THERMOPYLES

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mardi 9 février 2016

Atelier d'écriture VII

Pas de sucre !


12 octobre 2015

Privé de sucre ! Par ordonnance ! Pas de gâteau de noix, pas de meringue, pas de gelée de pissenlits, pas de gâteau marbré, ni de croissants de lune ou autres biscuits. Non, juste un peu de soupe aux herbes sauvages (pas celle d’Emilie, non, celle d’Annie) faite d’oseille, de laitue et autres plantes de son jardin. Une soupe qui manquait un peu d’une verdure forte pour la relever (peut-être un peu de la salsepareille chère aux Schtroumpfs), mais elle était bien douce et légère. Et puis, derrière, trois grains de raisin.
Pourtant, il ne faut pas croire qu’un repas sans sucre (ajouté) puisse être triste ou pénible. Voyez par vous-même.
Pour les viandes de toutes sortes, bœuf-carottes ou veau aux champignons des bois, il suffit de faire des sauces légères, pas trop grasses mais suffisamment onctueuses. Et si vous préférez la viande saignante, alors ce sera hampe ou onglet saisi dessus-dessous.
Fruits et légumes, tout est bon, tout est permis et la variété des couleurs, la richesse des goûts, tout cela est infini. Il y a deux heures à peine, c’est une série de grenades que j’ai passée au presse-citron pour en recueillir un jus à la fois doux, sucré et teinté de l’amertume de l’écorce.
Fromages, il en est de même, surtout pour un Saint-Marcellin bien mûr que l’on mange à la cuillère et qui sent à la fois l’herbe et la vache. Tout cela arrosé d’un vin des Côtes du Rhône ou de Dordogne, un vin puissant, fier et sombre.
Tout au long du repas, et vous en reprendrez probablement ; un pain fait maison avec une vraie levure de boulanger et qui intègre des raisins de Corinthe, ou des figues sèches ou des abricots desséchés et découpés en petits fragments. Ce n’est déjà plus du pain, et pas encore un dessert, au point que vous ne laisserez pas les miettes aux oiseaux.
Pour finir, vous aurez la permission du champagne, de ses éclaboussements de bulles, de son écume qui déborde ou d’un alcool un peu fort à la condition qu’il ne soit pas une liqueur.
Venez, nous referons le monde, ou bien nous ne referons rien du tout, sinon découvrir des arômes subtils et des goûts simples mais originaux. J’espère que l’atmosphère de ce repas vous sera un bonheur, celui que je souhaite à chacun de mes convives.


Epiphanie écologique


9 novembre 2015

Partis tôt ce matin des bords du Golfe du Morbihan, ils sont arrivés sur le port de Brest. La voiture les a chaudement bercés et c’est bien ensommeillé qu’ils se sont dirigés vers l’embarcadère.
Par une mer un peu agitée, tournant le dos au soleil, le bateau s’est dirigé sur Ouessant.
Les falaises se dessinent maintenant à l’horizon, apparaissant, disparaissant au gré des vagues écumantes. Le soleil les éclaire, elles sont blanches, scintillantes, éclatantes. Des nuées d’oiseaux de mer les survolent en tous sens. Leurs cris s’amplifient au fur et à mesure de l’avancée du navire côtier vers le petit port, un simple quai au fond d’une crique abritée de la houle et décorée d’un phare peint en rouge et blanc.
Légèrement chahutés par les éléments, le cœur juste au bord des lèvres, ils descendent du bateau comme un peu ivres et ont du mal à trouver l’équilibre de leurs premiers pas. D’autant plus qu’il leur faut monter quelques dizaines de marches afin de parvenir sur le plateau que bordent rochers et falaises.
Alors qu’ils parviennent au sommet de l’escalier, impatients de découvrir la vraie surface de l’ile, une gigantesque explosion de lumière les aveugle et les fige. Avec peine, ils retrouvent une vue quelque peu normale et découvrent des milliers de miroirs paraboliques disposés en lignes concentriques et orientés vers un même point ; une tour géante.
Au-delà, ce sont des panneaux photovoltaïques qui sont alignés en serpents infinis qui suivent, en lignes parallèles, toutes les ondulations du terrain. Entre chacune de ces lignes, l’herbe pousse abondamment que mangent de somptueux moutons laineux.
Au-delà, sur la ligne d’horizon, par dizaines de grappes de cinq ou six, sur les petits monticules de l’ile ainsi qu’au bord des falaises, tournent lentement dans le vent et répandent une sorte de bruissement régulier, une respiration un peu lourde.
La route les conduit, à pied, au cœur du village. Son revêtement sombre, bordé de lignes jaunes, semble curieusement structuré, comme un tissu synthétique. Leur étonnement interrogatif ne sera que de courte durée. Un panneau leur explique que le macadam de cette voirie produit de l’électricité grâce à des cellules incorporées. Plus loin, une autre affiche leur annonce qu’à cinq cents mètres à droite, ainsi qu’à huit cents mètres à gauche (l’ile n’est pas bien large !), des criques ont été aménagées avec des sortes de moulins sous-marins qui captent à la fois l’énergie des vagues et la force des marées pour en retirer l’énergie.
Toutes les habitations ont le toit recouvert de panneaux photovoltaïques, ls vitrages des fenêtres captent le soleil … énergie, énergie, semble bien être le maître-mot de cette ile. Mais qu’en font-ils donc ? La production doit largement dépasser les besoins de quelques dizaines d’habitants !
C’est en mairie, auprès de Madame la Maire, qu’ils trouveront réponse à leur question. Toute l’ile s’est consacrée à un avenir environnemental, initiant une bascule vers un avenir d’énergie propre. Champs solaires, champs éoliens, force des marées, méthane issu de la biomasse produite par l’agriculture et l’élevage, tout concourt à la fabrication d’une électricité stockée sous forme d’hydrogène (un composé stable et nomade mis au point par une entreprise aux confins de la Drôme et de l’Isère, Mc Phy Energy).
Voilà l’explication de ce drôle et beau navire blanc, paquebot ultra-moderne, sans hublot et sans fenêtres, qui attendait dans le port : le transporteur d’hydrogène vers le continent.


A librouvert


11 janvier 2016

11 janvier. La tradition nous autorise encore près de trois semaines pour formuler nos vœux. Profitons-en !

Je nous souhaite une balançoire pour chaque mois.
Une balançoire en janvier sur laquelle reposent des œufs et des plumes de pigeons, sorte de volière volage.
Une balançoire de février qui, tel un papillomusée, regroupe une collection de lépidoptères multicolores.
Alors que celle de mars vous offre des attrape-rêves, vous savez de ceux que l’on retrouve sur le grèves marines, lors des trêves de l’actualité.
En avril, ce sera une petite mercerie faite de boutons, de ficelles bariolées et de bretelles, d’élastiques, de lacets et d’aiguilles.
En mai, je nous souhaite des ballons, des bulles et des boules légères pour emplir vos ciels à la luminosité croissante.
En juin, des parties de prairie où gambader, sauter et bondir, s’éclabousser de liquides, presser les mirabelles et goûter leur jus.
En juillet et en août, des vacances à la montagne et au bord de l’eau, des piles de canettes et des arômes de cannelle.
En septembre, une balançoire de moutons à l’épaisse fourrure, chaude et grasse, un retour de transhumance.
En octobre, une envolée d’oiseaux voilés et des notes de musique sur les fils électriques.
En novembre, des cartes à jouer ou des dés pour amadouer le sort et préparer les soirées sombres à venir.
Et en décembre une balançoire dont la planche aura été attachée au poteau afin qu’elle soit protégée de la pluie, mais permette cependant de bien finir l’année et de préparer les vœux pour la suivante.

(C)JB

ALEP


8 février 2016

Ils vivaient dans un petit village, au nord d’Alep. Les maisons basses se serraient les unes contre les autres tout autour de la mosquée déjà bien abimée par les derniers bombardements. La poussière recouvrait tout depuis que plus personne ne cultivait les champs : trop dangereux !
Cela fait bien deux ou trois semaines qu’ils ont pris la décision de partir : la situation n’est plus viable.
Plus de travail pour lui depuis bien longtemps. La nourriture quotidienne à rechercher pour elle, avec des jours sans pain lorsque le boulanger n’a plus de farine ou n’a pas eu le temps, s’il lui a fallu partir sur le front. Quant à l’école pour le garçon et la fille, sa petite sœur, voilà longtemps que cela n’existe que sous forme de points de suspension.
Il a cousu quelques milliers de dollars dans les poches intérieures de son pantalon, ainsi que dans la doublure du manteau de son épouse. Plusieurs emplacements, c’est recommandé afin d’avoir toujours une réserve pour payer les passeurs ou les maître-chanteurs. Tout le reste, la maison, le mobilier et les trois poules, ils l’ont abandonné en le confiant à leurs voisins âgés, mais sans trop y croire. Une fois la porte refermée, auront-ils l’occasion de revenir ?
Le voyage commence tout de suite. La rue principale du village, il la connaît parfaitement puisqu’il s’y promène depuis sa plus tendre enfance ; c’est ici qu’il est né. Mais aujourd’hui, il sait qu’il ne va la parcourir que dans un sens.
Dans sa tête, il est parti pour aller très loin, le plus loin possible. Il doit sauver sa femme et ses enfants, sauver leur humanité. Revenir ? Il se posera la question plus tard, lorsqu’il sera arrivé quelque part, là où ils seront tranquilles, là où les bruits des bombes et des combats ne le réveilleront plus, chaque jour au lever du soleil. Il le sait, il rencontrera des gens qui ne l’aimeront pas, d’autres qui l’aideront peut-être, des hommes et des femmes d’une autre croyance que la sienne, qui auront d’autres habitudes, d’autres comportements et d’autres façons de juger, qui pratiqueront d’autres musiques, d’autres coutumes, d’autres mangers …
Il sait aussi que les obstacles seront légion sur son chemin et que rien ni personne ne peut lui garantir qu’ils arriveront tous au terme du voyage. Les adversaires, bandits, racketteurs, les éléments déchaînés de la nature, comme lorsqu’il leur faudra traverser les mers, ou encore les troupes amies ou ennemies (qui le sait avant de leur tomber dessus ?) cachées derrière leurs barcanes, tout cela peut avoir raison de sa famille, de ses enfants surtout.
Le voyage qu’il a entrepris (mais est-ce un voyage, un périple imposé, ou une migration forcée, ou une fuite ?) le mettra face à un autre monde dont il devra apprivoiser les codes.
Il le sait, il y est préparé.


Boussole

C’est un gros bouquin que ce Goncourt-là ! « Boussole », de Mathias Enard, mérite la lecture et l’attention, quand bien même il s’agirait d’un livre foisonnant, voire un peu brouillon, certainement une véritable encyclopédie.
Au premier abord, nous nous sentons rapidement assez loin d’un roman alors que sont posées les relations que Franz (François-Joseph) et Sarah vont partager pendant près de 380 pages. Elle est française, universitaire, et ses recherches la conduisent actuellement à travailler sur l’interface entre l’Occident et l’Orient, une interface qu’elle situe en partie à Vienne, en Autriche, mais qui lui donne l’occasion de parfaire ses connaissances en voyageant au Proche-Orient. L’Autriche qui est la patrie de Franz, musicologue, lequel n’écrit certes pas beaucoup de musique mais la commente avec talent.

Le récit est conduit par Franz. Celui-ci est malade, sans que l’on sache quelle affection le ruine et lui laisse penser qu’il va bientôt mourir. Au cours d’une longue nuit d’insomnie, dont les heures rythment les chapitres du roman ( 23 h 10, 23 h 58, 0 h 55, 2 h 20, 2 h 50, 3 h 45, 4 h 30, 5 h 33, 6 h 00), Franz va se remémorer les étapes essentielles de sa rencontre avec Sarah et de l’amour fou et total qu’il lui porte, un amour qui ne se réalisera qu’une seule fois, lors d’une magnifique nuit à Téhéran, nuit qui s’achèvera à l’aube par l’appel à la prière du muezzin et dont il ne lui restera que des « éclairs ».
L’insomnie qui constitue la charpente du roman donne prétexte à parler et commenter d’innombrables écrits, peintures, films, musiques, visites de musées ou de cimetières, voire de mosquées, voyages en Syrie, Turquie ou Iran, qui constituent à la fois des points de rencontre entre Franz et Sarah et des éléments d’analyse de l’orientalisme des occidentaux. Car « les orientaux n’ont aucun sens de l’Orient. C’est nous les occidentaux qui l’avons » (Lucie Delarue-Mardrus-1920). L’orientalisme n’est qu’une rêverie, une exploration toujours déçue. Les occidentaux exploitent ce territoire des rêves et leurs voyages physiques ou artistiques (musique, écriture, peinture,…) sont une confrontation avec ce songe.


Boussole (C)
C’est là que nous trouvons l’aspect un peu encyclopédique de ce roman, par le biais d’une infinité de références savantes, de citations, d’anecdotes, de relations entre artistes ayant peu ou prou contribué à l’orientalité européenne. Découvertes, redécouvertes rythment l’écriture, certaines traversant régulièrement l’ouvrage et donc la nuit d’insomnie, tel Omar Khayyam, écrivain, poète et savant persan des XI° et XII° siècles. Parmi les références musicales, citons « Le Chemin de fer », opus 27 de Charles Valentin Alkan (1844), les « Kindertotenlieder », « Chants pour les enfants morts », de Gustav Mahler sur des poèmes de Friedrich Rückert (1901-1904), « Le désert » de Félicien David, dont la Première a eu lieu le 8 décembre 1844, ou encore la sonate opus 111 de Beethoven. Quant aux écrits, nous découvrons Annemarie Schwarzenbach, journaliste et archéologue suisse, Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945) déjà citée, Isabelle Eberhardt, Germain Nouveau, poète et compagnon de route de Rimbaud ou Heinrich Heine. Quel est le point commun entre toutes et tous et Franz, le narrateur ? En fait, il y a deux points communs : la recherche de l’amour fou, cette abdication de la raison dans la passion et la recherche de celui-ci au travers de l’aventure orientale. En témoigne ce conte, d’après « Der Asra », un poème d’Heinrich Heine. « La fille du sultan, à la tombée du jour, écoute tinter les eaux claires de sa fontaine. Tous les soirs, un jeune esclave arabe observe en silence, fixement, la magnifique princesse. Le visage de l’esclave blêmit chaque fois davantage ; il finit par devenir pâle comme la mort. Elle lui demande son prénom, d’où il vient, et quelle est sa tribu, il lui répond simplement qu’il s’appelle Mohamed, qu’il est originaire du Yémen, de la tribu des Asra : ce sont ces Asra qui meurent quand ils aiment » (p.362).

Et la « boussole », direz-vous ? Si elle traverse le livre sous divers sens, elle se matérialise surtout à deux reprises. La première fois à l’hôtel oriental dont le mobilier des chambres comprend une boussole incorporée au chevet du lit afin de connaître la direction de la prière, une boussole que le narrateur se souvient avoir également vue décrite dans un tapis de prière. La seconde fois, il s’agit d’une boussole dite de Beethoven qui indique désespérément l’est et non le nord, tout simplement parce qu’elle est trafiquée comme le sont les tours des magiciens et autres prestidigitateurs.
Toute cette rêverie d’une nuit est centrée sur le XIX° siècle et la première moitié du XX°. Ce qui n’interdit pas de lumineuses références à l’actualité brûlante (le livre est, entre autres, dédicacé aux Syriens). Ainsi cette observation relative à la violence des identités imposées, la violence de l’Occident qui appelle « musulman » tous ceux qui ont un nom à consonance arabe ou turque. Ou encore cet extrait en référence à l’Etat Islamique, extrait quelque peu prémonitoire en regard des débats concernant la déchéance de nationalité : « J’entendais un spécialiste du Moyen-Orient préconiser qu’on laisse partir tous les aspirants djihadistes en Syrie, qu’ils aillent se faire pendre ailleurs ; ils mourraient sous les bombes ou dans des escarmouches et on n’en entendrait plus parler. Il suffirait juste d’empêcher les survivants de revenir. Cette séduisante suggestion pose tout de même un problème moral, peut-on raisonnablement envoyer nos régiments de barbus se venger de l’Europe sur des populations civiles innocentes de Syrie et d’Irak, c’est un peu comme balancer ses ordures dans le jardin du voisin, pas joli joli. Pratique, certes, mais pas très éthique » (p. 324).

La fin du roman signe le début de la fin de l’amour fou, le début de la déception. Sarah s’est éloignée vers l’est, à l’orient de l’orient, vers le bouddhisme. L’un de ses derniers courriers à l'adresse de Franz lui permet de faire référence à une chanson de Barbara ; « Que c’est beau Vienne, que c’est loin Vienne », à laquelle il répond par quatre vers d’une chanson d’hiver mise en musique par Schubert, non sans avoir affirmé qu’il détestait les chansons françaises et que Barbara était une « chanteuse triste à déraciner un chêne » :
« Quand reverdiront les feuilles à la fenêtre ?
Quand tiendrai-je mon amour entre mes bras ? »


Avant « Boussole », nous avions lu, de Robert Solé, « Hôtel Mahrajane ». Né à Héliopolis, l’auteur parle, à l’évidence, d’Alexandrie, même s’il la rapetisse quelque peu et lui donne le nom de Nari. Il n’y a rien à y voir, si ce n’est un fortin arabe (la citadelle de Kait Bey ?) et un petit temple grec . Mais il y règne surtout une atmosphère très particulière, celle du cosmopolitisme, de la vie commune d’Egyptiens, de Grecs, d’Italiens, de Juifs, de Français. Certes, cette vie commune a ses limites ; on peut s’aimer, mais les relations restent cachées et ne vont pas jusqu’à l’union. A chaque communauté, ses membres. Et à chacun, sa communauté.
L’Hotel Mahrajane est le carrefour de cette société décrite avec un peu de nostalgie, la nostalgie d’un monde qui n’est plus, parce qu’il a été mis à mal et progressivement détruit à partir de 1956, date de la nationalisation du Canal de Suez et de l’expulsion des Juifs. Une société musulmane, de plus en plus islamique par certains côtés, a progressivement pris la place. C’est ce grand remplacement que décrit ce roman avec délicatesse, avec l’amour que Robert Solé porte depuis toujours à son pays. Quant à l’hôtel, après être tombé dans les mains d’un assistant (porte-couteau) du gouverneur, il périclitera et sera incendié lors des émeutes révolutionnaires de 2011.

Hotel Mahrajane (C)
Cette histoire nous donne l’occasion de revenir sur deux aspects de l’Egypte d’aujourd’hui qui, tous deux, concernent les femmes.
Le premier a trait aux violences sexistes, aux agressions collectives qu’elles subissent dans les rues et places égyptiennes et que certains font naître voici une dizaine d’année, en invoquant une date très précise, celle de la fin du Ramadan de 2006. Nous savons que cela est faux, et bien plus ancien, parce que des évènements identiques se sont déjà produits en 2002, dans des jardins publics du Caire, à l’occasion de Sham el Nessim, cette vieille fête d’origine pharaonique caractérisée de nos jours par des pique-niques géants. Un second argument est à rechercher dans l’existence, en 2000 et peut-être auparavant, de wagons réservés aux femmes dans le métro du Caire et le tramway d’Alexandrie. Si les femmes n’étaient pas importunées par les hommes dans les transports en commun, quel intérêt y aurait-il à leur réserver un wagon ?
Le deuxième sujet est celui de l’excision. Le ministère de la santé égyptien vient de publier une déclaration selon laquelle cette cruelle et sauvage tradition aurait disparu en … 2030. Pour être clair, les statistiques 2015 (Egypt Health Issues Survey) indiquent que 90% des femmes de 15 à 49 ans sont victimes de mutilations génitales. Dans le détail, il s’agit de 70% des 15-19 ans, 80% des 20-24 ans, et entre 89 à 97% pour les 25-49 ans. Il n’est pas interdit de croire à ces chiffres surtout lorsque l’on sait que le Population Council chiffrait en 1999 la part des femmes de 13 à 19 ans qui étaient excisées à 86%. Ce sont celles qui ont aujourd’hui de 30 à 36 ans.

Pardon pour ces digressions égyptiennes, mais, elles aussi, elles font partie des à-cotés de cet orientalisme auquel s’attachent encore beaucoup d’occidentaux qui se masquent ainsi vérité et réalité.

vendredi 4 décembre 2015

Trois semaines après

D’abord, il y a Spinoza. «Ne pas rire, ni pleurer, ni détester ni maudire, mais comprendre».
Ensuite, il y a la volonté de prendre le temps, de ne pas sur-réagir à chaud, de ne pas asséner des convictions qui peuvent être erronées.

Mais désormais l’heure est venue, quand bien même notre discours se tiendra au cœur d’une grande solitude. Car combien ont été les élus qui ont critiqué, qui se sont opposés, qui se sont abstenus face à la prolongation de l’état d’urgence ? (6 oppositions et 1 abstention parmi 577 députés). Combien de sénateurs ont eu les mêmes hésitations ? (12 abstentions et aucun vote contre pour 348 suffrages exprimés). Combien de français déclarent approuver ce fameux état d’urgence ? A la date du 21 novembre, ils étaient ... 91% !
Combien de députés ont approuvé les frappes en Syrie ? La quasi-totalité puisqu’il y a 2 votes contre et 10 abstentions.

De la même façon que le «Je suis Charlie» a d’abord et avant tout été une opération d’unanimisme, nous nous trouvons aujourd’hui face à l’injonction d’union nationale qui nous interdit de réfléchir et nous impose de nous taire.
Manuel Valls, l’homme qui pourtant a trouvé la force de stigmatiser l’apartheid de nos banlieues, en est désormais à assimiler toute analyse contestataire à une «excuse» donnée aux assassins. Ségolène Royal va plus loin, qui déclare qu’ «il n’est pas question de culpabiliser la France, de culpabiliser la République».

Qu’est-ce que ce terrorisme ?
Traiter les criminels de fous ne sert à rien et surtout n’apporte aucun élément de réflexion. Depuis plus de quarante ans (près de cinquante !), nous nous trouvons face à ce terrorisme issu des pays arabo-musulmans. Rappelez-vous Carlos et le Front Populaire de Libération de la Palestine dans les années 1973-1982. Rappelez-vous l’attentat de Lockerbie (1988) et celui du DC10 d’UTA au Niger, deux avions abattus sur ordre de Kadhafi. C’est à cette époque que naît officiellement Al Qaïda, par le biais de la publication d’un texte de Abdallah Azzam intitulé «La défense des territoires musulmans». Abdallah Azzam est directement issu de la guérilla palestinienne des années 1967-1969 et c’est avec Ben Laden qu’il crée en 1984 le premier camp d’entraînement en Afghanistan.
Les fondamentaux d’Al Qaïda intègrent les récits et épopées arabes depuis la naissance de l’islam et rejettent les options gauchisantes et laïques de la lutte palestinienne. Al Qaïda rassemble déjà les fondamentalistes sunnites, mais appelle cependant à épargner les musulmans. Al Qaïda fait de la lutte contre les juifs et contre l'Amérique, son fond de commerce.
L’organisation se décline dans le Proche-Orient, en Asie, en Afrique, sous forme de «filiales» qui font spontanément allégeance. Le sommet atteint par Al Qaïda est constitué par l’attaque du World Trade Center le 11 septembre 2001.
Les Etats-Unis s’engagent alors en Afghanistan contre les Talibans, puis se trouvent un nouvel adversaire en la personne de Saddam Hussein, accusé faussement de rassembler des armes de destruction massive en Irak.
En perte de vitesse, Al Qaïda se voit alors détrôné, remplacé par ses héritiers de l’Etat Islamique en Irak (anciens officiers de Saddam Hussein), puis en Syrie avec le ralliement des sunnites. La modération à l’égard des chiites n’est plus de mise, tout comme pour les chrétiens, kurdes et yézidis, tous qualifiés de mécréants.
Ce rapide survol permet d’identifier quelques explications (encore une fois, explication ne vaut pas excuse !) à ce terrorisme. La cause première, initiale, est celle de la revendication de l’identité arabo-musulmane, celle de la possession pleine et entière des territoires. Les luttes palestiniennes se situent dans cette revendication, mais cet objectif est également affirmé face aux interventions de tous ordres et de toutes natures de la part de l’Occident, qu’il s’agisse des interventions armées ou des interventions politiciennes. Une seconde cause est celle de la division géopolitique entre sunnites et chiites avec leurs soutiens respectifs, Arabie Saoudite en tête pour les sunnites, Iran pour les chiites, l’enjeu de domination de cette partie du monde étant primordial. Autre élément; celui de la perte d’initiative culturelle de l’islam. Religion d’Etat dans tous les régimes du Proche-Orient, l’Islam est une religion sur la défensive culturelle. Peu nombreux et peu écoutés, voire entendus, sont les esprits libres qui sont disposés à une critique des dogmes, des préceptes, des affirmations de cette religion. Cette faiblesse permet l’adhésion massive des populations à des thèmes simplissimes qui peuvent aisément être détournés en faveur de positions radicales. Enfin, ne l’oublions pas, l’Occident dans son ensemble a sa grande part de responsabilité, de par le jeu de ses alliances, de leur mise en place ou de leurs renversements, de ses pressions, de ses manœuvres en faveur de son libre approvisionnement en pétrole, de ses ventes d’armes, enfin de ses choix d’interventions armées, en Irak, en Syrie, mais également dans d’autres pays musulmans comme la Libye, le Tchad, le Mali ...
Le terrorisme djihadiste n’est pas une folie: il est une idéologie. Il a des racines. Tout comme avait des racines l’idéologie communiste au temps de Staline. Tout comme avait des racines l’idéologie nazie. Tout comme avait des racines l’idéologie destructrice des Hutus à l’égard des Tutsis. Tout comme avait des racines l’idéologie meurtrière des Khmers. Et tant d’autres encore ...
Parler de simple folie à l’égard de ces idéologies dévastatrices, c’est tout faire pour n’y rien comprendre et mettre en œuvre des solutions erronées.

Sur quel terreau se développe t-il en Europe ?
Si d’un coté on nous parle de folie, de quoi nous parle-t-on de l’autre coté, celui de l’Occident, celui de l’Europe où sont recrutés nombre de combattants du prétendu Etat Islamique ? Un récente enquête d’un organisme chargé d’analyser les dérives sectaires, par le biais de 160 (environ) témoignages volontaires, se croit autorisé à affirmer que les volontaires français pour le djihad se recrutent non pas dans les classes pauvres et victimes de ségrégation sociale, mais dans les classes moyennes, voire moyennes supérieures de nos sociétés. Cette fumeuse invention est, parait-il, étayée par le fait que deux ou trois des terroristes du vendredi 13 novembre étaient des petits commerçants dans leur quartier de Bruxelles ! Et son avantage indéniable est de pouvoir affirmer qu’il n’y a pas de responsabilité sociétale ou sociétalo-culturelle. Ségolène Royal (encore elle) le dit très bien: «Je suis en total désaccord avec cette affirmation. On n’a pas, alors qu’on est victime de ces attaques, en plus à culpabiliser. Il ne faut pas chercher des explications». Outre que cette déclaration est une véritable insulte à l’intelligence, elle est de plus en totale contradiction avec les faits.
Soyons brefs. Sur l’ensemble du territoire français, il y a, au 31 octobre 2015, trois millions huit cent cinquante et un mille chômeurs, en augmentation de 3,7% sur un an sur le seul territoire métropolitain. Tous les organes de presse soulignent avec satisfaction que le nombre des jeunes au chômage «reste stable», c’est à dire à près de 200 000 (niveau de fin 2012). Cela signifie que près de 25% (24,8%) des jeunes de 16 à 25 ans qui ne sont plus scolarisés sont sans travail. Un sur quatre. Dans les secteurs de la «Politique de la ville», ce chiffre dépasse les 40%. Près d’un sur deux !
Dans la totalité de la zone euro, le chômage des jeunes touche 3 148 000 jeunes de moins de 25 ans, soit un taux de 22,3 %. En Grèce, ce sont 47,9 % des jeunes qui sont touchés, en Espagne 47,7 %, en Italie 39,8 %.
Un NEET, vous savez ce que c’est ? C’est un jeune de plus de 16 ans (fin de la scolarité obligatoire) et de moins de 29 ans qui est Neither in Employment, Education or Training (ni au travail, ni scolarisé, ni en formation). En Espagne, en Italie, en Grèce, ils représentent plus de 25 % de la tranche d’âge. Au Portugal, en France, en Grande-Bretagne, en Pologne, ce taux est supérieur à 15 % de la classe d’âge. En Belgique, il est de 15 %. En Allemagne, il est supérieur à 5 %. S’il y a bien une explication à donner, c’est celle-ci (mais explication ne vaut pas excuse !): à une jeunesse sans envie, sans avenir et sans espoir, comment ne pas penser que des «solutions» toutes faites, présentant un idéal de vie, une réponse à une société et une période apocalyptiques, une alternative au monde, une reconstruction de celui-ci, puissent ne rencontrer aucun écho ?
C’était le 20 janvier 2015, deux semaines après les attentats de Paris. Manuel Valls avaient employé des mots extrêmement forts. Pourquoi ne les utilise-t-il pas à nouveau ? Pourquoi remplacer cette analyse par la fiction de l’union nationale dont tout un chacun sait bien qu’elle n’a pour première utilité que de chercher à sauver les meubles lors des prochaines élections régionales ?
Nous le citons. «Il existe en France un apartheid social, territorial, ethnique. Les émeutes de 2005, aujourd’hui qui s’en rappelle ? Et pourtant les stigmates sont toujours présents. Il existe des zones de relégation périurbaine, des ghettos où s’additionnent les discriminations quotidiennes parce que l’on n’a pas le bon nom de famille, la bonne couleur de peau, ou bien parce que l’on est une femme».
Tout cela a-t-il perdu son sens et son authenticité après le 13 novembre ?

Alors, que faire ?
L’union nationale clamée ici et là, n’est pas une réponse, on l’aura compris. C’est en tout cas une réponse notoirement insuffisante. Et ceci d’autant plus que ce n’est pas la France, en tant qu’Etat, qui a été attaquée. Mais la France en tant que symbole d’une certaine indépendance d’esprit, d’un certaine liberté de penser, d’une certaine joie de vivre. D’ailleurs, dans la même période, au cours des journées précédentes ou suivantes, d’autres attentats ont eu lieu. En plein ciel pour un avion de touristes russes, à Beyrouth ou à Bamako. C’est également la France interventionniste en Syrie, au Mali, qui a été attaquée.
Pour cette raison, pavoiser en tricolore n’est pas, non plus, une réponse. Tout comme n’est pas une réponse le fait de penser au Mali en pavoisant avec son drapeau. Il n’en est pas tout à fait de même avec la Marseillaise, car cet hymne a acquis une signification qui dépasse largement notre pays.
Le slogan «Pray for Paris», lui, n’est pas acceptable, s’inscrivant sans hésitation aucune dans une version de la guerre des civilisations: le Dieu de l’Occident s’opposant au Dieu des islamistes fous !
En fait, seuls les bougies, les fleurs, les cœurs et surtout ce dessin de la Tour Eiffel en forme de logo du mouvement Peace and Love peuvent avoir une signification. «Je suis Paris», comme un autre a su dire «Ich bin ein Berliner» (J.F Kennedy) !


Peace and Loce (C) Jean Julien
Alors, l’état d’urgence a été décrété, puis prolongé. Il est même question de le durcir, de généraliser les dénaturalisations afin de renvoyer dans le pays de leur autre nationalité les activistes soupçonnés, au risque d’en faire des apatrides.
Et puis, la guerre a été déclarée ! Certes, un adversaire nous a déclaré une forme de guerre faite de haine et de rancunes. Mais pouvons-nous, en retour, déclarer la guerre à cette idéologie ? Et à quoi cela peut-il servir ? Depuis près de cinquante ans, ce n’est qu’escalade entre l’Occident et le terrorisme islamiste. A chaque intervention, à chaque frappe, l’hydre djihadiste voit ses têtes repousser. Et parler de guerre, c’est également légitimer ces combattants de l’absurde et leur prétendu Etat. Ils ne méritent pas tant d’honneur !

Les pistes pour agir sont nombreuses. Nombre d’entre elles relèvent de la diplomatie.
Tout d’abord, mettre un terme au cancer du conflit israélo-palestinien. Rien, jamais rien ne se fera dans cette zone de la planète tant que perdurera cet affrontement duquel est né le sentiment arabe de perte du territoire.
Ensuite, mettre un terme au conflit en Syrie, sans recours à des déclarations sans lendemain car impossibles à mettre en œuvre. S’il faut frapper, et probablement le faut-il, que cela se fasse contre le seul adversaire qui puisse justifier ce choix: le djihadisme du prétendu Etat Islamique. L’avenir de Bachar el Assad ne relève que du choix des Syriens.
Après, reconsidérer nos relations avec les pays arabes ou persans. Toute notre politique étrangère dans cette partie du monde n’est, en fait, qu’orientée vers la satisfaction de nos intérêts, pétroliers en premier lieu, militaro-industriels ensuite.
Dans le même temps, affronter enfin la fracture sociale de notre société, choisir un développement qui donne sa place à la jeunesse et lui donne envie de rêver. Pour cela, il faut impérativement mettre un frein au tout sécuritaire et redonner la priorité à la croissance, au mieux-vivre, au vivre ensemble.
Enfin, s’abstenir des phrases toutes faites, des appels à marcher droit, à rentrer la tête et à s’union-nationaler ! La France se portera bien mieux si elle se sert de la richesse de sa diversité.

jeudi 25 juin 2015

Marmiton, racisme et soumission

La page Facebook de « Marmiton », le site bien connu de recettes de cuisine, vient de vivre un évènement peu commun et très significatif des temps qui courent. Le 18 juin, premier jour du Ramadan, à 12 :39, il a publié ce titre : « Aujourd’hui est le premier jour du Ramadan. Voici notre sélection de recettes pour l’occasion. Bon Ramadan à tous ».

Pendant plusieurs heures, ce fut un déluge de critiques et d’insultes, allant du reproche de parler du Ramadan, alors que nous sommes en France, jusqu’au reproche de ne pas proposer de recettes pour les fêtes chrétiennes, en passant par quelques insanités du genre de celle-ci : « La phrase « Bon ramadan à tous » était de toute évidence l'expression de l'esprit le plus naïvement collabo, et le fait que vous ressentiez les protestations indignées qu'elle a suscitées comme des manifestations d'intolérance ou même de racisme ajoute l'imbécillité à l'abjection ». Bien entendu, toutes les déclarations racistes ont été expurgées de la page.

Face à cette manifestation d’intolérance, trois constatations sont à faire.

La première se trouve dans le comportement des Community Managers de « Marmiton », les fameux CM. Ils sont trois paraît-il, mais l’une d’entre eux a été particulièrement remarquable par sa ténacité à répondre à tous, par son humour, par sa finesse, par son esprit pédagogique.

La seconde est à rechercher dans les commentaires post-évènement, un évènement dont Rue 89, le Nouvel Obs et Le Figaro (d’autres ont suivi, un jour plus tard) ont publié quelques extraits. Cette publication a permis aux militants laïques les plus radicaux de s’élever contre le fait que les agressions relevées sur « Marmiton » étaient qualifiées d’islamophobes (cf. Caroline Fourest). Or, pour eux, l’islamophobie n’est que le nom donné par les islamistes au droit inaliénable que chacun a de critiquer la religion, de la caricaturer, voire de la blasphémer.

Quant à la troisième constatation, elle est à faire du côté des identitaires, ceux qui approuvent ce genre de manifestations parce qu’ils l’assimilent à une sourde protestation du peuple contre « le Grand Remplacement », ou « le Changement de peuple et de Civilisation » (cf. Renaud Camus).

Ipsos/Sopra Steria a présenté en mai dernier un sondage réalisé entre le 22 et le 27 avril 2015 auprès de 1000 personnes. Ce sondage, réalisé pour « Le Monde », porte sur la confiance dans les institutions, le déclin de la France, l’autorité, la vie politique, la justice et l’économie, l’Europe, les valeurs du passé, la perception de l’avenir, l’attitude à l’égard du Front National, le racisme et la xénophobie, le fait religieux et la laïcité, les clivages au sein de la société et enfin les sujets de société comme le mariage gay ou les mères porteuses. C’est, bien entendu, dans les chapitres consacrés à la xénophobie et au fait religieux que nous allons aller chercher quelques infos. A commencer par les affirmations suivantes : « Il y a trop d’étrangers en France », approuvé par 67% des français interrogés, « On ne se sent plus chez soi comme avant » (61%).

"La façon dont les religions sont pratiquées en France est-elle compatible avec les valeurs de la société française ?" Pour la religion catholique, seuls 6% des interrogés répondent négativement. Ils sont 15% pour la religion juive. Et 54% pour la religion musulmane. " Ces religions veulent-elles imposer leur mode de fonctionnement aux autres ?" 20% des français répondent oui pour la religion catholique, 17% pour la religion juive et 72% pour la religion musulmane.

Enfin 81% des interrogés considèrent que l’intégrisme religieux (il ne peut guère s’agir que de celui qui est imputé aux musulmans) est un problème préoccupant, et 74% à dire que la laïcité est en danger aujourd’hui en France.

Face à ces chiffres, il est bien évident que la laïcité n’a pas la même signification pour tout le monde. Entre les laïques irréductibles et les identitaires, il y a tout un échiquier d’opinions et de comportements, mais tous deux se retrouvent sur une critique de l’islam qui entretient bien souvent le rejet d’une population.

Mais l’islam peut-il être critiqué ? Et que veut dire « critiquer l’islam » ? Critiquer une religion, quelle qu’elle soit, c’est inventorier ce qui, dans sa conception et dans sa pratique, s’oppose à la liberté de l’homme. La pratique de l’islam est globalement critiquable par le fait que celui-ci maintient les femmes dans un état de sujétion. La pratique de l’islam est généralement critiquable par le fait qu’il (l’islam) n’a aucun recul par rapport aux textes qui le fondent. La pratique de l’islam est souvent critiquable pour son opposition à la curiosité intellectuelle. La pratique de l’islam peut être soumise à critique pour sa fusion étroite avec le pouvoir politique, une fusion qui en fait la religion d’Etat et qui condamne toute critique assimilée à l’apostasie ou au blasphème.

Mais est-ce une critique de l’islam que de refuser que des enfants chantent en arabe lors d’une kermesse scolaire, alors que cette langue fait partie des idiomes parlés dans la commune ?

Est-ce une critique de l’islam que de remplir les colonnes de la page Facebook de « Marmiton » d’insultes racistes ?

Est-ce une critique de l’islam que de profaner des cimetières musulmans ?

Est-ce une critique de l’islam que d’accuser les arabes de vouloir remplacer population et culture européennes ?

Est-ce une critique de l’islam que de menacer de mort les élus qui signent un permis de construire, en toute légalité, pour un projet de salle de prière musulmane ?

Qui est Charlie - Emmanuel Todd

On rejoint alors « Charlie » et la critique qu’en fait Emmanuel Todd (« Qui est Charlie ? » - Seuil). Lequel estime qu’il existe une confusion voulue entre critique de l’islam, (islamophobie pour certains) et racisme anti-arabe, anti-maghrébin. Et ce racisme, caché derrière la critique de l’islam, est porté par une partie des intellectuels et par certains médias. L’auteur élabore une théorie complexe prenant en compte la déchristianisation de notre pays et l’adhésion à la monnaie unique européenne comme les deux facteurs ayant conduit non seulement à la crise que nous connaissons, mais aussi à la perte du sentiment égalitaire dans de nombreuses régions autrefois catholiques ou communistes. La perte de ce sentiment égalitaire est une explication du rejet de l’autre et donc du rejet des populations qui ont migré, soit après les trente glorieuses, soit aujourd’hui encore. « Qui est Charlie ? » est un livre critiquable (lui aussi !), mais un livre salutaire.

Après avoir lu « Qui est Charlie ? », rien n’interdit de lire « Soumission » de Michel Houellebecq (Flammarion) et de faire ainsi le grand écart entre l’extrême-gauche radicale et ce que l’on peut considérer comme un comportement très réactionnaire, à défaut d’être vraiment de droite. « Soumission » n’est ni plus ni moins que la traduction française du mot Coran. Et c’est pour cela qu’il faut, aussi, lire ce livre et non pour les séquences de cul toutes plus tristes les unes que les autres, qui le rythment comme un pendule. Dans une France gagnée par les islamistes, celle du Grand Remplacement, lors d’une élection présidentielle, celle de 2022, la Fraternité Musulmane accède au pouvoir grâce à une alliance anti-FN avec la droite, le centre et les socialistes.Les pays voisins succombent également aux Partis Musulmans. Du jour au lendemain, les femmes abandonnent shorts et mini-jupes, épaules dénudées et tenues sexy, sans que rien ni personne ne le leur ait demandé. Elles se soumettent. Tout comme elles se soumettent à la polygamie qui permet de disposer de deux, trois épouses, l’une pour la famille et les autres, jeunes et fraiches, pour les jeux sexuels. Tout comme elles acceptent sans sourciller leur exclusion du marché du travail, solution radicale au problème du chômage. Le narrateur lui-même, François, universitaire littéraire (spécialiste de Huysmans), se soumettra après de bien timides hésitations et se convertira à l’islam afin de bénéficier de quelques avantages que la nouvelle Nomenklatura lui accordera, notamment un retour dans l’université islamique, avec un salaire triple du précédent et, bien entendu, la polygamie …


Soumission - Michel Houellebecq

« Soumission » est une douloureuse fable politique, qui donne raison aux identitaires. De plus, les femmes y sont méprisées…. Houellebecq dit qu’il ne prend pas partie.

Pour notre part, il nous faudra bien prendre partie.

mardi 9 juin 2015

Atelier d'écriture VI

Calligramme


18 mai 2015

Sous les platanes du jardin de bière, la foule s’agite et son brouhaha domine presque le son des accordéons et les chants « Prosit, Prosit » de l’orchestre. Les couples amoureux tournent sur la piste de la guinguette, elles en robes à parements brodés et chemises à dentelles, eux en culottes de cuir et chaussettes montantes et chaussures noires.

Les serveuses, à la poitrine débordante, chargées de dix à douze bocks de bière, chacun d’un litre, distribuent une boisson gouleyante, blonde comme les blés, légèrement amère, houblonnée, douce et à la mousse débordante. La bière, fraîchement brassée, coule à flots, jusqu’à plus soif et jusqu’au cœur de la nuit.


Calligramme (JB)

Ratatouille


7 juin 2015

Descendre au potager tôt le matin, à l’heure où persiste encore la rosée.
Cueillir les feuilles de menthe, et le romarin, et le basilic, et la sauge.
Prendre deux ou trois grappes de tomates, quelques courgettes et une belle aubergine, pas davantage.
Laver les herbes et les légumes à l’eau fraîche.
Ciseler les premières à rapides coups de ciseaux et couper les seconds en petits cubes. Faire de même avec deux gousses d’ail.
Jeter les aromates et les fruits du potager dans une cocotte en fonte, saler juste, poivrer un peu, et faire mijoter, mijoter, mijoter, mijoter …
Pendant ce temps, préparer la feuille de chêne et la roquette en mélange en les lavant soigneusement et en douceur afin de préserver leur texture.
Elaborer une sauce basique, avec vinaigre balsamique, huile d’olive, sel de Camargue et pointes d’herbes fines.
Convier vos invités à se retrouver en terrasse, à l’ombre du peuplier d’Italie ou du bouleau blanc.
Laisser le plumbago, le jasmin et les géraniums diffuser leurs fragrances avant de servir l’apéritif, anis ou absinthe.
Placer un CD dans le lecteur, Ludovico Einaudi pourquoi pas, et commencer de servir le repas. Attention, n’ouvrir la bouteille de rosé bien frais qu’après la salade apéritive, juste au moment de servir la ratatouille, pas trop chaude, juste tiède afin que les fumets s’épanchent librement.
Compléter le repas par un morceau de fromage de brebis (un verre de rouge, de Valréas ou du Mont Ventoux par exemple, sera le bienvenu).
Et, pour bien digérer, terminer sur une boule de sorbet à la verveine, dont l’odeur habite mon esprit depuis le début de cette recette du jardin méditerranéen.

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