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Tag - Hervé Kempf

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jeudi 12 mars 2015

On a souvent besoin d'un fasciste sous la main

C'est un vocabulaire que l'on entend souvent ces derniers temps, à Sivens, à ND des Landes ou a Roybon. Les zadistes, occupants des lieux, attendent de pied ferme les "milices fascistes qui veulent les déloger !"
Pour exemple, voici le discours tenu par une militante anti-Center Parcs. "Les opposants les plus déterminés au Center Parcs, opposants d’ici ou d’ailleurs, n’accepteront pas éternellement ce djihadisme brun. Ils peuvent eux aussi s’organiser. Est-ce ce que veulent les apprentis sorciers qui ont dressé les habitants les uns contre les autres ? Des batailles rangées ?
Dans un petit livre « Matin Brun » - tiré à deux millions d’exemplaires ! - Frank Pavloff, qui vit actuellement en Isère, montre dans une fable, la montée du nazisme en Allemagne. Deux amis, nullement politisés, occupés de leur travail, de leur famille, heureux de se retrouver le soir autour d’une bière, discutent tranquillement. Ils ont accepté sans problèmes de se séparer de leur chien, puis de leur chat- à éliminer parce qu’ils ne sont pas bruns ! - D’acceptations en compromissions, ils se retrouvent dans un régime fasciste. Nous n’en sommes pas là. Mais quand une commune, et certains de ses habitants, s’autorisent à bloquer la circulation sans raison impérieuse et sans aucun contrôle, on a toutes les raisons de s’inquiéter."

Ce n'est pas là discours isolé, c'est même le discours officiel des écologistes et des zadistes (ces derniers étant des écologistes). Hervé Kempf, animateur du quotidien web "Reporterre", l'exprime très clairement dans un de ses derniers éditoriaux, celui du 7 mars, lendemain de l'expulsion des occupants de Sivens.
Sous un dessin de Red "On était Charlie", illustrant un "milicien" de la FDSEA, il est écrit que "le Gouvernement a déployé une tactique de répression propre aux régimes fascistes".
"La tactique de MM. Valls et Hollande est délibérée. Elle ouvre la porte à la répétition de ce type d’actes : des groupes sociaux savent maintenant que, pourvu qu’ils ciblent l’écologie et les jeunes alternatifs tout en glorifiant la police, ils ont le champ libre. Elle s’appuie sur les sentiments d’extrême-droite qui montent dans ce pays. Et suscitera en retour des réactions de même nature, impliquant une répression encore plus stricte."
"Je ne sais la qualifier autrement que de pré-fasciste : utilisant les méthodes mêmes du fascisme (des milices supplétives d’un Etat autoritaire) et stimulant la xénophobie et la haine des alternatives."
"Les choses sont claires : un projet coûteux, pourri de conflits d’intérêt, financé par le public pour des intérêts privés, détruisant l’environnement, c’est « le changement ». D’aucuns persistent encore à croire que le gouvernement de MM. Hollande et Valls est « de gauche ». Il ne l’est pas. C’est pire : il ouvre, à peine dissimulé, la voie au fascisme."

Ce qui est intéressant dans la diatribe d'Hervé Kempf, c'est qu'elle est illustrée par une référence au mouvement "Je suis Charlie", sous la forme d'une inversion de cette déclaration de solidarité, laquelle se transforme en "On était Charlie". Cela démontre, s'il en était besoin, que le slogan de janvier 2015 n'a pas beaucoup de contenu et que chacun peut le tirer à soi et l'adapter à sa cause. En effet, il n'est pas évident que ce slogan ait été porteur, à un moment ou à un autre, d'un contenu soit écologique, soit en faveur d'une société gratuite et solidaire comme la revendiquent les zadistes.

Ce rapprochement a cependant un sens, que vient brillamment d'illustrer Patrick Pelloux, chroniqueur et administrateur de Charlie Hebdo.
Abd Al Malik, artiste, musicien, écrivain, cinéaste, a récemment distribué son premier film "Qu'Allah bénisse la France" (décembre 2014) et surtout un petit livre intitulé "Place de la République, pour une spiritualité laïque". Dans ce livre et dans les propos qu'il tient pour le présenter, Abd Al Malik aborde la question de "Charlie Hebdo". Tout en affirmant fortement le droit à la caricature qui est "un acte démocratique par excellence", un "éclatant symbole de la liberté d'expression", il reproche à l'hebdomadaire "d'avoir contribué à la progression de l'islamophobie, du racisme et de la défiance envers tous les musulmans". Il poursuit: "Pour moi, dans le contexte actuel de pression extrême sur les musulmans, dans ce climat de surenchère médiatique autour de l'islam, Charlie Hebdo a fait preuve d'irresponsabilité en multipliant ces caricatures. Même si le but était de montrer du doigt les intégristes, et même s'ils en avaient le droit au sens légal."

Abd Al Malik (DR)

Cela, Patrick Pelloux, non seulement ne l'accepte pas, déclare qu'il est "meurtri" par les propos de l'artiste qui sont qualifiés d'"odieux" , mais fait un rapprochement avec les terroristes qui "sont le nouveau nazisme et le nouveau fascisme". Toute critique de "Charlie Hebdo" serait-elle assimilée à une complaisance à l'égard de ce "nouveau fascisme" ?

La simplification sémantique de ces propos devient inquiétante. L'ultra-gauche perdrait-elle la raison ?

jeudi 7 juin 2012

Le sport, ça suffit ???

Les écologistes sont réellement à la peine ! Il faut croire que leur prestation minimaliste lors des récentes présidentielles les a laissés sur le flanc. Il n'est même pas certain qu'ils fassent des chiffres honorables dans les circonscriptions qui leur ont été gracieusement confiées avant même le résultat électoral.
Un exemple ? Cécile Duflot, Sécrétaire Nationale d'EELV, et par ailleurs ministre de plein exercice, ne trouve pas le temps ni les moyens de désigner ou de faire désigner un porte-parole temporaire pour son organisation. Ce qui fait que notre premier ministre trouve "normal" que la situation de cumul puisse s'éterniser trois semaines encore, jusqu'au 23 juin !

Autre exemple ? Les flamboyants chroniqueurs de l'écologie ne savent plus quoi dire et en sont à recycler les bases de leur B-A-BA. Il faut dire qu'ils n'ont pas la partie facile puisque tout le monde est là à "s'agiter comme des cabris" (Ch. de Gaulle) en criant "croissance, croissance, croissance". Tout le contraire de ce qui est prêché depuis des années: il y a de quoi en perdre la raison ...

Ce n'est pourtant pas raison suffisante pour écrire des .. bêtises. Hervé Kempf a publié un billet le 4 juin dernier, intitulé "Le sport, ça suffit !" et dans lequel il stigmatise l'impossibilité qu'il y aurait actuellement à critiquer l'omniprésence sportive: Roland-Garros, Euro de football, Grand Prix de Formule 1 de Montréal, ... Au-delà de critiques justifiées sur les investissements démesurés réclamés par les Clubs et Fédérations, l'auteur définit le sport comme l'opium des classes moyennes, la morphine des classes populaires qui, à la différence de l'opium des peuples cher à Marx, n'exprime aucune protestation, seulement la soumission à l'ordre établi. "Au travers du sport , les valeurs de compétition, d'avidité, de triche, de corruption peuvent donc être répandues sans complexe ni remords".
Ce qui est excessif est insignifiant: sans doute pour cette raison personne n'a cru utile de réagir à de tels propos.

Demain, ce chroniqueur ouvrira une page avec un raisonnement identique et des mots pareils, et s'en prendra au tourisme, ou bien à la télévision, ou bien au transport aérien ... On parie ?

Au cours du week-end de la Pentecôte, le club de football de Saint-Marcellin, en Isère, a reçu plusieurs centaines de jeunes (12-15 ans) venus soit de la région de Cavaillon, soit du Beaujolais, soit encore de la ville jumelle de Grafing en Bavière. Lors de la sympathique cérémonie d'échanges de mots de bienvenue et de cadeaux, l'un des dirigeants sportifs (lorsqu'il s'agit de jeunes, on appelle ces gens des éducateurs) a souligné l'immense signification d'échanges entre des jeunes venus de régions et de pays différents. Il a appuyé son propos en "suppliant" les familles de continuer à recevoir, chez elles, un ou deux jeunes garçons, le temps du week-end, afin que poussent les graines de l'amitié, de la camaraderie et du respect de l'autre, y compris au travers d'une amicale compétition sportive.

Deux vocabulaires, deux comportements, deux conceptions des relations humaines ....



Musée de Bernried-Bavière (C)JB

lundi 2 janvier 2012

2012, des voeux, des résolutions

C'est une tradition, y compris sur ce blog où chaque nouvelle année a été saluée comme il se doit. 2012 ne devra pas faire exception, d'autant qu'il y a fort à parier que ce sera une année exceptionnelle, probablement pas une année triste ! Oh, ce n'est pas la "fin du monde", annoncée par quelques milliers d'hallucinés, qui nous préoccupe, mais bien peut-être la fin d'un monde.

Mais commençons nos résolutions par un petit retour en arrière. Le début de l'année dernière avait donné matière à aborder le sujet de Facebook et des réseaux sociaux. A l'occasion, l'engagement avait été pris de ne pas renoncer à ces échanges. Ils sont toujours chronophages, souvent totalement ridicules, vains ou insignifiants. Mais ils sont intéressants parce qu'ils reflètent tant de vies élémentaires, tout comme il existe des particules élémentaires et que ce sont elles qui constituent LA vie. Ces échanges sont bons également parce qu'ils permettent en toute simplicité, en toute facilité, de s'adresser à un "ami", à une "amie" d'Egypte, du Niger, du Mali, d'Europe, de Turquie, de n'importe où dans le monde pour lui demander un avis sur tel évènement, lui souhaiter bonne chance face à tel autre, ou compatir à sa peine ou sa douleur en présence d'une tragédie. On poursuivra donc nos échanges sur les réseaux sociaux. On les étendra même (pour répondre à des demandes) à Linkedin et à Viadeo. Ces deux-là ne savent pas trop ce qu'est un retraité, ils ne cherchent qu'à s'adresser à des actifs, mais tant pis, on fera avec !

Autre retour en arrière, mais moins loin; fin avril 2011 lorsqu'à été prise la décision de quitter la plateforme de blogs du "Monde". Rien à regretter de ce coté-là, bien au contraire ! Pour deux raisons. La première est qu'il était, et qu'il reste encore, bien difficile de vivre en quotidienneté avec le Monde.fr. Certes, il gagne des lecteurs, grand bien lui fasse ! Mais il perd en réflexion, en profondeur, en analyse. L'immédiateté et la spontanéité des commentaires qui s'alignent après chaque article témoignent de ce vide analytique. Il suffit que le sujet soit quelque peu scabreux, ou qu'il mette en cause une personnalité pas toujours de droite d'ailleurs, ou qu'il traite des climatosceptiques, ou qu'il se rattache à une superficialité "people", pour qu'il y ait foule dans les commentaires. A l'inverse, si l'article concerne l’avenir de tel ou tel pays africain ou les négociations du Cycle de Doha, alors-là, personne ... Contentons-nous de la lecture quotidienne du journal papier.

Ceci pour l'ambiance. Et pour la seconde raison, il se confirme que la visibilité des blogs du Monde est loin d'être idéale. La preuve en est que ce blog a été transféré sur la plateforme de Gandi à partir du 1er mai 2011. Alors qu'en quatre ans d'existence sur lemonde.fr, il n'avait su recevoir que 42300 visites uniques, il a déjà largement doublé ce rythme sur Gandi. Et, curieusement, le post le plus lu est celui qui concerne ... le départ de la plateforme du monde.fr !

Alors 2012 ? Oui, ce ne sera pas une année triste, compte tenu de tout ce qui s'est passé en 2011.
Et tout d'abord l'Europe qui s'agite avec frénésie dans ses douleurs financières et qui voit monter les tendances isolationnistes, protectionnistes, xénophobes les plus dangereuses. Là encore, gare à l'anti-sarkozysme primaire qui ne fait du bien qu'à l'extrême-droite. Seule la confrontation "idées contre idées", et demain "programme contre programme", permettra une avancée démocratique. A l'inverse, tout ce qui a trait au comportement, aux bassesses des uns et des autres, aux démonstrations douteuses, aux rumeurs fantaisistes et non validées, tout cela ne profite qu'à ceux qui prétendent faussement pouvoir nettoyer les écuries d'Augias et mettre en place un ordre nouveau.
En Europe ? Défendre contre vents et marées le droit à l'expression politique des peuples qui la composent. Aucune "urgence" ne justifie que soient imposées des mesures draconiennes à des populations sans qu'elles aient pu exprimer leur point de vue. Si les méthodes autoritaires des dirigeants européens sont mises en œuvre, c'est bien parce que ceux-ci (les dirigeants) ont peur des réactions de rejet de leurs peuples. Et s'ils ont peur, c'est bien parce que le débat démocratique est totalement inexistant et que toute consultation ne se traduira que par un rejet radical.
Et pourtant, il faudra bien changer de méthode. Les décisions autoritaires ne conduisent pas vers un épanouissement de l'Europe, d'une Europe dont nous avons impérativement besoin. Sans l'Europe, il n'est aucune garantie d'un maintien de la paix au cours des années, des décennies à venir. Sans l'Europe, que serait encore aujourd'hui la situation dans les Balkans, où en serions-nous des affrontements entre Serbes, Croates, Monténégrins, Albanais ..? Sans l'Europe, où en serions-nous aujourd'hui du douloureux problème des Roms et des autres peuples nomades et comment Hongrie et Roumanie se débattraient-elles pour le résoudre ? Et encore, sans l'Europe, où en serions-nous aujourd'hui du conflit gréco-turc ou turco-grec à propos de Chypre ? Trois exemples seulement du bien-fondé de l'idée européenne.

Ensuite, le développement et surtout quel développement. Dans son dernier bulletin de 2011 (28/12), Herve Kempf a publié dans Le Monde une réflexion à propos de la Chine. Il y souligne (la belle évidence !) que le développement et la croissance de cette partie du Monde entraînent de plus en plus de dégâts sur l'ensemble de la planète. Pour répondre aux besoins de l'industrie chinoise, et aux besoins de ses populations, la Chine utilise l'espace écologique de l'Amérique Latine, de l'Afrique, de l’Indonésie. Et d'en conclure que les écologistes attendent avec soulagement le ralentissement de l'économie chinoise, son "effondrement", dirait Paul Krugman. Faut-il seulement y croire ? Un milliard quatre cents millions d'habitants, une classe moyenne qui grandit et qui se montre avide de consommer, une politique qui tend à faire de la monnaie chinoise une monnaie internationale, un protectionnisme grandissant aux frontières ... ralentissement ou pas, les atouts sont là pour une croissance longue.
Pour illustrer cette croissance, HK cite le fait que la Chine a probablement acheté 10 millions d'automobiles en 2010. Ce chiffre est insignifiant (et faux: 14 millions !) en valeur absolue, tant l'équipement en automobiles peut espérer une croissance faramineuse. En Europe et aux Etats-Unis, il y a de 500 à 600 voitures pour mille habitants. En Chine, il n'y en a pas ...30. Les constructeurs réunis parient sur un passage de 20 millions de véhicules en 2002, à 200 millions de véhicules en 2020, ce qui fera plus que doubler le parc actuel.
Est-il donc normal de reprocher à la Chine de vouloir "reproduire le comportement de l'Occident" ? Est-ce une attitude politique constructive que d'"espérer son effondrement" ? Au nom de quelle sauvegarde environnementale aurions-nous le droit d'interdire à la Chine de s'équiper en automobiles ? N'aurions-nous pas avantage à participer à ce challenge en mettant en avant de nouveaux concepts ? Par exemple ceux de la voiture électrique, du transport en commun électrique, du petit véhicule collectif électrique ?
Ce n'est pourtant pas ce que font nos constructeurs, lesquels attendent de généreuses subventions pour développer des véhicules existants: DS ou Pulse, ou de nouveaux petits véhicules individuels et low-cost.
En 2012, il faudra bien reparler d'une alternative à notre croissance impossible à soutenir dans sa nature actuelle. Et faire des propositions réalistes ... le débat électoral y parviendra t-il ?

Voeux 2012 (C)JB

Enfin l'Afrique. Laissée sur le bas-coté du développement par une Europe exploiteuse, la voilà qui succombe aux charmes des accords bilatéraux avec la Chine et qui sacrifie ses terres et ses biens. Ce n'est pas à nous de donner des leçons, là aussi, mais rien n'interdit d'aider, d'expliquer, de comprendre, d'aimer les femmes et les hommes de ce continent. Le nord (Maghreb et Proche-Orient africain) a levé beaucoup d'espérances au cours de l'année passée. Elles ne seront probablement pas toutes satisfaites, car la révolution ne se fait pas (ne se fait plus ?) en un jour. Seule, la presse sacrifie au romantisme à longueur de colonnes (texte et photos) et, en réalité, s'aveugle et aveugle son lecteur sur les vrais enjeux. La Démocratie ne nait pas spontanément et, quand elle naît, l'accouchement est souvent difficile. En 1788, les Grenoblois des classes moyennes, lors de la "Journée des Tuiles", s'offusquaient des impôts trop élevés, s'indignaient des dépenses somptuaires de la Cour et réclamaient des aides économiques. Ce n'est pas parce que cela a débouché sur une révolution et un changement de régime que la recette est infaillible !
Ce blog s'est (très souvent) exprimé à ce sujet; il continuera en ce sens avec lucidité et confiance.

A toutes, à tous, bonne année 2012, que ce soit une année de beaucoup de paix, de justice et d'équité, de bonheur et d'échanges.

dimanche 4 décembre 2011

L'Apocalypse selon Pascal Bruckner

Le 5 novembre, Le Monde avait consacré deux pleines pages à la dénonciation d'un supposé complot des industriels du DDT accusant les écologistes d'être à l'origine de la recrudescence du paludisme en Afrique parce que ce produit y était interdit. Ces deux pages faisaient référence au fait que Pascal Bruckner reprenait cette thèse dans son livre "Le fanatisme de l'Apocalypse: sauver la terre, punir l'homme". Pour en trouver mention, il a fallu chercher. Jusqu'à la page 177/275, et dans un minuscule passage de ...cinq lignes. Le livre précité ne saurait donc se résumer à cette polémique.

Cet essai reprend quasiment toutes les idées qui ont été exprimées ici dans ce blog au sujet des écologistes radicaux (et non pas des écologistes en général !). On y retrouve les commentaires de Latouche sur la décroissance dans les pays du Sud, le droit au développement, la limitation des naissances, la relocalisation, la critique, voire l'interdiction de la voiture individuelle, la relocalisation, les raccourcis "démocratiques" de Dominique Bourg, ou le discours de Michel Rocard, converti sur le tard à l'écologie radicale.
On y retrouve toutes les personnalités de ce mouvement, toutes citées à un moment ou à un autre dans les plis de ce blog: Yves Paccalet et son "L'humanité disparaîtra; bon débarras !", Serge Latouche, Yves Cochet, Hervé Kempf, Al Gore, Dominique Bourg et Kerry Whiteside, Jean-Pierre Dupuy, Michel Rocard, Pierre Rabhi, d'autres encore, largement regroupés autour des thèses des philosophes Hans Jonas et Ivan Illich. C'est dire que ce petit livre aurait pu rencontrer notre adhésion, voire notre enthousiasme. Et pourtant, ce n'est pas le cas.

Pascal Bruckner-La fanatisme de l'Apocalypse

Ce n'est pas le cas, parce que la démonstration n'est pas crédible, entachée d'ironie acerbe et de critiques parfois "limites" et contradictoires. Notre conviction est faite qu'il existe un courant écologique qui prône une décroissance de nos sociétés, au motif de la finitude de notre planète et de ses ressources. Nous avons aussi démontré que ce courant ne se caractérisait pas par son sens inné de la démocratie; les propositions élitistes de Dominique Bourg en sont un exemple frappant. Nous avons également posé la question lancinante du développement des pays émergents, et plus singulièrement celui de l'Afrique. A ce jour, les propositions vont du "détachement" de ces pays de l'ensemble mondial afin qu'ils ne suivent pas la même courbe de développement (Latouche) à l'acceptation pure et simple d'une situation de déni de justice; "l'Afrique peut enseigner à l'Occident comment s’accommoder de la frugalité" (Kempf), en passant par la mise en place de programmes autoritaires de limitation des naissances. Ce courant existe bel et bien: il est anti-humaniste, il est anti-démocratique, il est sectaire parce que défendant une pseudo religion de la terre-mère, il est égoïste parce qu'essentiellement occidental, il est malthusianiste parce que voulant imposer une limitation arbitraire des naissances dans les pays en développement, bref, il est dangereux. Il n'est pas, à lui seul, l'écologie. Le dénoncer est nécessaire. Mais le dénoncer n'est pas dénoncer l'écologie.

Alors à quoi sert-il d'enjoliver son propos avec des accusations d'antisémitisme à l'attention de José Bové ? A quoi sert-il d'accuser les radicaux de l'écologie d'être des pétainistes, alors qu'ils sont les premiers à dénoncer tous les écolos-sceptiques comme étant des "fascistes gris" ?, à quoi sert-il d'ironiser sur les tenants de l'amour des animaux et de la chute des séparations entre espèces ? Il y a bien assez à dire dès à présent, dans le cadre d'un débat démocratique et de société, pour ne pas encombrer le discours de scories et de commentaires agressifs quand ils se veulent humoristiques.
L'histoire des tenants de l'Apocalypse moderne reste à écrire.

lundi 10 octobre 2011

Règlement de comptes entre chroniqueurs

Voici quinze jours-trois semaines, "Le Monde" s'est illustré d'un pseudo-débat interne dont il a le secret. Ses journalistes économiques et ses journalistes environnementaux, chacun de son coté, se sont intéressés à la notion de finitude des réserves de pétrole et à celle de Peak Oil. Bien entendu, les deux n'ont pas la même analyse.

Les économistes penchent pour une possible exploitation des sources d'énergie actuellement peu abordables, techniquement et économiquement. C'est le cas des gaz de schiste, du pétrole brésilien situé sous une importante couche de sel, des schistes bitumineux ou des récentes réserves identifiées au large de la Guyane. Ils en concluent que le pétrole et ses dérivés ont encore de belles années devant eux, des "décennies à irriguer notre économie".

Champ pétrolier en Irak-(C)Essam al Sudani-Reuters

Quant aux environnementaux, ils dénoncent régulièrement les possibles atteintes à l'environnement comme relevant de l'inéluctable, ils rappellent la finitude des ressources et prônent un changement radical et rapide de société, allant pour certains jusqu'à placer au niveau de la culpabilité individuelle l'utilisation d'un véhicule.

Au "Monde", l'économiste s'appelle Jean-Michel Bezat et l'écolo se nomme Hervé Kempf. De celui-ci, on a déjà parlé ici. Son attachement à la déesse terre, qu'il préfère appeler Pachamama, est une des constantes de son discours.

Et voilà que l'économiste vient de publier un billet intitulé "Le gaz et la bougie" (08/10/2011), dans lequel il stigmatise les écologistes au travers du dernier livre de Pascal Bruckner; "Le fanatisme de l'apocalypse". Citant le philosophe, "Nous demander d'abandonner sans tarder le pétrole, l'atome, le gaz, les schistes bitumineux et le charbon au motif qu'ils sont dangereux et polluants, alors que l'éolien et le photovoltaïque restent embryonnaires, est irresponsable", il précise qu'il vaut mieux préférer une écologie de raison qui ne sacralise pas Gaïa, le déesse-terre, et qui ne tourne pas le dos au progrès scientifique

Il y a tout à gagner à de tels débats au sein du quotidien, encore que le journal pourrait définir une constante, une sorte de point de vue de référence. Cependant ces débats trouveraient mieux leur place dans le cadre d'un échange organisé, structuré et constructif, plutôt qu'au travers de billets et de chroniques qui s'apparentent à des petits règlements de comptes.