THERMOPYLES

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Immigration

Fil des billets

lundi 21 octobre 2013

Retour sur l'immigration

Acte premier: 3 octobre 2013. 359 migrants trouvent la mort à quelques encablures de Lampedusa.

Acte second: le 16 octobre 2013.
"Plus de 2.500 enfants de moins de 5 ans sont morts des suites de la malnutrition sur les huit premiers mois de l’année au Niger, l’un des pays les plus touchés par ce fléau, a-t-on appris mercredi auprès de l’Unicef."
"La plupart des victimes sont des nourrissons dans leurs deux premières années, très fragiles. Le Niger n’étant pas en situation de famine, les décès liés à la malnutrition sont bien plus rares chez les enfants plus âgés ou chez les adultes."
"Malgré ce nombre important de décès, la prise en charge de la malnutrition a progressé par rapport à l’année précédente, remarque Guido Cornale, le responsable de l’Unicef au Niger, pays pauvre où elle est endémique et massive."
"Sur 252.427 enfants de moins de 5 ans traités entre le 1er janvier et le 5 septembre 2013 pour malnutrition ou pour des maladies qui lui sont liées, 2.524 sont morts, ce qui représente une mortalité de 1 pour 100, indique M. Cornale à l’AFP."
"En 2012, année de crise alimentaire, la mortalité était de 1,6 pour 100 (environ 5.900 morts sur 370.000 traités), contre 1,4 en 2011, année de bonnes récoltes (env 4100 / 293.000) et 1,7 en 2010, autre année de crise alimentaire (env 5.560 / 330. 000), selon les chiffres de l’Unicef."
"« Chaque enfant mort est une perte de trop. Mais cela montre aussi qu’on arrive à contenir le taux de létalité de la malnutrition aiguë sévère, et même à le faire reculer », observe M. Cornale."
"« Sans l’aide internationale au Niger, on verrait les enfants mourir par dizaines de milliers », ajoute-t-il, saluant également le travail du gouvernement nigérien, qui « répond » aux attentes des bailleurs."
"La malnutrition n’est toutefois « pas seulement une conséquence de l’insécurité alimentaire », explique Guido Cornale, citant aussi « les maladies, qui impactent l’état nutritionnel de l’enfant », l’éloignement des services de santé, des infrastructures déficientes (absence de latrines ou d’eau potable). La bonne santé de la mère allaitante est également un facteur prépondérant."
"Le 7 octobre, le Bureau de affaires humanitaires de l’Onu (Ocha) à Niamey avait rapporté le décès de 362 décès d’enfants dans la seule région de Zinder (centre-est), où 79.087 cas de malnutrition ont été enregistrés du 1er janvier au 23 septembre."
"Le Niger est l’un des dix pays les plus pauvres au monde, malgré des richesses en matières premières (uranium, pétrole). "


Acte trois: Kanar publie un "dessin" dans "Moustiques (Belgique)", repris dans "Le Monde"

Prix Nobel de physique-(C)Kanar

Acte quatre: Le capital au XXI° siècle, de Thomas Piketty. (pages 118 et suivantes).
"La seule situation de déséquilibre continental caractérisé concerne l'Afrique qui est structurellement possédée par les autres continents. Concrètement, d'après les balances des paiements au niveau mondial établies chaque année depuis 1970 par les Nations Unies et les autres organisations internationales (Banque Mondiale, FMI), le revenu national dont disposent les habitants du continent africain est systématiquement inférieur d'environ 5% à leur production intérieure (l'écart dépasse 10% dans certains pays). Il est intéressant de noter que ce flux sortant de revenus du capital est de l'ordre de trois fois plus élevé que le flux entrant de l'aide internationale. Avec une part de capital dans la production de l'ordre de 30%, cela signifie que près de 20% du capital africain est actuellement possédé par des propriétaires étrangers."
"Il est important de réaliser ce que signifie en pratique un tel chiffre.Compte tenu du fait que certains éléments du patrimoine (l'immobilier d'habitation ou le capital agricole) ne sont qu'assez peu possédés par les investisseurs étrangers, cela signifie que la part du capital domestique détenue par le reste du monde peut atteindre 40%-50% dans l'industrie manufacturière, voire davantage dans certains secteurs. Même si les balances de paiement officielles ont de nombreuses imperfections, il ne fait aucun doute qu'il s'agit là d'une réalité importante de l'Afrique actuelle."
(...)
"Quand un pays est pour une large part possédé par des propriétaires étrangers, la demande sociale d'expropriation est récurrente et presque irrépressible. D'autres acteurs de la scène politique répondent que seule la protection inconditionnelle des droits de propriété initiaux permet l’investissement et le développement. Le pays se retrouve ainsi pris dans une interminable alternance de gouvernements révolutionnaires ( au succès souvent limité pour ce qui est de l'amélioration réelle des conditions de vie de leurs populations)et de gouvernements protégeant les propriétaires en place et préparant la révolution ou le coup d'Etat suivant."
(...)
"L'expérience historique suggère que le principal mécanisme permettant la convergence entre pays est la diffusion des connaissances, au niveau international comme au niveau domestique. Autrement dit, les plus pauvres rattrapent les plus riches dans la mesure où ils parviennent à atteindre le même niveau de savoir technologique, de qualifications, d'éducation, et non pas en devenant la propriété des plus riches."

Acte cinq: 16 octobre-Ségolène Royal appelle la gauche à se calmer après l'expulsion d'une jeune kosovare.
Rappelant que "la lutte contre l'immigration clandestine était une valeur de gauche", Ségolène Royal explicite son propos en affirmant: "La gauche ne peut pas accepter que ce soit les populations les plus défavorisées et les immigrés en situation régulière qui subissent l'immigration clandestine".
En clair, Ségolène Royal refuse d'accepter inconsidérément des réfugiés afin de ne pas pénaliser "nos pauvres" et "nos immigrés" !!

Acte six: 24 et 25 octobre-Conseil Européen
Devant l'indignation causée par les récents naufrages en Méditerranée, le Conseil Européen devait aborder la question de sa politique migratoire. Las, les indignations feintes nées des déclarations de Snowden et la révélation du suivi des communications par les USA emportent la mise, et la question de l'immigration reste pratiquement (ou presque) au placard.

Acte sept: 31 octobre-Nouveau drame en Afrique.
87 migrants sont retrouvés morts de faim dans le désert nigérien à quelques kilomètres de la frontière algérienne.


Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que la première cause de l'immigration, c'est la guerre ? (Syrie, Ethiopie, Soudan)
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que la seconde cause de l'immigration, c'est la misère ? (Afrique, Niger, Mali, Sénégal, ..)
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que notre monde est un monde de "libre circulation" de toutes les marchandises et de l'argent (mondialisation) et qu'il n'y a aucune raison pour que n'existe pas la libre circulation des hommes ?
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que notre occident étale des richesses matérielles (argent, mode, technique, ..) et humaines (liberté, émancipation, libre expression, ...) qui ne peuvent que susciter l'envie et la convoitise ?
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que toujours et partout les migrants chassés par la guerre, par la misère ou par l'envie, tenteront de rejoindre les pays de leurs rêves ? Et que Frontex ne servira à rien ? Et que les passeurs existeront toujours (terrible loi de l'offre et de la demande) ?

dimanche 5 juin 2011

Emigration intra-européenne

"Le Monde" daté de ce jour fait une double référence à des choix d'émigration que disent vouloir mettre en œuvre les jeunes du Portugal et de la Grèce.

Le dessin quotidien de Plantu, en première page, affirme que 7 jeunes grecs sur 10 pensent partir à l'étranger (sondage publié déjà en décembre 2010). Et, à l'intérieur du quotidien, "A Lisbonne, les jeunes pensent à émigrer et critiquent les choix économiques passés". Pour mémoire, cela est aussi le cas en Irlande.

Voilà donc des pays insérés depuis de nombreuses années dans la Communauté Européenne, qui font face à une crise économique d'une extrême gravité, et auxquels les remèdes préconisés et appliqués sont ceux de l'austérité, des économies budgétaires, de la réduction des salaires, pensions et avantages acquis, de la vente "par appartements" de tous les biens nationaux. Leurs jeunes, formés et éduqués, mais sans travail, et/ou sans espoir pour l'avenir, ne voient d'autre solution que de partir, d'émigrer vers d'autres pays européens dont l'économie est présentée comme plus stable et plus riche d'espoir.

Nos gouvernements vont-ils encore réduire d'un cran ce que Schengen avait construit ?

Manifestation de jeunes grecs - (c)ANGELOS TZORTZINIS/AFP

Comment ne pas comprendre que les temps des frontières imperméables seront bientôt révolus. Et qu'Internet, Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux font de notre planète une communauté de plus en plus resserrée, uniforme et solidaire par la force des choses (même si les agitateurs politiques cherchent à prouver le contraire) ? Car ce que pourront peut-être obtenir les jeunes grecs ou les jeunes portugais (parce que la liberté de circulation existe encore), ce n'est pas autre chose que ce que réclament les jeunes maliens, les jeunes tunisiens ou les jeunes turcs: avoir un travail qui soit suffisamment rémunérateur et pouvoir accéder à un certain niveau de consommation. Avoir sa part du gigantesque étalage de biens que la société occidentale fait miroiter dans toutes ses vitrines.

Et il n'est aucune raison, aucune justification pour refuser à un grec, un portugais, un malien, un tunisien ou un turc, l'accès à ces biens tant convoités.

Cette nouvelle dimension de l'émigration-immigration devrait nous interroger et pousser nos hommes et femmes politiques à tracer de nouvelles frontières plutôt qu'à réactiver les barrières d'hier.

jeudi 19 mai 2011

Immigration: un rapport

"Il dit qu'il méprisait leur projet et qu'organiser la fuite des gens était une œuvre de traître parce qu'elle empêchait d'entreprendre le changement à l'intérieur du pays. "Le changement dont ce pays a besoin". Puis il se tut et au bout d'un moment, comme si une autre voix, eau vive, avait traversé l'épaisseur fossile de sa chair il ajouta: "Quand on ne peut rien changer pourtant il faut s'enfuir."

Extrait de "Les hommes-couleurs" de Cloé Korman (Seuil), ce petit texte traite de la "fuite" des mexicains vers les USA. Mais la même phrase peut s'appliquer aux migrants tunisiens (surtout des hommes) auxquels on entend souvent reprocher qu'ils quittent leur pays au moment où celui-ci s'ouvre (un peu) à la liberté, et au moment où leurs bras et leur travail pourraient lui permettre de se développer. Sous un aspect d'évidence, cette sentence rejoint le texte du roman de Cloé Korman: quand on ne peut rien changer pourtant il faut s'enfuir !

Tunisie, Egypte, là où l'on parle de "printemps arabe", les nouvelles orientations du pays, une nouvelle économie, tout cela sera bien difficile à mettre en place, si tant est que l'on y parvienne un jour. Et cela ne se fera qu'avec l'aide de l'Europe qui tergiverse tant et mieux. L'ouverture relative de ces pays devrait inciter à relancer au plus vite des coopérations, en matière d'études universitaires, en matière de créations d'entreprises, ... L'Union pour la Méditerranée est quasi morte: il est l'heure de créer une nouvelle union pour la Méditerranée et peu importe son nom.

La nature même du "printemps arabe" montre que la revendication majeure des femmes et hommes qui manifestent est celle d'une autonomie économique et d'une possibilité d'accession à une forme de consommation (image de progrès) telle qu'elle est largement développée en Occident. Aux yeux du peuple, la nature du régime est avant tout condamnable, et condamnée, parce que la famille et le clan à la tête du pays se sont surtout servis sans mesure. L'Egypte prépare déjà un assouplissement des peines de Moubarak parce que celui se dit prêt à restituer sa fortune mal acquise. En Tunisie cependant les commentaires vont bon train sur les millions amassés par Ben Ali, mais personne encore n'envisage comment les utiliser au profit de l'économie tunisienne. La question n'est pourtant pas neutre puisque l'on peut lire que ces détournements de fonds et ces achats d'or et bijoux représentent plus d'un PIB annuel du pays (39,56 milliards de dollars en 2009). Imaginez que l'Europe s'engage à y ajouter un montant identique en trois-quatre ans, ne croyez-vous pas que cela faciliterait un redémarrage économique du pays ?

Cette question des réfugiés tunisiens empoisonne l'atmosphère européenne. Une majorité de pays d'Europe est prête à revoir les principes de libre circulation de Schengen. Les commentaires les plus excessifs sont entendus, lus, écrits ici ou là. L'Europe s'habille des oripeaux de la xénophobie. En France même, les citoyens véhiculent ces commentaires avec un facilité toujours plus grande et en laissant libre cours aux amalgames les plus faciles. Immigration, insécurité, islamisme, sont mélangés et se répondent les uns aux autres pour expliquer toutes les difficultés de nos sociétés: vie dans les quartiers, chômage, crise économique ... Le débat politique lui-même est simplifié à l'outrance. Le ministre de l'intérieur prétend vouloir limiter l'immigration officielle, tout en poursuivant ses attaques envers l'immigration clandestine, mais ce n'est là qu'effet d'annonce, histoire de tenter de reprendre quelques voix à l'extrême-droite. C'est très probablement dans son rôle électoral, mais ce n'est pas ce qui fait évoluer l'analyse des français. A tort ou à raison, ceux-ci jugent qu'il y a trop d'immigrés en France. Ce jugement s'appuie exclusivement sur l'affirmation d'un constat: "cela se voit" ! Constat raciste donc ! S'appuyant sur une différence de couleur de peau essentiellement ! Et faisant fi de l'existence de milliers de français originaires des DOM ou des TOM qui n'ont pas la peau blanche ! Mais tout le monde est dans le même sac ! Constat également que l'on "retrouve ces gens dans toutes nos grandes villes" ! Bien sûr, car là est le travail que nous leur réservons et qu'ils sont seuls à accepter: la construction, les travaux publics, la surveillance, la sécurité, le nettoyage et la propreté (des aéroports, gares, MIN, grandes surfaces), la collecte des déchets, ... Un exemple ? Le Festival de Cannes donne l'occasion à quelques femmes de service d'un petit palace de se manifester et de réclamer la régularisation de leurs titres de séjour.

La gauche française est-elle capable de définir et de proposer une politique de l'immigration qui en soit une ? Au-delà de la critique violente de la droite, à laquelle il est reproché de faire une politique de droite, que formule la gauche ? Pas grand chose, et comme vient de le souligner Ségolène Royal, elle est particulièrement mal à l'aise sur ce terrain.

Pourtant, des parlementaires de toutes tendances (majoritairement à gauche, cependant !) viennent de publier les résultats de l'Audit de la politique d'immigration, d'intégration et de codéveloppement, un audit initié voici plus d'un an par l'association "'Cette France-là". Curieusement, DEUX rapports sont publiés concernant l'ensemble des auditions. Le premier l'est par les parlementaires eux-mêmes et vous pouvez le trouver ici. Pas très facile à lire et non annotable !! Le second l'est (d'aujourd'hui) par l'association "Cette France-là" et vous pourrez le trouver ici. Il est intitulé "Rapport d'audit de la politique d'immigration de Nicolas Sarkozy. A de mauvaises questions, apporter de pires réponses".

Rapport des parlementaires sur l'immigration.

Il y a sans doute des divergences d'interprétation et de conclusions là-dessous. Mais lesquelles ? Après avoir lu le premier rapport, il faudra lire le second. Quoi qu'il en soit, le rapport des parlementaires a été froidement accueilli par la presse et notamment par Libé , sous la signature de Catherine Coroller, qui l'a qualifié d"audit timide" qui ne se livrait pas à une critique très virulente de la politique d'immigration. Quant au second rapport, celui de "Cette France-là", il a été critiqué dans "Le Monde" , sous la plume d'Elise Vincent, qui le considère comme "manquant de nuances et de contre-propositions".

L'une des constatations de ce travail des parlementaires est de conclure que les immigrés "coûtent moins en prestations sociales que ce qu'ils rapportent". Honnêtement, cette conclusion, montée en épingle par la presse de gauche est elle réellement une conclusion ... de gauche ? Les immigrés ne sont-ils qu'une variable d'ajustement de notre économie ? Doit-on les accepter chez nous uniquement parce qu'ils "coûtent moins" ?

Il est heureusement des conclusions plus réalistes et plus humaines. Elles sont formulées par Françoise Laborde, sénatrice de Haute-Garonne.
- Rétablir une procédure unifiée de la naturalisation.
- Sécuriser le séjour des étrangers en sortant de la carte d'un an renouvelable, seule condition pour que les personnes s'investissent et se projettent dans l'avenir.
- Suspendre toute politique de reconduite systématique.
- Créer un droit à l'aller-retour.
- Supprimer le ministère dédié.
- Interdire toute performance chiffrée en matière de lutte contre l'immigration clandestine.
- Mettre en place une politique européenne d'immigration commune, humaine, responsable et accueillante.
- Harmoniser au niveau européen la gestion de la rétention administrative des immigrants clandestins sous contrôle de la Cour Européenne des Droits de l'Homme.
- Créer un Office Européen en charge de l'immigration sous l'autorité de la Commission Européenne, faisant appliquer, par les services compétents, au niveau de chaque état, la politique d'immigration européenne.
- Accentuer la coopération policière et douanière, sous l'autorité de l'Office en charge de l'immigration.
- Instaurer une carte de résidence temporaire unifiée permettant aux ressortissants de pays hors de l'union de travailler librement sur l'ensemble du territoire de l'union.

"Timide", disent-ils !

jeudi 18 novembre 2010

Renvoi des étrangers

La flagellation et le masochisme médiatiques dont font preuve nos organes d’information font qu’en permanence on ne regarde que ce qui se passe (mal) dans notre pays, perdant souvent, de ce fait, les éléments de compréhension de mouvements bien plus larges.

Il en est ainsi de l’attitude xénophobe de rejet des étrangers. En France, la stigmatisation des Roms au cours des mois passés en a été la principale illustration. Et chez nos voisins ?

La récente déclaration d’Angela Merkel proclamant l’échec total de la politique d’intégration des étrangers en Allemagne est venue ponctuer quatre mois de débat public au cours duquel nombre d’arguments n’ont rien eu à envier à ceux qui ont été prononcés au cours du débat relatif à notre identité nationale. Il est même possible de dire que notre débat a été relativement encadré de par sa nature “officielle”, ce qui n’est pas le cas du débat allemand qui se déroule par médias interposés. Mais en avez-vous entendu parler ?

Et la Suisse ? Vous vous souvenez de la votation relative à l’interdiction des minarets. Pour les français, cette décision est tombée comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Et pour cause, personne ne leur en avait parlé … avant. Or, fidèle à sa démocratie directe, la Suisse s’apprête à de nouvelles votations sur un projet visant à expulser du pays tous les étrangers coupables de crimes. Comme pour les minarets, l’UDC (Union Démocratique du Centre, bien peu démocratique et bien peu centriste) est à l’origine de cette “initiative sur le renvoi des étrangers”. Ce texte prévoit le renvoi de toute personne de nationalité étrangère condamnée pour un délit grave ou pour avoir perçu abusivement des prestations d’assurances sociales ou de l’aide sociale.

Double peine, il se trouve que ce texte est contraire aux dispositions du droit international ainsi qu’avec la constitution fédérale. Cela n’a pas interdit au Parlement de déclarer recevable cette initiative tout en rédigeant une contre-proposition (soutenue par le PS) ayant les mêmes buts, mais affirmant que les expulsions seront exécutées dans le respect de la constitution et du droit international.

A ce jour, une large majorité de suisses approuvent l’initiative de l’UDC et rejettent la contre-proposition. Personne n’en parle en France. Il y en a qui vont se réveiller lundi 29 novembre avec de drôles de surprises !

L’UDC ne fait pas dans la dentelle en matière de communication. Voici un florilège de ses affiches sur le thème de l’accueil des étrangers, et nous nous abstiendrons de revenir sur l’affiche dont le drapeau suisse est transpercé par des minarets.

Voici une affiche locale à Genève qui a fait grand bruit de ce coté de la frontière.

UDC-Affiche racaille Annemasse

Une affiche de 2008 pour réclamer un durcissement des conditions de naturalisation.

UDC-Affiche Naturalisations 2008

L’affiche visant à recueillir les signatures nécessaires à l’initiative sur le renvoi des étrangers.

UDC Affiche moutons

Et l’affiche de propagande pour la prochaine votation.

UDC-Affiche renvoi etrangers

L’UDC fait école et son affiche représentant un mouton noir (et gris) jeté hors de la patrie à coups de pied a été reprise en Allemagne, en Espagne, en Italie, toujours par l’extrême-droite. Un état de fait à méditer et qui devrait suffire pour que les partisans d’une immigration réfléchie, partagée et concertée se mettent à unifier leurs actions au niveau européen.

Affiche moutons Allemagne

Affiche moutons Espagne

Affiche moutons Italie

mardi 5 octobre 2010

Immigration et *blanchité sexuelle*

Il est une tendance que les évènements de l’été (affaire dite Woerth, plus exactement place que notre société accorde aux riches de tous bords) ont accélérée: c’est celle du rôle des journalistes qui jouent de plus en plus aux gardiens moraux de notre société. Il n’est plus depuis longtemps de prêtre ou d’instituteur ! Mais il est maintenant de la mission du journaliste de dire la morale, le droit et la science. Pour cela, ils ont besoin de béquilles et ces béquilles sont les psychologues, sociologues, voire philosophes, dont la fonction est d’étayer le discours des journalistes, quand ce n’est pas directement celui des politiques. Il n’est pratiquement plus une livraison du “Monde” ou de “Télérama” qui n’ait son interview d’un tel spécialiste.

C’est le cas cette semaine dans Télérama à propos du débat sur l’immigration, dans le cadre d’une interview d’Eric Fassin . Au-delà d’une juste dénonciation du discours actuel fait de rejet de l’autre et de xénophobie ambiante, discours destiné à recruter auprès du FN et à servir la soupe à la droite, Eric Fassin adopte une attitude radicale. C’est ainsi qu’il présente la politique actuelle conduite par le gouvernement comme une politique de racialisation. Je le cite. “Le jeu constant d’opposition entre eux et nous s’appuie sur l’origine ou la culture, supposées ou réelles, la couleur de peau, le patronyme, la religion, … (…) Cette politique a des effets sur l’ensemble des français. On ne peut racialiser les autres sans racialiser l’identité nationale. Stigmatiser les musulmans et les noirs, c’est dessiner, en creux, la figure des Blancs“.

S’en suit une série d’exemples parfois contestables: les propos d’Alain Finkielkraut qui parle de “ratonnade anti-blanc“, la présentation de Christophe Lemaître comme “premier blanc à avoir franchi la barre des 10 secondes“, la “loi des caïds” (mot arabe !) dont Gourcuff aurait été victime en Afrique du Sud, … et enfin une “blanchité sexuelle” qui serait l’apanage des français de souche parce que ceux-ci traiteraient bien leurs femmes alors qu’eux leur imposent la polygamie, le voile ou les tournantes.

Il y a beaucoup de caricature dans ces différents exemples et l’on pourrait à chaque fois reprendre les faits et leur donner une autre explication sans lien avec la “question blanche”. Mais restons-en à la “blanchité sexuelle”. Le port du voile ou de tout autre vêtement destiné à masquer la femme relève bel et bien d’une attitude religieuse et d’un comportement culturel qui visent à soustraire les femmes de la société et plus particulièrement du commerce sexuel. On entend par commerce sexuel, la liberté accordée à chaque être de rencontrer et échanger avec tout autre être de son choix, étant entendu que cette liberté est réciproque. Or le port de ces vêtements interdit à la femme qui y est astreinte de pratiquer ce libre choix, tout comme il interdit à tout autre être en face d’elle de le pratiquer. “Je me réserve pour celui qui est ou qui sera mon homme” (une phrase d’une banalité extrême lorsqu’une femme voilée essaie d’expliquer son attitude) doit se traduire par “Je me réserve pour un homme de ma culture, de ma religion, de ma spécificité humaine, …

Depuis l’origine du monde, c’est la liberté de ce commerce sexuel qui a permis l’enrichissement des différentes variétés de la race humaine et, en termes absolus, le retrait d’une catégorie humaine de ce commerce ne peut entraîner que l’appauvrissement de cette catégorie et donc l’appauvrissement relatif de toutes les autres catégories. C’est en ce sens que voile, tchador, niqab et burqa sont à condamner. Ce n’est certes pas l’avis d’Eric Fassin. Mais ne faisons pas de cette question du voile une question de racialité et de domination des “blancs”.

Car le même raisonnement nous guette en ce qui concerne les droits de l’homme, l’excision, la liberté d’expression, et tant d’autres “gains” de la démocratie (”le moins mauvais système …”) , laquelle n’est pas “blanche”, ni “jaune”, ni “noire”, ni “beur”, mais humaine.

Mais, d’accord avec Eric Fassin, ce n’est pas la loi qui doit traiter de cette question.

Dans les conclusions de cette interview, Eric Fassin se comporte de façon beaucoup plus “traditionnelle”. A la question: “Où sont les contre-propositions de la gauche ?“, ce sociologue botte en touche comme le font, de façon systématique, tous les leaders et tous les militants de gauche. Sa réponse consiste à dire qu’il n’existe pas de problème de l’immigration, mais que le vrai problème est celui de la politique qui constitue l’immigré en “problème”, celui de la politique d’immigration elle-même.

C’est un peu facile de dire que toute la misère du monde reste dans le sud, que tous les organismes internationaux s’accordent à dire qu’il faut plus et non pas moins d’immigration pour des raisons économiques et démographiques et que la gauche ferait mieux de parler de la réforme de la fiscalité ou des effectifs des enseignants ou des hospitaliers …

C’est un peu facile de dire qu’il y a certes des problèmes techniques à régler comme le nombre de visas de travail et pour qui !

De tels commentaires nient en quelques mots la formidable espérance des gens du sud qui, attirés par l’eldorado occidental, veulent y prendre leur part. De tels commentaires ignorent que le XXI° siècle sera très probablement le siècle des migrations et qu’il serait sans doute utile de s’y préparer autrement qu’en parlant de “problèmes techniques”. Comme si la seule solution se trouvait dans l’attribution de davantage de visas!!!

Expulsion (DR)

Alors, Eric Fassin en termine en parlant de l’association “Cette France-là” dont il fait partie et qui a publié en 2009 et début 2010 deux ouvrages d’inventaire des pratiques anti-migratoires de la France de Sarkozy. Il nous parle également de l’audit de cette politique initié avec des élus de tous bords, avec pour objectifs de démontrer que la rétention et l’expulsion des immigrés clandestins sont contre-productives. A la vérité, cet audit a été lancé en MAI 2010, il a donné lieu à une première réunion le 4 mai à l’Assemblée Nationale. L’eurodéputée socialiste Sylvie Guillaume en a parlé sur son blog : elle n’en a jamais reparlé. Quant au site de “Cette France-là “, il est également en sommeil depuis mai 2010. Curieuse façon d’auditer et de préparer des propositions.

- page 1 de 3