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Tag - Réseaux sociaux

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mercredi 9 janvier 2013

Réseaux sociaux

Depuis juin 2009, soit depuis 3 ans et demi, Vincenzo Cosenza, auteur du blog Vincos, publie tous les six mois la carte du monde de l'expansion des réseaux sociaux, plus exactement du réseau dominant dans chaque pays. Une publication chronologique de toutes les cartes s'avère passionnante.

En juin 2009, Facebook achève sa domination sur la quasi totalité de l'Europe occidentale. La Chine ne jure que par QQ. La Russie se consacre à V Kontakte. Le Brésil et l'Inde garde confiance en Orkut. Et les pays arabes comme la Libye, l'Arabie, le Yemen sacrifient à Maktoob. Quant à l'Afrique, ce n'est presque qu'un grand désert !

Carte mondiale Juin 2009 (DR)

Six mois plus tard, en décembre 2009, nouvelle carte. Sur 127 pays analysés, Facebook est en tête pour 100 d'entre eux, avec un total de 350 millions d'usagers enregistrés. V Kontakte et QQ préservent leurs territoires respectifs. Orkut perd l'Inde. Maktoob n'a plus d'audience préférentielle dans les pays arabes. Et l'Afrique n'est qu'un grand désert.

Carte mondiale décembre 2009 (DR)

En 2010, l'hégémonie de Facebook ne fait que se confirmer. 111 sur 131 pays examinés placent Facebook en tête, la Chine et l'ex-Union Soviétique conservent leurs réseaux. Le Brésil fait encore bande-à-part avec Orkut. L'Iran fait confiance à Cloob. Et en Europe, seules la Hongrie, la Pologne et la Hollande résistent. Quant à l'Afrique, notamment sub-saharienne et centrale ...

Carte mondiale juin 2010 (DR)

Fin 2010, nouvelle carte du monde. Facebook revendique 600 millions de membres. Il est en tête dans 115 pays sur 132 analysés. Suivent dans l'ordre ou dans le désordre Twitter et linkedIn. Il y a en fait peu de mouvements, si ce n'est que la Pologne et la Hongrie rejoignent le leader. En Afrique, il n'est pas utile d'en parler ...

Carte mondiale décembre 2010 (DR)

Juin 2011, Facebook a 700 millions d'inscrits et confirme sa suprématie, y compris sur des pays comme l'Iran ou la Syrie ... quand il n'est pas censuré ! Mixi, au Japon, Orkut au Brésil conservent leurs positions. QQ, devenu QZone, étend son influence sur la Corée du Sud, tandis que V Kontakte se fait contrer sévèrement par Odnoklassniki. Parmi les poursuivants, Twitter domine LinkedIn.

Carte mondiale juin 2011 (DR)

Encore six mois et nous voici en décembre 2011. Facebook compte 800 millions d'"Amis". Il a mis "à la raison" les Hollandais, les Brésiliens ... pour le Japon, on ne sait pas très bien en raison de la présence de nombreux réseaux: Mixi, mais également Gree, Mobage ... bref 127 pays sur 136 analysés accordent leur préférence à Facebook. De nouveaux pays africains sont analysés, mais il reste encore bien des "blancs".

Carte mondiale décembre 2011 (DR)

Juin 2012, il y a six mois, nouvelle carte. Voici trois ans, lors de la première analyse, les réseaux sociaux classés en tête étaient au nombre de 17, ils ne sont plus maintenant que 7. Et parmi eux, le Cloob, réseau d'Etat de l'Iran, Zing au Vietnam et Draugiem en Lettonie. C'est dire que la carte devient de plus en plus unicolore.

Carte mondiale juin 2012 (DR)

Enfin, décembre 2012, qui voit Facebook dépasser le milliard de membres ! Et il n'y a que cinq réseaux à se placer en tête dans au moins un pays. Bien entendu, Facebook se taille la part du lion. En Russie, V Kontakte a supplanté Odnoklassniki. Quant à l'Afrique, nul n'en sait davantage ...

Carte mondiale décembre 2012 (DR)

Mais à quoi servent les réseaux sociaux ? Comment sont-ils utilisés ? Quelle est la part de la population qui les utilise ? Pour avoir quelques réponses, il faut se diriger vers Pew Research, un site américain.
En Grande-Bretagne, en Russie, aux USA, en République Tchèque et en Espagne, un habitant sur deux utilise les réseaux sociaux. La proportion est de 39 % en France, pays dans lequel 25% de la population n'accède pas à Internet, volontairement ou non. Pew Research a examiné 21 pays répartis de par le monde (bien entendu, aucun pays africain sub-saharien !). En Tunisie, 34% de la population utilise les réseaux sociaux. En Egypte, 30%.
Globalement, parmi les utilisateurs des 21 pays concernés par l'étude, 67% échangent à propos de musiques ou de films, 46% à propos des enjeux de leur communauté, 43% le sport, 34% la politique, et 14% la religion. (réponses multiples)
Dans un groupe constitué de la Jordanie, du Liban, de l'Egypte et de la Tunisie, il est frappant de constater que 60-68% des échanges sont voués à la politique (34% pour le total), 74-82% aux enjeux de la communauté (46% pour le total des 21 pays) et 62-63% pour la religion (14% pour le total) avec une remarquable exception, celle du Liban dont les échanges consacrés à la religion ne concernent que 8% du total !
Nul ne sera étonné d'apprendre qu'en fonction de l'âge, l'usage des réseaux sociaux est variable. De façon générale, les jeunes de 18-29 ans les utilise davantage que les adultes de 30-49 ans qui les utilise davantage que ceux de plus de 50 ans. Par contre, l'utilisation qui en est faite par les plus anciens se révèle parfois bien faible, voire marginale. Ainsi 8% seulement des Polonais de plus de 50 ans, 4% des Grecs, 4% des Libanais, 7% des Turcs ,des Tunisiens et des Mexicains, 8% des Chinois de plus de 50 ans utilisent les réseaux sociaux.

Dernière constatation d'importance; le niveau éducatif joue un rôle primordial dans l'usage qui est fait des réseaux sociaux. Dans 15 des 18 pays explorés, la différence de "fréquentation" des réseaux se traduit par un nombre à deux chiffres entre ceux qui ont un niveau universitaire et ceux qui ont moins d'éducation. Le record est battu par l'Egypte où 82% des diplômés de l'université utilisent les réseaux sociaux, alors que ceux qui ont moins d'éducation ne l'utilisent que dans une proportion de 18%.

Mise à jour du 12/01/2013

Pourquoi la zone africaine de la carte, notamment l'Afrique sahélienne et l'Afrique centrale, est-elle une zone vierge ? Interrogé par nous, Vincenzo Costenza a répondu que c'est parce qu'il n'y a pas de données disponibles pour ces pays. On peut penser que si c'est données n'existent pas, c'est parce que la part de la population qui utilise l'internet est encore trop faible, et que la part des utilisateurs d'internet qui se servent des réseaux sociaux est encore plus faible.
Cette constatation rejoint un vieux post de ce blog dans lequel nous soulignions la faiblesse des "câbles" permettant les transferts de communications. Les choses sont-elles vraiment différentes ?

vendredi 8 juin 2012

L'Egypte a t'elle un avenir démocratique proche ?

Les évènements se bousculent actuellement sur le sol égyptien: jugement de Moubarak et relaxe de certains des hommes de l'ancien régime, élections présidentielles dont le premier tour a sélectionné la candidat des Frères Musulmans et un ancien ministre de Moubarak prompt à retourner sa veste. En toute hypothèse, le candidat des Frères Musulmans devrait l'emporter les 16 et 17 juin prochain. Même si cela entraîne la fureur des militants "révolutionnaires" et "libéraux", cela n'est que normal.

Cela a été suffisamment dit et développé ici. La "révolution" égyptienne n'est pas une révolution populaire.

Hosni Moubarak lors de son procès
"Pourrions-nous considérer ces révolutions comme des mouvements populaires spontanés réunissant toutes les couches sociales de la nation. Au lieu de permettre l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle classe facilitant la domination d'un nouveau mode de production, ces mouvements viseraient à normaliser le système capitaliste. Sur le plan économique, cette normalisation consisterait à éliminer la figure du rentier, parasite et exploiteur. Sur le plan politique, elle tendrait à détruire les vestiges des partis uniques ou hégémoniques". (Renaissances arabes-M. Béchir Ayari, V. Geisser (p.20).

La démocratie réelle n'est pas le souci premier des jeunes. Celui-ci est d'obtenir un emploi et de pouvoir prendre part au gigantesque pique-nique que notre société étale quotidiennement sur les écrans et les magazines. Cette jeunesse connectée à Internet ne transformera pas en chemin ces révolutions vers la démocratie réelle. Tout d'abord, parce que la connexion à Internet est une vaste illusion. Sur quelques 84 millions d'habitants qu'abrite l'Egypte, combien disposent d'un outil permettant d'envoyer des SMS, de Twitter, d'échanger sur les réseaux sociaux, même si pratiquement 8 égyptiens sur 10 disposent d'un mobile ? Combien ont le moyens de se payer un abonnement, alors qu'ils sont chômeurs ? Cette illusion est entretenue par 2-3 blogueurs qui ont réussi à se faire leur pub auprès d'organes de presse européens ou US: ils iront jusqu'à publier des livres. Qui les lira en Egypte ???
"Croire que Facebook a fait naître les révolutions, c'est croire que les nuages font naître le vent". (Extrait du Magazine Là-Bas)

Depuis le début de la révolution égyptienne, les forces libérales ont accumulé les erreurs. Elles ont été incapables de s'entendre sur une plateforme constituante. Elles ont été incapables de s'entendre sur des candidats aux législatives et sur un candidat unique à la Présidentielle. Elles ont systématiquement traduit chaque évènement par un appel à la manifestation ou un appel au boycott des élections.
Elles sont allées jusqu'à dénoncer le rôle économique de l'armée, en appelant au boycott des produits qu'elle fabrique. Catastrophique erreur, car si l'armée produit des appareils ménagers, des engrais, de l'eau minérale et tant d'autres choses encore, c'est tout d'abord afin de faire vivre son million d'hommes sous le drapeau, leur femme et leurs enfants. Réussir un pareil boycott, c'est agresser l'armée dans ses besoins vitaux.
Au-delà de l'affirmation toute gratuite de l'existence d'un empire économique dans les mains des Forces Armées, personne jusqu'à présent n'a été capable d'en faire la démonstration. Il s'agit d'un empire bien fragile quand on sait que l'armée est ... la première cliente de ce qu'elle fabrique !

Et prenons garde à ne pas détruire l'armée, car c'est entre ses mains que se trouve la régulation du marché de deux marchandises subventionnées: la farine et le pain (aïch baladi).

Le résultat de toutes ces erreurs ne s'est fait pas attendre: les "révolutionnaires" sont coupés de la population, ce ne sont pas les manifs de la Place Tahrir qui doivent faire illusion. Il y a beaucoup d'anarchisme dans leur comportement. L'économie est dévastée, contrairement à ce qu'une réaction "capitalistique" aurait pu laisser espérer.

Y a t'il un espoir ? Très certainement, oui !!! Mais il ne viendra pas des leaders actuels, mais de quelques hommes politiques, cultivés, au fait des affrontements humains et de l'histoire. Ce seront ceux qui réussiront à construire une véritable opposition démocratique.
Il y faudra sans doute quelques années, mais le pays en vaut la peine ...

samedi 28 janvier 2012

Tunisie, Egypte, Libye ... et si on rangeait le romantisme ...

Même reporté en avril, le procès dressé au Directeur de Nessma TV pour avoir diffusé en octobre 2011 le (remarquable) film d'animation de Marjane Satrapi, "Persépolis", n'en reste pas moins le premier procès politique du nouveau gouvernement tunisien. Aux portes du tribunal s'affrontent les partisans de la liberté d’expression et les salafistes, porteurs d'un islam rigoureux et rigoriste. Les mêmes, d'ailleurs, organisent des grèves dans les universités tunisiennes afin que les étudiantes puissent porter le nikab en cours, y compris lors des examens.

En Egypte, les élections législatives ont consacré les partis islamistes en leur accordant 71% des sièges (47% pour les Frères Musulmans et 24% pour les Salafistes). Elles n'ont pas consacré la place des femmes dans la nouvelle société puisque celles-ci sont ... 12 dans un parlement de 498 membres ! Point n'a été besoin d'une loi comme en Libye, limitant la place des femmes à 10 % des élus à la Chambre.

En Libye, puisqu'il est question d'elle, c'est le nouveau gouvernement qui peine sérieusement à se mettre en place, travaillé qu'il est par les tensions entre tribus et régions et par les divisions, le manque de perspective. Et vous parle t-on de l'Armée de Libération de la Libye qui mène la "contre-révolution" et vient de reprendre Bani Walid ?

Parce qu'ils ont exclusivement axé leurs commentaires sur une vision romantique de la "révolution", les journalistes sont perdus et n'y comprennent plus grand-chose. Dans un récent éditorial, "Le Monde" va jusqu'à dire que les islamistes qui ont raflé la mise dans tous ces pays ont "pris le train en marche". Tel autre chroniqueur stigmatise ceux qui, dès le début, doutaient de l'avenir en les traitant de "je vous l'avais bien dit".

Et pourtant, les choses se sont bien passées comme il était prévisible qu'elles se passent.

Tout d'abord, parce que c'est faire injure aux groupements islamistes de les accuser d'avoir pris le train en marche. Ils sont dans l'opposition et le soutien aux populations depuis infiniment plus longtemps que les "révolutionnaires" de Facebook. En Egypte, comme en Tunisie, ils ont payé le prix de leur travail de fond par la prison, la confiscation de leurs biens, l'exil. Comment imaginer que les populations aidées et soutenues, quand bien même ce serait au prix d'un endoctrinement idéologique, se détourneraient de leurs bienfaiteurs, ceux qui leur donnaient à manger et qui leur apportaient une raison d'espérer ?
Ensuite, parce que les "révolutionnaires", comme on les appelle, ont commis plusieurs erreurs. En premier lieu, parce que leur révolte est avant tout revendicatrice de liberté individuelle et de droit à la consommation. S'ils permettent de communiquer rapidement et d'échanger des mots d'ordre, les réseaux sociaux ne sont pas adaptés à la réflexion idéologique. Ensuite, parce qu'ils se sont laissés prendre aux filets d'un radicalisme certain: pas d'organisation politique, priorité de fait à la jeunesse et, singulièrement, le jeunesse la plus favorisée, forte tendance à l'absolutisme, voire à l'anarchie. C'est ainsi qu'on en arrive à manifester quotidiennement contre les Forces Armées (SCAF) alors même qu'un processus électoral se déroule dans des conditions assez satisfaisantes et désigne un parlement légitime.

27/01/2012-Manif au Caire-(DR)

Tout laisse à penser que les Frères Musulmans ont passé depuis longtemps des accords avec les militaires (sinon, comment expliquer qu'ils déclaraient dès avril 2011 ne pas vouloir présenter de candidats dans toutes les circonscriptions législatives ?). Ne peut-on laisser le nouveau parlement faire ses preuves et contingenter, comme il est prévu, la place des Forces Armées ? Il est devenu d'actualité de dénoncer le rôle économique des dites Forces Armées. Effectivement, celles-ci, depuis les années Nasser, possèdent et animent une bonne part de l'économie égyptienne. Mis à part les licences de fabrication d’armements, les autres engagements sont plutôt anciens et "désuets": eau minérale, pâtes alimentaires, fabrication d'appareils ménagers, ... Il est assez improbable que cette "richesse" économique soit à l'origine du pouvoir de l'armée, lequel est beaucoup plus politique, fondé et appuyé sur des réseaux, constitué de gouvernorats et autre structures administratives. C'est cela que le nouveau parlement et le futur Président de la République (élection prévue en juin 2012) devront modifier.

A condition que les "révolutionnaires" et les "libéraux" leur en laisse le loisir et que, pendant ce temps, tout en restant vigilant, ils réfléchissent à l'extension et la popularisation de leur mouvement, à l'ouverture de celui-ci à toutes les catégories de la société, aux jeunes comme aux moins jeunes, aux femmes comme aux hommes, aux croyants comme aux laïcs, car, contrairement à ce qu'ils pensent, l'unanimisme pro-révolution ne s'est pas emparé de tout le pays: les récentes élections en sont la preuve. Il est temps de ranger le romantisme au rayon des accessoires de l'histoire et de se préoccuper du véritable avenir de ces pays.

lundi 2 janvier 2012

2012, des voeux, des résolutions

C'est une tradition, y compris sur ce blog où chaque nouvelle année a été saluée comme il se doit. 2012 ne devra pas faire exception, d'autant qu'il y a fort à parier que ce sera une année exceptionnelle, probablement pas une année triste ! Oh, ce n'est pas la "fin du monde", annoncée par quelques milliers d'hallucinés, qui nous préoccupe, mais bien peut-être la fin d'un monde.

Mais commençons nos résolutions par un petit retour en arrière. Le début de l'année dernière avait donné matière à aborder le sujet de Facebook et des réseaux sociaux. A l'occasion, l'engagement avait été pris de ne pas renoncer à ces échanges. Ils sont toujours chronophages, souvent totalement ridicules, vains ou insignifiants. Mais ils sont intéressants parce qu'ils reflètent tant de vies élémentaires, tout comme il existe des particules élémentaires et que ce sont elles qui constituent LA vie. Ces échanges sont bons également parce qu'ils permettent en toute simplicité, en toute facilité, de s'adresser à un "ami", à une "amie" d'Egypte, du Niger, du Mali, d'Europe, de Turquie, de n'importe où dans le monde pour lui demander un avis sur tel évènement, lui souhaiter bonne chance face à tel autre, ou compatir à sa peine ou sa douleur en présence d'une tragédie. On poursuivra donc nos échanges sur les réseaux sociaux. On les étendra même (pour répondre à des demandes) à Linkedin et à Viadeo. Ces deux-là ne savent pas trop ce qu'est un retraité, ils ne cherchent qu'à s'adresser à des actifs, mais tant pis, on fera avec !

Autre retour en arrière, mais moins loin; fin avril 2011 lorsqu'à été prise la décision de quitter la plateforme de blogs du "Monde". Rien à regretter de ce coté-là, bien au contraire ! Pour deux raisons. La première est qu'il était, et qu'il reste encore, bien difficile de vivre en quotidienneté avec le Monde.fr. Certes, il gagne des lecteurs, grand bien lui fasse ! Mais il perd en réflexion, en profondeur, en analyse. L'immédiateté et la spontanéité des commentaires qui s'alignent après chaque article témoignent de ce vide analytique. Il suffit que le sujet soit quelque peu scabreux, ou qu'il mette en cause une personnalité pas toujours de droite d'ailleurs, ou qu'il traite des climatosceptiques, ou qu'il se rattache à une superficialité "people", pour qu'il y ait foule dans les commentaires. A l'inverse, si l'article concerne l’avenir de tel ou tel pays africain ou les négociations du Cycle de Doha, alors-là, personne ... Contentons-nous de la lecture quotidienne du journal papier.

Ceci pour l'ambiance. Et pour la seconde raison, il se confirme que la visibilité des blogs du Monde est loin d'être idéale. La preuve en est que ce blog a été transféré sur la plateforme de Gandi à partir du 1er mai 2011. Alors qu'en quatre ans d'existence sur lemonde.fr, il n'avait su recevoir que 42300 visites uniques, il a déjà largement doublé ce rythme sur Gandi. Et, curieusement, le post le plus lu est celui qui concerne ... le départ de la plateforme du monde.fr !

Alors 2012 ? Oui, ce ne sera pas une année triste, compte tenu de tout ce qui s'est passé en 2011.
Et tout d'abord l'Europe qui s'agite avec frénésie dans ses douleurs financières et qui voit monter les tendances isolationnistes, protectionnistes, xénophobes les plus dangereuses. Là encore, gare à l'anti-sarkozysme primaire qui ne fait du bien qu'à l'extrême-droite. Seule la confrontation "idées contre idées", et demain "programme contre programme", permettra une avancée démocratique. A l'inverse, tout ce qui a trait au comportement, aux bassesses des uns et des autres, aux démonstrations douteuses, aux rumeurs fantaisistes et non validées, tout cela ne profite qu'à ceux qui prétendent faussement pouvoir nettoyer les écuries d'Augias et mettre en place un ordre nouveau.
En Europe ? Défendre contre vents et marées le droit à l'expression politique des peuples qui la composent. Aucune "urgence" ne justifie que soient imposées des mesures draconiennes à des populations sans qu'elles aient pu exprimer leur point de vue. Si les méthodes autoritaires des dirigeants européens sont mises en œuvre, c'est bien parce que ceux-ci (les dirigeants) ont peur des réactions de rejet de leurs peuples. Et s'ils ont peur, c'est bien parce que le débat démocratique est totalement inexistant et que toute consultation ne se traduira que par un rejet radical.
Et pourtant, il faudra bien changer de méthode. Les décisions autoritaires ne conduisent pas vers un épanouissement de l'Europe, d'une Europe dont nous avons impérativement besoin. Sans l'Europe, il n'est aucune garantie d'un maintien de la paix au cours des années, des décennies à venir. Sans l'Europe, que serait encore aujourd'hui la situation dans les Balkans, où en serions-nous des affrontements entre Serbes, Croates, Monténégrins, Albanais ..? Sans l'Europe, où en serions-nous aujourd'hui du douloureux problème des Roms et des autres peuples nomades et comment Hongrie et Roumanie se débattraient-elles pour le résoudre ? Et encore, sans l'Europe, où en serions-nous aujourd'hui du conflit gréco-turc ou turco-grec à propos de Chypre ? Trois exemples seulement du bien-fondé de l'idée européenne.

Ensuite, le développement et surtout quel développement. Dans son dernier bulletin de 2011 (28/12), Herve Kempf a publié dans Le Monde une réflexion à propos de la Chine. Il y souligne (la belle évidence !) que le développement et la croissance de cette partie du Monde entraînent de plus en plus de dégâts sur l'ensemble de la planète. Pour répondre aux besoins de l'industrie chinoise, et aux besoins de ses populations, la Chine utilise l'espace écologique de l'Amérique Latine, de l'Afrique, de l’Indonésie. Et d'en conclure que les écologistes attendent avec soulagement le ralentissement de l'économie chinoise, son "effondrement", dirait Paul Krugman. Faut-il seulement y croire ? Un milliard quatre cents millions d'habitants, une classe moyenne qui grandit et qui se montre avide de consommer, une politique qui tend à faire de la monnaie chinoise une monnaie internationale, un protectionnisme grandissant aux frontières ... ralentissement ou pas, les atouts sont là pour une croissance longue.
Pour illustrer cette croissance, HK cite le fait que la Chine a probablement acheté 10 millions d'automobiles en 2010. Ce chiffre est insignifiant (et faux: 14 millions !) en valeur absolue, tant l'équipement en automobiles peut espérer une croissance faramineuse. En Europe et aux Etats-Unis, il y a de 500 à 600 voitures pour mille habitants. En Chine, il n'y en a pas ...30. Les constructeurs réunis parient sur un passage de 20 millions de véhicules en 2002, à 200 millions de véhicules en 2020, ce qui fera plus que doubler le parc actuel.
Est-il donc normal de reprocher à la Chine de vouloir "reproduire le comportement de l'Occident" ? Est-ce une attitude politique constructive que d'"espérer son effondrement" ? Au nom de quelle sauvegarde environnementale aurions-nous le droit d'interdire à la Chine de s'équiper en automobiles ? N'aurions-nous pas avantage à participer à ce challenge en mettant en avant de nouveaux concepts ? Par exemple ceux de la voiture électrique, du transport en commun électrique, du petit véhicule collectif électrique ?
Ce n'est pourtant pas ce que font nos constructeurs, lesquels attendent de généreuses subventions pour développer des véhicules existants: DS ou Pulse, ou de nouveaux petits véhicules individuels et low-cost.
En 2012, il faudra bien reparler d'une alternative à notre croissance impossible à soutenir dans sa nature actuelle. Et faire des propositions réalistes ... le débat électoral y parviendra t-il ?

Voeux 2012 (C)JB

Enfin l'Afrique. Laissée sur le bas-coté du développement par une Europe exploiteuse, la voilà qui succombe aux charmes des accords bilatéraux avec la Chine et qui sacrifie ses terres et ses biens. Ce n'est pas à nous de donner des leçons, là aussi, mais rien n'interdit d'aider, d'expliquer, de comprendre, d'aimer les femmes et les hommes de ce continent. Le nord (Maghreb et Proche-Orient africain) a levé beaucoup d'espérances au cours de l'année passée. Elles ne seront probablement pas toutes satisfaites, car la révolution ne se fait pas (ne se fait plus ?) en un jour. Seule, la presse sacrifie au romantisme à longueur de colonnes (texte et photos) et, en réalité, s'aveugle et aveugle son lecteur sur les vrais enjeux. La Démocratie ne nait pas spontanément et, quand elle naît, l'accouchement est souvent difficile. En 1788, les Grenoblois des classes moyennes, lors de la "Journée des Tuiles", s'offusquaient des impôts trop élevés, s'indignaient des dépenses somptuaires de la Cour et réclamaient des aides économiques. Ce n'est pas parce que cela a débouché sur une révolution et un changement de régime que la recette est infaillible !
Ce blog s'est (très souvent) exprimé à ce sujet; il continuera en ce sens avec lucidité et confiance.

A toutes, à tous, bonne année 2012, que ce soit une année de beaucoup de paix, de justice et d'équité, de bonheur et d'échanges.

mardi 29 novembre 2011

L'Egypte, la femme ...

Ce sont deux évènements distincts, apparemment totalement antinomiques, et pourtant quelque chose de fondamental les relie l'un à l'autre.

Caroline Sinz, reporter à France 3, a été agressée et violée par un groupe de jeunes et d'hommes adultes alors qu'elle effectuait son travail de journaliste aux abords de la Place Tahrir. D'autres femmes journalistes ont déjà été agressées, sans doute parce qu'elles sont davantage exposées dans la rue. L'une d'entre elles, journaliste américano-égyptienne l'a été par la police elle-même. Quoi qu'en disent certains commentateurs, la police n'est pas en cause, ni directement, ni indirectement, dans le cas de Caroline Sinz. Malheureusement, et elle le dit elle-même, ce genre d'agressions relève d'une pratique courante en Egypte. Chaque évènement populaire, entraînant à la déambulation de foules importantes dans les rues, comme, par exemple, la fête de Sham el Nessim, donne lieu à de telles agressions. Nous avons pu voir sur la Corniche d'Alexandrie, des gamins à peine pubères agresser des jeunes filles en se précipitant à pleines mains sur leurs seins. Caroline Sinz le déclare elle-même: "il existe une énorme frustration chez les hommes égyptiens, et beaucoup d'autres femmes égyptiennes vivent la même chose que ce que j'ai vécu".

Aliaa Magda Elmahdy, blogueuse, s'est mise en ligne, nue. Le compteur de visites de son blog commence à ralentir et à perdre de son affolement, mais ce sont plus de 4,5 millions de visites qu'elle a reçues à ce jour. Plus de 5000 commentaires lui ont été adressés. Aliaa prend un risque énorme, voire mortel, en s'exposant ainsi. Les avis sont partagés sur le bien-fondé de sa démarche qu'elle illustre en une seule phrase: "Notre corps est à nous, personne ne peut s'en saisir arbitrairement, respectez ma liberté d'expression". Par son courage, elle témoigne ainsi du mépris et de la violence quotidienne qui sont faits aux femmes d'Egypte. Aliaa est l'amie de Kareem Amer, ce blogueur emprisonné pendant près de quatre ans entre 2007 et 2010, et dont nous avons parlé ici (voir ce tag). Dans son blog, il dénonçait les discriminations dont étaient victimes les femmes égyptiennes et les crimes qu'elles subissaient quotidiennement.

Hommage à Aliaa (C)Tony Marc

C'est ainsi que Caroline Sinz et Aliaa Magda Elmahdy ont quelque chose de fondamental qui les relie: la lutte pour leur dignité, la lutte pour le respect qui leur est dû.

Driss Ksikes est critique littéraire, dramaturge et rédacteur en chef de la revue marocaine "Tel quel". Dans Le Monde du 26/11/2011, il a écrit un billet intitulé: "Il faut que le "printemps arabe" retrouve d'urgence un second souffle". "... Il est donc clair que le renversement des autocraties politiques n'est pas une fin en soi et qu'il exige un second souffle, plus long, plus patient, capable de s'attaquer aux autocraties culturelles et religieuses. Celles-ci sont capables de se régénérer et surtout susceptibles de relégitimer autrement les autocraties politiques. Normal, elles en sont le foyer initial, si vivant depuis la mise à mort de la liberté d'interprétation des canons sacrés (al-ijtihad) dans le monde "arabo-islamique".

Bien avant le printemps égyptien, Kareem Amer s'attaquait déjà aux autocraties culturelles ... Aliaa, aujourd'hui, le suit.

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