L’AISG est une association dont j’ai fait partie au cours d’une vie antérieure. Elle a bien poursuivi son chemin, bien grandi et elle organise chaque année un passionnant (et parfois courageux) cycle de conférences intitulé “Les quatre saisons de l’AISG”.

Il y a quelques jours, l’invité en était Jean-Marie PELT venu s’exprimer sur le thème de son dernier ouvrage: “Nature et Spiritualité” (Ed. Fayard).

D’aucuns reprochent à Jean-Marie Pelt de mélanger science et foi. Non, c’est un homme de foi qui nous parle de science ! Et qui nous demande d’être des prophètes, des missionnaires, pour porter loin la parole de la modestie et de la modération en matière de développement individuel et collectif, si l’on veut que la terre puisse nous supporter tous encore quelques décades.

Je connaissais déjà son “ami paysan” Pierre Rabhi au travers des entretiens qu’il avait eu avec Nicolas Hulot. Plus récemment, j’ai lu “La décroissance pour tous” de Nicolas Ridoux (Ed. Parangon/Vs). En cette semaine de l’environnement durable, j’ai voulu en savoir davantage. Et j’avoue que le voyage laisse à découvrir de curieux “décroissants” !

Que sera une société appliquant les principes de la décroissance ?

A) Serge LATOUCHE , l’un des théoriciens radicaux de ce mouvement nous l’explique:

- Revenir à une empreinte écologique correspondant à une seule planète, ce qui signifie pour la France de revenir aux années 60-70: consommer moins, des produits fabriqués sur place, avec peu de transport, pas d’emballage, des matériaux réutilisables, …

- Internaliser les coûts des infrastructures liées aux transport et de destruction de l’environnement en multipliant par 20 le prix des transports.

- Relocaliser; c’est à dire démondialiser l’économie, créer des monnaies locales, réduire la taille des villes, créer des municipalités par tranches de 60 000 habitants, supprimer les voyages (on peut s’en passer !), autonomiser le sud pour qu’il se développe sans imiter le nord. Toutefois le sud doit augmenter son empreinte écologique jusqu’au niveau légitime.

- Mettre en place une agriculture paysanne, en atteignant 10% d’agriculteurs en France (actuellement 3,6% de la population active).

- Transformer les gains de productivité en réduction de temps de travail.

- Mettre en place le programme négawatts d’économie d’énergies.

- Décider d’un moratoire de la recherche scientifique et technologique.

- Pénaliser les dépenses publicitaires.

Considérant que ce programme nécessite une “décolonisation des esprits”, Serge Latouche compte beaucoup sur la “pédagogie des catastrophes” pour y contraindre l’humanité !!

B) PRIMEVERE vient de tenir un Salon-rencontres à Lyon, du 29 février au 2 mars, sur le thème de la décroissance. Son Président reprend les mêmes thèmes en mettant en avant les 450 exposants qui développent le sujet: mini-éolien, monnaie, filières chanvre et laine en France, fabriquer son pain, l’autoconstruction saine, casseurs de pub, logiciel libre, les risques des nano-technologies, ….

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A ce niveau de notre démarche, quelques interrogations germent déjà. Cette idéologie, illustrée par des affiches très “libération 45″, paraît extrêmement centrée 1°) sur l’occident et 2°) sur un comportement individuel. La dimension internationale y est quasiment absente, l’analyse de Serge Latouche sur le seuil que pourrait atteindre le Sud frise l’indigence (comment, qui le mesure ? comment tenir compte d’une population très élevée qui, à elle seule, amplifie l’empreinte écologique ? Comment décider de la bascule lorsque ce seuil serait atteint ?). Le fait que sur 450 exposants de Primevère, une petite vingtaine seulement s’intéressait à l’International est significatif.

Comment seront commercialisés les mangues d’Afrique ou d’Amérique du Sud ? les dattes d’Algérie ? les figues de Turquie ? les oranges d’Israël, le coton du Mali ou d’Egypte ?

Deuxième type de questions: revenir à une empreinte écologique des années 60, c’est mettre en place une consommation et une activité économique telles que la pratiquaient 45,7 millions de français. Nous sommes aujourd’hui 65 millions. Notre rythme de vie devrait-il être en réalité équivalent à 75 % du rythme de vie d’un français de 1960 ?

Enfin, troisième type de question: que pense le chercheur du moratoire et de l’encadrement de la recherche ? Ne s’agit-il pas d’une mesure quelque peu totalitaire ?

Continuons notre promenade. Voici l’IEESDS , ou “décroissance.org”, structure TRES polémique comme vous pourrez en juger. Ses adversaires sont pêle-mêle Attali (surnommé Attila), Hulot (invité à se retirer du débat), Paqualet (”presque nazi”), la presse et en particulier Le Monde et l’Express. Toute critique est d’office considérée comme une insulte. De plus, le site abrite une vraie guerre avec des “décroissants” qualifiés d’extrême-droite et abrités (ou infiltrés ?) dans “décroissance.info “. Si vous en avez le courage, lisez ce forum sur la nécessaire limitation de la croissance démographique. Cela ne sent pas très bon et il y a de l’eugénisme dans l’air.

D’autres thèmes ? “L’avion, c’est pour les cons “, “Désinformatiser le travail “, …

ppld

Alors, bien sûr, il existe des détracteurs de cette utopie. En voici deux.

Dans Le Monde de ce lundi, “La croissance est-elle Kyoto-compatible ?”, par Frédéric Lemaître.

Enfin, Jean-Marc JANCOVICI , ingénieur, spécialiste en climat, tient à jour une extraordinaire base de données, très pédagogique, sur cette question de l’environnement et de la décroissance. N’hésitez pas à y faire un tour.