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Tag - Environnement

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mercredi 9 janvier 2013

Sacs poubelle, centres d'appel et huile de palme

Il est le Président du Groupe Sphère, titulaire de la marque Alfapac (sacs poubelle, film plastique). Vêtu d'une marinière à la Montebourg et sur fond tricolore (tout comme son modèle), il prétend produire en France et préserver les emplois. Lorsqu’on lit plus avant sa profession de foi, on apprend que s'il a six usines en France, il a en a sept autres situées en union Européenne. De plus, parmi les six usines situées en France, trois d'entre elles sont des "usines relocalisées en France après avoir été achetées en Allemagne de l'Est, en République Tchèque et en Italie du Sud". Outre le fait que nous ne savions pas que l'Allemagne de l'Est, comme l'Italie du Sud, étaient des pays à part entière, nous sommes heureux d'apprendre que des emplois existants dans des pays ou des régions qui en ont bien besoin ont été détruits pour le bénéfice de l'emploi en France !

Ce qui permet de considérer que la démarche de cette entreprise ne relève pas tant du "patriotisme économique", mais bien du "nationalisme économique". La photographie décrite en préambule de ce post devrait être complétée par le béret et la baguette de pain, voire la "gauloise" au coin des lèvres. Il n'y a d'ailleurs pas que les chefs d'entreprise à pratiquer cette sorte de "nationalisme économique". Lorsqu'un ministre déclare que les centres d'appel que les entreprises ont installés au Maroc ou dans d'autres pays du Maghreb doivent être rapatriés en France, il ne fait pas autre chose. Tout comme les usines rachetées par Sphère, ces centres d'appels n'ont pas à être "re-localisés" en France, puisqu'ils n'y ont jamais été localisés et qu'ils n'ont jamais été délocalisés. Ces centres d'appel, pour la plupart, ont été créés d'office dans les pays qui les abritent actuellement, en profitant de l'expansion rapide de la demande et de l'offre en matière de main d’œuvre.
Prendre argument sur le niveau peu élevé de compétence, les conditions de travail souvent difficiles et les salaires insuffisants ne doit pas justifier une "relocalisation" en France dont la première conséquence sera la suppression de centaines d'emplois dans des pays qui en ont besoin.
L'emploi ne peut être une "denrée", une "matière" ou une "variable d'ajustement" avec laquelle on peut faire tous les ajustements possibles dans le seul but de satisfaire les besoins du plus riche ou de l'occidental.

Avec les mêmes prétendues inquiétudes occidentales, ce genre de raisonnement parvient aux confins du "colonialisme". C'est le cas dans l'affaire de l'huile de palme. Résumons la thématique de façon rapide. Voilà une huile "parfaite" en ce sens que ses coûts de production sont peu élevés et que ses propriétés organoleptiques sont très intéressantes: goût, tenue à la chaleur, aspect craquant, ... toutes raisons qui en ont fait la favorite des industriels de l'alimentation, mais aussi des cosmétiques et (pour d'autres raisons) des "pétroliers" puisqu'elle sert de carburant végétal.
A contrario, cette huile est accusée d'être à l'origine d'une vaste déforestation des zones où elle est cultivée intensément, déforestation accompagnée d'une destruction des lieux d'accueil de la faune sauvage.
Tenant compte de ces reproches exprimés par des associations de défense de l'environnement qui ont pignon sur rue (WWF, Greenpeace, ...), mais qui n'ont jamais sollicité de boycottage, des industriels malins ont imaginé qu'une campagne de boycott de cette huile de palme serait "porteuse" pour leurs propres produits et, ce faisant, ils ont accusé l'huile de palme de tous les méfaits sanitaires.
Or, l'huile de palme contient moins d'acides gras saturés que le beurre ou les graisses animales et la consommation annuelle d'huile de palme dans la nourriture du français moyen est très nettement inférieure à la consommation de beurre.
Par contre, l'exploitation des palmeraies représente une vraie richesse pour les pays qui s'y consacrent et les emplois créés (plusieurs centaines de milliers !) représentent un formidable gage de développement pour les populations concernées.

Plantation de palmiers (DR)

Pour résumer, l'huile de palme est un produit dont l'occidental doit apprendre à se servir. Les plantations de palmiers sont une opportunité dont les industriels, les élus des pays producteurs et les consommateurs de la planète doivent se saisir en réfléchissant à une culture gérée raisonnablement. Et cela est possible, comme Erik Orsenna se plait à le démontrer en ce qui concerne la culture de l'eucalyptus à des fins papetières ("Sur la route du papier"-2012).
Mais l'Occident, l'Europe, la France en particulier puisque cette campagne est typiquement française, n'ont pas à s'ériger en censeur des pays en voie de développement et à boycotter leurs productions. Ce n'est pas pour rien que la Malaisie, le Nigéria, la Cote d'Ivoire, se sont élevés contre cette campagne qu'ils ont accusée de relents "colonialistes" ...

Pour en savoir davantage, une étude du WWF et un article du "Monde".

lundi 5 novembre 2012

Les Suisses et le retour au pays d'Heidi

La Suisse est un pays dont la démocratie se vit sans complexes ! On se souvient de l'"initiative" contre les mosquées et leurs minarets lancée par l'UDC où celle portant sur l'expulsion des étrangers condamnés. D'aucuns avaient pu juger que le succès de ces initiative était prémonitoire d'un climat et d'une ambiance qui ne manqueraient pas de se développer en Europe, Europe occidentale à minima. La même UDC a lancé une nouvelle "initiative" voici quelques mois, contre "l'immigration en masse". Et voici qu'une nouvelle "initiative" est proposée par ECOPOP. Une "initiative" est l'aboutissement d'une démarche pétitionnaire de demande de référendum. Cette dernière porte sur la limitation de la population de la Suisse dans le but de préserver de façon durable les ressources naturelles. Ecopop revendique que la "croissance dramatique de la population mondiale soit réduite par un soutien au planning familial et que l'immigration nette en Suisse soit limitée".
Sur le premier point, 10% des moyens que la Suisse consacre à la coopération internationale devront être consacrés à la planification familiale, ceci dans les pays jugés les plus surpeuplés, en Afrique ou en Asie.
Sur le second point, la part de l'accroissement de la population résidente en Suisse de façon permanente, et attribuable au solde migratoire ne devra pas excéder 0,2% par an, chiffre moyen calculé sur une période de trois ans.
Cette initiative référendaire fait déjà l'objet d'un vaste débat en Suisse, quand bien même elle est restée largement inaperçue depuis plusieurs mois. Le dépôt des signatures a réveillé les commentaires. Tout d'abord, cette démarche est lancée par une vieille association écolo (1970), certes globalement de droite mais rassemblant quelques personnalités de l'ultra-gauche. Elle surprend par sa radicalité, pourtant inscrite dans les gènes de l'association. Les Verts authentiques de Suisse se divisent et se déchirent à son propos, les uns la soutenant, les autres l’exécrant. L'objectif déclaré est celui de la conservation des ressources naturelles et du maintien de la qualité de la vie pour les Suisses d'aujourd'hui et ceux de demain. Aux facteurs classiques de consommation individuelle et de choix technologiques (énergies fossiles, nucléaires ou alternatives), Ecopop ajoute le nombre d'individus qu'elle estime trop élevé en Suisse.
Le but poursuivi n'est donc pas tant la protection de la nature, comme certains l'affirment trop vite, mais de préserver les ressources pour l'avenir. Les militants d'Ecopop veulent lutter contre la "bétonisation", soulager les services de transport, protéger le paysage culturel ...
L'autre sujet de discussion porte, comme on peut s'y attendre, sur l’immigration puisque le taux de renouvellement de la population suisse d'origine endogène n'est que de 1,5, très loin du taux de 2,1 nécessaire au maintien des populations à niveau constant. L'augmentation de la population provient de l'immigration et des enfants des immigrants.

Mais qui sont les immigrants ? D'où viennent-ils ? Combien sont-ils ?
La Suisse comporte près de 8 millions d'habitants (7954700 au dernier chiffrage à fin 2011!), avec un accroissement de 84500 personnes par rapport à 2010,soit une croissance de 1,1 % comparable à celle de 2007 ou 2009.
A fin août 2012, la population d'origine étrangère et résidant en Suisse était de 1804551 personnes (admirez la précision des chiffres !), soit 22,7 % de la population totale.

Parmi eux, 1176587 personnes (soit 65 %) étaient en provenance de l'Union Européenne (27 Etats membres) et de l'Association Européenne de Libre Echange (AELE; Islande, Norvège, Liechtenstein). Ces immigrés en provenance de l'UE/AELE ont augmenté de 4,2 % par rapport à l'année précédente, soit + 46949 personnes.
Les autres immigrés, donc en provenance de pays autres que ceux de l'UE/AELE, et qui représentaient 35 % du total des immigrés, étaient au nombre de 627964 personnes, en augmentation de 1 %, soit + 6301 personnes.
Les immigrants résidents se ventilent ainsi: italiens (16,2 %), allemands (15,6 %), portugais (13 %), français (5,6 %), kosovars, macédoniens, turcs (quelques 3,9 % pour chacun).
Il est à noter que les asiatiques au sens large de toute l'Asie, ne représentent que 5 % des migrants, les africains, Maghreb compris, 3,5 % et l'Amérique du Sud + Centrale 2,7 %.
Les immigrés de la Suisse ne sont donc pas les immigrés d'autres pays d'Europe et le débat Nord-Sud ne saurait y avoir une prégnance aussi importante qu'en France, par exemple. Notons cependant au passage que la Suisse naturalise de 37000 à 47000 personnes d'origine étrangère par an, depuis dix ans !

Alors si une telle "initiative" se traduit par un référendum, et que celui-ci est approuvé par une majorité, que se passera-t-il ?
La population suisse s'accroît de +80000 personnes par an. Réduire ce nombre à 15000 par an entraverait de façon dramatique la capacité de développement économique du pays, ainsi que les moyens des services tels les hôpitaux ou le système scolaire. En effet, les migrants essentiellement européens sont des migrants hautement qualifiés, en bonne santé, qui assurent la viabilité de tout le système social suisse marqué par un vieillissement de la population autochtone. Sans parler des impôts !
Vouloir réduire la population, à des fins écologiques, en agissant sur les migrations est absurde. Les migrants rejetés iront ailleurs et consommeront ailleurs. Qu'on le dise franchement; il ne s'agit ici que de défendre égoïstement SON environnement. Les militants de la limitation de l'immigration invoquent l'exemple français où la "grande banlieue est synonyme d’acculturation, de pauvreté et de violence". Qu'ils se rassurent: la majorité de leurs migrants ne vivent pas en grande banlieue !
Mais là où l'initiative Ecopop devient franchement xénophobe, c'est à où elle prétend imposer à la Suisse de consacrer ses fonds à la limitation des naissances dans les pays pauvres.

On rejoint les tendances de fond de l'écologie radicale, celles de la décroissance, de la relocalisation, du refus des échanges (avion, tourisme, migrations ...). A n'en pas douter, les deux "initiatives" (UDC contre l'immigration de masse et Ecopop Halte à la surpopulation), quand elles seront soumises à votation, seront des pièces maîtresses du débat sur la croissance et la démographie. La Suisse va t-elle rehausser ses montagnes de quelques rangs de moellons et se replier encore davantage sur elle-même pour revenir au pays d'Heidi ?
La Suisse va t-elle encore nous donner un signal précurseur de ce qui va se passer en Europe ?

Save the Planet-(DR)
Toutes les statistiques suisses en matière d'immigration sont ici.
Un site pour une réflexion approfondie ici.

lundi 2 janvier 2012

2012, des voeux, des résolutions

C'est une tradition, y compris sur ce blog où chaque nouvelle année a été saluée comme il se doit. 2012 ne devra pas faire exception, d'autant qu'il y a fort à parier que ce sera une année exceptionnelle, probablement pas une année triste ! Oh, ce n'est pas la "fin du monde", annoncée par quelques milliers d'hallucinés, qui nous préoccupe, mais bien peut-être la fin d'un monde.

Mais commençons nos résolutions par un petit retour en arrière. Le début de l'année dernière avait donné matière à aborder le sujet de Facebook et des réseaux sociaux. A l'occasion, l'engagement avait été pris de ne pas renoncer à ces échanges. Ils sont toujours chronophages, souvent totalement ridicules, vains ou insignifiants. Mais ils sont intéressants parce qu'ils reflètent tant de vies élémentaires, tout comme il existe des particules élémentaires et que ce sont elles qui constituent LA vie. Ces échanges sont bons également parce qu'ils permettent en toute simplicité, en toute facilité, de s'adresser à un "ami", à une "amie" d'Egypte, du Niger, du Mali, d'Europe, de Turquie, de n'importe où dans le monde pour lui demander un avis sur tel évènement, lui souhaiter bonne chance face à tel autre, ou compatir à sa peine ou sa douleur en présence d'une tragédie. On poursuivra donc nos échanges sur les réseaux sociaux. On les étendra même (pour répondre à des demandes) à Linkedin et à Viadeo. Ces deux-là ne savent pas trop ce qu'est un retraité, ils ne cherchent qu'à s'adresser à des actifs, mais tant pis, on fera avec !

Autre retour en arrière, mais moins loin; fin avril 2011 lorsqu'à été prise la décision de quitter la plateforme de blogs du "Monde". Rien à regretter de ce coté-là, bien au contraire ! Pour deux raisons. La première est qu'il était, et qu'il reste encore, bien difficile de vivre en quotidienneté avec le Monde.fr. Certes, il gagne des lecteurs, grand bien lui fasse ! Mais il perd en réflexion, en profondeur, en analyse. L'immédiateté et la spontanéité des commentaires qui s'alignent après chaque article témoignent de ce vide analytique. Il suffit que le sujet soit quelque peu scabreux, ou qu'il mette en cause une personnalité pas toujours de droite d'ailleurs, ou qu'il traite des climatosceptiques, ou qu'il se rattache à une superficialité "people", pour qu'il y ait foule dans les commentaires. A l'inverse, si l'article concerne l’avenir de tel ou tel pays africain ou les négociations du Cycle de Doha, alors-là, personne ... Contentons-nous de la lecture quotidienne du journal papier.

Ceci pour l'ambiance. Et pour la seconde raison, il se confirme que la visibilité des blogs du Monde est loin d'être idéale. La preuve en est que ce blog a été transféré sur la plateforme de Gandi à partir du 1er mai 2011. Alors qu'en quatre ans d'existence sur lemonde.fr, il n'avait su recevoir que 42300 visites uniques, il a déjà largement doublé ce rythme sur Gandi. Et, curieusement, le post le plus lu est celui qui concerne ... le départ de la plateforme du monde.fr !

Alors 2012 ? Oui, ce ne sera pas une année triste, compte tenu de tout ce qui s'est passé en 2011.
Et tout d'abord l'Europe qui s'agite avec frénésie dans ses douleurs financières et qui voit monter les tendances isolationnistes, protectionnistes, xénophobes les plus dangereuses. Là encore, gare à l'anti-sarkozysme primaire qui ne fait du bien qu'à l'extrême-droite. Seule la confrontation "idées contre idées", et demain "programme contre programme", permettra une avancée démocratique. A l'inverse, tout ce qui a trait au comportement, aux bassesses des uns et des autres, aux démonstrations douteuses, aux rumeurs fantaisistes et non validées, tout cela ne profite qu'à ceux qui prétendent faussement pouvoir nettoyer les écuries d'Augias et mettre en place un ordre nouveau.
En Europe ? Défendre contre vents et marées le droit à l'expression politique des peuples qui la composent. Aucune "urgence" ne justifie que soient imposées des mesures draconiennes à des populations sans qu'elles aient pu exprimer leur point de vue. Si les méthodes autoritaires des dirigeants européens sont mises en œuvre, c'est bien parce que ceux-ci (les dirigeants) ont peur des réactions de rejet de leurs peuples. Et s'ils ont peur, c'est bien parce que le débat démocratique est totalement inexistant et que toute consultation ne se traduira que par un rejet radical.
Et pourtant, il faudra bien changer de méthode. Les décisions autoritaires ne conduisent pas vers un épanouissement de l'Europe, d'une Europe dont nous avons impérativement besoin. Sans l'Europe, il n'est aucune garantie d'un maintien de la paix au cours des années, des décennies à venir. Sans l'Europe, que serait encore aujourd'hui la situation dans les Balkans, où en serions-nous des affrontements entre Serbes, Croates, Monténégrins, Albanais ..? Sans l'Europe, où en serions-nous aujourd'hui du douloureux problème des Roms et des autres peuples nomades et comment Hongrie et Roumanie se débattraient-elles pour le résoudre ? Et encore, sans l'Europe, où en serions-nous aujourd'hui du conflit gréco-turc ou turco-grec à propos de Chypre ? Trois exemples seulement du bien-fondé de l'idée européenne.

Ensuite, le développement et surtout quel développement. Dans son dernier bulletin de 2011 (28/12), Herve Kempf a publié dans Le Monde une réflexion à propos de la Chine. Il y souligne (la belle évidence !) que le développement et la croissance de cette partie du Monde entraînent de plus en plus de dégâts sur l'ensemble de la planète. Pour répondre aux besoins de l'industrie chinoise, et aux besoins de ses populations, la Chine utilise l'espace écologique de l'Amérique Latine, de l'Afrique, de l’Indonésie. Et d'en conclure que les écologistes attendent avec soulagement le ralentissement de l'économie chinoise, son "effondrement", dirait Paul Krugman. Faut-il seulement y croire ? Un milliard quatre cents millions d'habitants, une classe moyenne qui grandit et qui se montre avide de consommer, une politique qui tend à faire de la monnaie chinoise une monnaie internationale, un protectionnisme grandissant aux frontières ... ralentissement ou pas, les atouts sont là pour une croissance longue.
Pour illustrer cette croissance, HK cite le fait que la Chine a probablement acheté 10 millions d'automobiles en 2010. Ce chiffre est insignifiant (et faux: 14 millions !) en valeur absolue, tant l'équipement en automobiles peut espérer une croissance faramineuse. En Europe et aux Etats-Unis, il y a de 500 à 600 voitures pour mille habitants. En Chine, il n'y en a pas ...30. Les constructeurs réunis parient sur un passage de 20 millions de véhicules en 2002, à 200 millions de véhicules en 2020, ce qui fera plus que doubler le parc actuel.
Est-il donc normal de reprocher à la Chine de vouloir "reproduire le comportement de l'Occident" ? Est-ce une attitude politique constructive que d'"espérer son effondrement" ? Au nom de quelle sauvegarde environnementale aurions-nous le droit d'interdire à la Chine de s'équiper en automobiles ? N'aurions-nous pas avantage à participer à ce challenge en mettant en avant de nouveaux concepts ? Par exemple ceux de la voiture électrique, du transport en commun électrique, du petit véhicule collectif électrique ?
Ce n'est pourtant pas ce que font nos constructeurs, lesquels attendent de généreuses subventions pour développer des véhicules existants: DS ou Pulse, ou de nouveaux petits véhicules individuels et low-cost.
En 2012, il faudra bien reparler d'une alternative à notre croissance impossible à soutenir dans sa nature actuelle. Et faire des propositions réalistes ... le débat électoral y parviendra t-il ?

Voeux 2012 (C)JB

Enfin l'Afrique. Laissée sur le bas-coté du développement par une Europe exploiteuse, la voilà qui succombe aux charmes des accords bilatéraux avec la Chine et qui sacrifie ses terres et ses biens. Ce n'est pas à nous de donner des leçons, là aussi, mais rien n'interdit d'aider, d'expliquer, de comprendre, d'aimer les femmes et les hommes de ce continent. Le nord (Maghreb et Proche-Orient africain) a levé beaucoup d'espérances au cours de l'année passée. Elles ne seront probablement pas toutes satisfaites, car la révolution ne se fait pas (ne se fait plus ?) en un jour. Seule, la presse sacrifie au romantisme à longueur de colonnes (texte et photos) et, en réalité, s'aveugle et aveugle son lecteur sur les vrais enjeux. La Démocratie ne nait pas spontanément et, quand elle naît, l'accouchement est souvent difficile. En 1788, les Grenoblois des classes moyennes, lors de la "Journée des Tuiles", s'offusquaient des impôts trop élevés, s'indignaient des dépenses somptuaires de la Cour et réclamaient des aides économiques. Ce n'est pas parce que cela a débouché sur une révolution et un changement de régime que la recette est infaillible !
Ce blog s'est (très souvent) exprimé à ce sujet; il continuera en ce sens avec lucidité et confiance.

A toutes, à tous, bonne année 2012, que ce soit une année de beaucoup de paix, de justice et d'équité, de bonheur et d'échanges.

jeudi 13 octobre 2011

L'électricité, un droit pour tous

Dans un récent rapport (cité par Le Monde du 11 octobre), l'Agence Internationale pour l'Energie (AIE) souligne que 1,3 milliard d'humains (soit 20% de la population mondiale) n'ont pas accès à l’électricité et que cette situation justifie la mise en place d'un plan d'action international.

Biosphère, sans doute le commentateur le plus tranquillement totalitaire de toute la blogosphère écolo-radicale, s'insurge contre cette idée et pose la question: "L'électricité est-elle un droit ?" Afin d'étayer cette question philosophique qui mérite effectivement réflexion, il feint grossièrement de n'attribuer à l'électricité pour seules fonctions de faire tourner nos téléphones mobiles et éclairer nos nuits a giorno.

Nous ne lui ferons pas l'injure (car il le sait !) de lui rappeler que l'électricité, c'est aussi un usage domestique (éclairage, chauffage, eau chaude, climatisation, réfrigération, cuisinières et fours, autres appareils ménagers, radio, TV, ordinateur et téléphone de nos maisons), c'est aussi un usage industriel (machines, moteurs électriques, pompes, automatismes, centres de données (qui servent tant à Biosphère pour diffuser ses idées)), et c'est enfin un usage collectif, communautaire, comme l'éclairage de sécurité de nos rues, certes, mais surtout dans le domaine de la santé (radiothérapie, radiographie, endoscopie, scanner,..).

On peut s'éclairer à la bougie (!), mais on ne peut pas se passer de tout ce que l'électricité aide à faire tourner. On peut trier les usages de l'électricité en fonction de leur intérêt individuel et collectif, mais on ne peut pas tout condamner.

L'homme a cinq besoins incontournables: le sommeil, l'alimentation, l'affection, la connaissance et le jeu (dixit Umberto Eco). Il est au moins deux, voire trois, de ces besoins (l'alimentation, la connaissance et le jeu) qui ne peuvent être garantis et développés que par l'usage de l'électricité.
1) L'alimentation qui exige la conservation par le froid et la cuisson afin d'économiser le bois là où il n'y en a déjà plus.
2) La connaissance qui exige l'existence d'un réseau d'informations: téléphone, radio, télévision, informatique, vidéo, ...
3) Enfin le jeu, éventuellement, parce qu'il peut rejoindre les réseaux dont il est question ci-dessus.

Parce que l'électricité satisfait aux usages individuel, industriel et collectif dont nous avons parlé ci-dessus,
parce que l'électricité permet l'épanouissement de fonctions essentielles à l'homme,
nous soutiendrons que l'électricité est un DROIT.
Ce droit se situe dans le même ordre d'idée que le droit à l'eau potable, que le droit aux traitement des eaux usées, que le droit à la collecte des déchets, que le droit à se voir proposer des systèmes de déplacement afin de circuler librement, que le droit à accéder à une information mondiale, etc, etc ...

l'AIE et l'ONU ont souligné que la pauvreté, le changement climatique, la rareté de l'eau, la santé, la crise alimentaire, l'égalité des chances pour les femmes ont un lien étroit avec l'absence d'énergie.
Contestant cette analyse, Biosphère réaffirme, c'est une habitude, que la pauvreté est avant tout la conséquence d'une société pas assez solidaire et de ... sa surpopulation. Malthusianisme, quand tu nous tiens ! Et, sur son blog, il dénonce le fait que "l'accès de tous aux énergies "modernes" butera sur la problématique du financement: les riches ne partagent pas".

Dans la mesure où le développement de l'énergie électrique moderne concerne tout autant les pays riches que les pays en développement,
parce que les pays riches se satisfont actuellement des fonds de pétrole et que les pays pauvres sont bien encombrés de leurs révoltes et de leur .. pauvreté,
parce que les sites susceptibles de produire une énergie propre ne sont pas aussi nombreux dans les pays industrialisés que dans les autres,
parce que les conditions climatiques sont souvent plus favorables chez les seconds que chez les premiers, cette affirmation du financement impossible n'est pas tout à fait exacte. Il existe des projets en zone saharienne (TREC) du même type que la centrale solaire thermodynamique (centrale à concentration) qui vient d'être inaugurée en Espagne, mais en plus grand encore. Ces projets n'avanceront que si pays riches et pays en développement sont intéressés à leur réalisation.

Centrale à concentration solaire (DR)

Faire avancer le débat nécessite d'associer pays producteurs et pays consommateurs et d'imaginer des structures de distribution de l'énergie produite. Chacun sait que l'électricité ne se stocke pas (en tout cas pas directement), il faut donc distribuer cette ressource au fur et à mesure de sa production. Créer des câbles sous-marins, sorte d'électroducs, concevoir un réseau international, by-passer la production d'une zone géographique à l'autre selon les besoins exprimés, l'heure et le fuseau horaire, apporter sur l'ensemble des garanties de protection et de protection de l'installation.

Pour exemple, l'Inde lance un appel d'offres pour le transport de l'électricité produite par une centrale solaire de 500 MW, celle de Paranka.

Mais cette stratégie de réseau mondial ne plaira pas à Biosphère ! son projet de social-écologie, de Deep Ecology, ne s’accommode que de la relocalisation et s'oppose à toute notion de réseau.

lundi 10 octobre 2011

Règlement de comptes entre chroniqueurs

Voici quinze jours-trois semaines, "Le Monde" s'est illustré d'un pseudo-débat interne dont il a le secret. Ses journalistes économiques et ses journalistes environnementaux, chacun de son coté, se sont intéressés à la notion de finitude des réserves de pétrole et à celle de Peak Oil. Bien entendu, les deux n'ont pas la même analyse.

Les économistes penchent pour une possible exploitation des sources d'énergie actuellement peu abordables, techniquement et économiquement. C'est le cas des gaz de schiste, du pétrole brésilien situé sous une importante couche de sel, des schistes bitumineux ou des récentes réserves identifiées au large de la Guyane. Ils en concluent que le pétrole et ses dérivés ont encore de belles années devant eux, des "décennies à irriguer notre économie".

Champ pétrolier en Irak-(C)Essam al Sudani-Reuters

Quant aux environnementaux, ils dénoncent régulièrement les possibles atteintes à l'environnement comme relevant de l'inéluctable, ils rappellent la finitude des ressources et prônent un changement radical et rapide de société, allant pour certains jusqu'à placer au niveau de la culpabilité individuelle l'utilisation d'un véhicule.

Au "Monde", l'économiste s'appelle Jean-Michel Bezat et l'écolo se nomme Hervé Kempf. De celui-ci, on a déjà parlé ici. Son attachement à la déesse terre, qu'il préfère appeler Pachamama, est une des constantes de son discours.

Et voilà que l'économiste vient de publier un billet intitulé "Le gaz et la bougie" (08/10/2011), dans lequel il stigmatise les écologistes au travers du dernier livre de Pascal Bruckner; "Le fanatisme de l'apocalypse". Citant le philosophe, "Nous demander d'abandonner sans tarder le pétrole, l'atome, le gaz, les schistes bitumineux et le charbon au motif qu'ils sont dangereux et polluants, alors que l'éolien et le photovoltaïque restent embryonnaires, est irresponsable", il précise qu'il vaut mieux préférer une écologie de raison qui ne sacralise pas Gaïa, le déesse-terre, et qui ne tourne pas le dos au progrès scientifique

Il y a tout à gagner à de tels débats au sein du quotidien, encore que le journal pourrait définir une constante, une sorte de point de vue de référence. Cependant ces débats trouveraient mieux leur place dans le cadre d'un échange organisé, structuré et constructif, plutôt qu'au travers de billets et de chroniques qui s'apparentent à des petits règlements de comptes.

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