'on ne prend que le cas de l'Europe, comment distribuer dans tout le continent l'énergie produite par des millions de bâtiments ? Le quatrième pilier y répond.
  • 4°) L'utilisation de la technologie de l'Internet pour transformer les réseaux électriques de tous les continents en inter-réseaux, comme en un vaste réseau multi-nodal mondial. La technologie informatique et les compteurs intelligents sont parfaitement capables de gérer ce réseau. Vous avez des besoins en raison du froid, d'un surcroît d'activité ? Tel un Internet électrique, le réseau transporte l'énergie depuis les zones qui sont en stockage excédentaire parce qu'il fait nuit et que le temps est clément. A l'inverse, votre électricité excédentaire parce qu'il fait grand vent est revendue au réseau et va servir une région de calme plat et de brumes froides. Mais la production électrique ne s'arrête pas là, voyez le cinquième pilier.
  • 5°) Le changement de moyens de transport, en choisissant des véhicules électriques branchables ou à pile à combustible, capables d'acheter et de ... vendre de l’électricité sur le réseau mondial. Il s'agit de véhicules à énergie électrique et munis d'une pile à hydrogène. Sans énergie, ils se rechargent sur des bornes qui équiperont routes, autoroutes, collectivités et particuliers. En roulant, ils produisent de l'électricité qui est stockée sous forme d'hydrogène. Et, à l'arrêt, ce qui représente la majorité du temps, ils sont branchés sur le réseau pour distribuer leur électricité excédentaire et ne conserver que le strict nécessaire pour repartir.


Un rêve, une fiction, une utopie, une folie ?
Nul ne saurait le dire avec certitude. Ce qui est vrai, c'est que ce schéma est techniquement réaliste et réalisable. Ce qui est vrai, c’est que les chercheurs et les premières entreprises pilotes travaillent en ce sens. Ce qui est vrai, c'est que les cinq piliers de cette nouvelle révolution industrielle sont adoptables par tous les continents, tous les pays, y compris les plus pauvres et les plus déshérités de notre planète. Ce qui est vrai, c'est que ce développement industriel sera créateur de centaines de milliers d'emplois. L’auteur donne des chiffres, mais gardons-nous de les prendre pour vérité absolue. Ce qui est vrai, enfin, c'est que cette perspective de troisième révolution industrielle met à mal toutes les théories de décroissance volontaire ou subie. De plus, en respectant les objectifs d'une société décarbonée.

La suite du livre est beaucoup moins plaisante. Jeremy Rifkin développe ses idées sur ce que pourrait être la civilisation de la troisième révolution industrielle. Le fait que la production d'énergie soit extrêmement décentralisée suscitera la naissance d'une société dans laquelle les états se regrouperont par intérêts continentaux, où les relations hiérarchiques se feront latéralement et non plus verticalement, où la propriété s'effacera au bénéfice des services collectifs, où l'enseignement sera "latéral"et partage d'expériences, où l'homme retrouvera ses liens originels avec les animaux et la nature, où le travail lui-même disparaîtra pour que ne subsiste que le travail social et gratuit ... bref, "c'est seulement quand nous commencerons à penser en famille étendue mondiale - famille qui ne comprend pas seulement notre propre espèce, mais aussi tous nos compagnons de voyage dans cet habitat évolutionniste qu'est la Terre - que nous serons capables de sauver notre communauté biosphérique et de régénérer la planète pour nos descendants".
Rien n'oblige à souscrire à cette profession de foi au sens littéral du terme. Commençons déjà par mettre en place les cinq piliers de l'autonomie énergétique et nous verrons bien comment évolue notre monde.

Dans notre région, en Rhône-Alpes, près de Grenoble et son pôle scientifique, il existe des entreprises dont l’activité s'inscrit résolument dans ce schéma. Citons McPhy Energy, dont l'objet est entièrement orienté vers le stockage de l'hydrogène solide (hydrures métalliques), citons SymbioFCell, qui s'est donné pour objectif d'équiper les véhicules de piles à combustibles de façon à accroître leur autonomie électrique. L'un d'entre eux, la Green GT H2, participera aux prochaines 24 Heures du Mans.

Green GT H2 (C)

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