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Tag - Senegal

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lundi 22 octobre 2012

Bruits de bottes à Bamako et à Paris

Au classement mondial des pays selon leur PIB, le Mali intervient au 207° rang sur 227 pays cités, avec un revenu moyen par habitant de 1200 $ par an (estimation 2010).
Au classement mondial des pays selon la santé de leurs populations et les équipements de soins, le Mali se positionne au 163° rang sur 191 pays cités (OMS 2012).
Au classement mondial des pays selon leur Indice de Développement Humain, le Mali émarge à la 175° place sur 187 pays cités (IDH classement 2011).
Au classement mondial des pays selon la Perception de la corruption, le Mali se place au 116° rang sur 178 pays nommés, tout juste après le Sénégal récemment "honoré" (105°) et bien avant la Côte d'Ivoire (146°) (Transparency International 2010).
Il ne nous sera pas possible de vous donner le rang du Mali en ce qui concerne le taux d'alphabétisation des adultes ou l'Index de Performance Environnementale: le pays n’apparaît pas (ou plus) dans ces classements.

Il serait sans doute facile, et peut-être un peu faux et injuste, de n'incriminer que l'ancien colonisateur dans ce maigre bilan. Il n'empêche que plus de cinquante ans après l'émancipation du pays, après cinquante ans de Françafrique, le résultat est là: le Mali, même si on a pu, avec un peu d’exagération, le présenter comme un modèle de démocratie africaine, n'est qu'un pays pauvre, très pauvre.

C'est pourtant dans ce pays que François Hollande, à peine sèche l'encre de son "Discours de Dakar", se propose d'intervenir pour chasser les islamistes qui en occupent le Nord. Oh, pas directement, ni de façon trop visible (au moins dans un premier temps), mais en "soutien" d'une coalition d'armées africaines et, peut-être, algérienne. Est-ce là la première application des "nouvelles relations" que le Président français a défendues le 12 octobre ?
La vision de la France sur l'Afrique, singulièrement les anciennes Afriques Occidentale et Equatoriale (AEF et AOF), n'a pas changé. Il y a là un pré carré à défendre, des intérêts à protéger, des richesses à exploiter, un développement à mettre en place ... Hollande marche dans les pas de Sarkozy, qui marchait dans les pas de Chirac, qui marchait dans les pas de Mitterrand, qui marchait ...
Quant aux USA, soyons clairs, depuis 2009, ils ont choisi d'activer leur présence en Afrique Sub-saharienne (AFRICOM). La France et l'Europe, les Etats-Unis, ne vont pas au Mali pour y défendre un pays éclaté, ils y vont pour défendre des intérêts économiques et logistiques.

Comme dans le cas de la Libye, toutes ces forces nous tiennent le discours de la démocratie, de la lutte contre le terrorisme islamique ou de la reconstruction du Mali actuellement divisé en deux.
"Le Monde", ce soir, dans un éditorial d'une rare indigence, part de nouveau en guerre, avec la même précipitation, avec la même hâte que pour la Libye. Ses arguments sont simplistes: le Mali est la victime de l'islamo-gangstérisme: drogue, contrebande, proxénétisme et enlèvements au nom de l'islam ... Accessoirement, la guerre inévitable et souhaitée aura également pour but de rétablir l'intégrité territoriale du pays.
L'éditorial en question débute par une affirmation totalement mensongère: "Toute tentative de négociations a échoué avec ces groupes". Or, autant qu'on le sache, des discussions avaient encore lieu à Bamako voici 72 heures, en particulier avec Romano Prodi, l'envoyé spécial du Premier Secrétaire de l'ONU. Et la même ONU a donné un délai de 45 jours afin de laisser une chance à la négociation et de permettre aux états africains de formuler clairement les modalités de leur intervention. Mais non, "Le Monde" pousse à la roue de façon à ce que l'engagement ait lieu avant même que les réponses aux négociateurs aient eu le temps d'être formulées. Comme lors de l'action en Libye, "Le Monde" se comporte comme un va-t'en-guerre.

Il n'est pas question ici de minimiser les risques que comporte cette situation au Nord-Mali. Mais n'est-t-il pas curieux d'apprendre, le même jour, que "des centaines de djihadistes arriveraient par le Nord", une information inlassablement répétée dans tous les médias, histoire de créer un peu de panique et d'activer le mouvement, et que "les rebelles, inquiets d'un déploiement de forces imminent, déserteraient en masse" ? Manipulation de l'information, quand tu nous tiens ...

Depuis le coup d'état du 22 mars, depuis la "déclaration d'indépendance" du MNLA, depuis la neutralisation de celui-ci par des troupes islamistes ayant fait plus ou moins allégeance à Al Qaïda, le Nord Mali vit dans la peur et sous le joug d'une nouvelle "culture": fermeture des écoles au bénéfice des écoles coraniques, , interdiction du tabac, des loteries, des chants, des danses, des vêtements lumineux, ... femmes et enfants sont les victimes de ce système digne des talibans. A ceci, vient s'ajouter une "législation" intransigeante: lapidations, mutilations, ...
Pourtant, il y a des résistances. Des jeunes ont déjà eu l'audace de manifester contre cet ordre islamique. Des femmes disent vouloir porter les vêtements de leur libre choix, quitte à mourir mais à ne pas accepter la charia ....
Les touaregs du MNLA se déclarent disposer à renoncer à une revendication immédiate de l'indépendance, alors qu'ils n'ont jamais été écoutés par le pouvoir central de Bamako.

Ville de Gao-10 septembre 2012 (C)Reuters

Une négociation ne consiste pas à donner raison à l'inacceptable, elle consiste à faire savoir aux forces en présence que l'intervention sera inévitable si les positions restent inchangées. Elle consiste à soutenir les hésitants, à offrir des garanties à ceux qui se sépareraient des fanatiques, à promettre aux Touaregs, avec une garantie internationale, que le développement de leur "pays" sera enfin pris en compte, à exercer une présence physique importante, à susciter des divisions ... or en parlant de groupes mafieux, ou d'islamo-gangstérisme, on s'interdit toute négociation. Mais là est peut-être le but recherché.

Toujours est-il que "Le Monde" achève son éditorial par une sentence pleine d'un cynique mépris à l'égard des Maliens: "Restent les Maliens, divisés par de petites querelles intérieures. Le moins qu'ils puissent faire est de manifester leur unité".
Les Maliens ne sont pas divisés par "de petites querelles": les Maliens vivent la catastrophe d'un pays démantelé et non gouverné (ou si peu) et redoutent le drame d'un conflit qui ne solutionnera rien et créera de nouvelles tensions (et guerres) entre africains et touaregs, entre africains et arabes, entre "noirs" et "blancs" ....

Ce n'est qu'un point de vue, à lire, pour compléter ce post: celui d'un journaliste camerounais, opérant dans Slate Afrique, Théophile Kouamouo.



Ajout du 24 octobre 2012
Comme prévisible, le MLNA dément formellement l'arrivée massive de combattants djihadistes dans le Nord-Mali ! Comme en Tunisie, comme en Egypte, comme en Syrie, il faudra que la presse occidentale y regarde à deux fois avant de publier des informations en provenance des islamistes radicaux !!

vendredi 16 septembre 2011

Le discours de Dakar, le discours de Benghazi

Lors du premier débat entre les candidats des primaires socialistes, Martine Aubry s'est livrée à une rapide citation des discours de Sarkozy afin d'illustrer la nature de sa politique. Elle a ainsi fait référence à deux discours qui n'ont strictement rien à voir l'un avec l'autre: le discours de Dakar et le discours de Grenoble. Le discours de Grenoble, un discours de stigmatisation, de ségrégation, d'exclusion, notamment à l'égard des Roms, n'est pas de notre propos, ici et aujourd'hui;

Par contre, le discours de Dakar mérite quelques commentaires et il y a longtemps que nous souhaitons le faire sur ce blog. En effet, ce discours est devenu un incontournable, une icône de la critique envers Sarkozy, un leit-motiv du TSS. Or, ce discours ne mérite paradoxalement, ni autant de mépris et d'insultes, mais ni éloges particuliers. Pour s'en rendre compte, encore faut-il le lire au préalable et faire un petit effort de compréhension et d'analyse. ce qui n'est assurément pas le cas, ni de Martine Aubry, ni de François Hollande qui, à La Rochelle, le rattachait à la francophonie, ni de Ségolène qui, à son propos, a demandé pardon (!), ni de ceux qui le référencient sous DailyMotion (ou autres serveurs de vidéos) comme "discours raciste" en en retenant qu'une infime portion ...

Prononcé le 26 juillet 2007 à l'Université de Dakar, ce texte a été écrit par Henri Guaino. S'il a suscité immédiatement des réactions contrastées et parfois très vives en Afrique, il a fallu attendre plusieurs mois (en fait octobre 2007) pour qu'en France il fasse l'objet d'un débat public. Car c'est BHL qui a qualifié son auteur de "raciste", en prenant bien soin de distinguer l'auteur (raciste) de l'orateur (pas raciste !). Il est des distinctions qui sont particulièrement subtiles, mais bien utiles pour l'avenir de celui qui rêve d'être Grand Vizir !

Alors le racisme ? Toute une première partie (28% du texte !) est consacrée à une dénonciation de la traite des noirs, de l'esclavage, puis du colonialisme. Jamais aucun Président, ni de Gaule, ni Mitterand, ni Pompidou, Giscard, Chirac, ni aucun ministre, fut-il Premier, n'a prononcé de pareilles phrases. Et même s'il s'y trouve un refus explicite de la repentance, nous ne sommes pas loin de la demande de pardon.

... le passé ne s'efface pas ..
il y a eu des fautes, il y a eu des crimes ...
il y a eu la traite, il y a eu l’esclavage ...
les européens sont venus en conquérants, ils ont pris la terre de vos ancêtres.
ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes ...
ils ont dit à vos pères ce qu'ils devaient penser, ce qu'ils devaient croire, ce qu'ils devaient faire ...
ils ont eu tort.
le colonisateur est venu, il a pris, il s'est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas.
il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail ...

Même les dix lignes qui suivent alors et qui se veulent inscrites dans la vision que le colonialisme n'a pas été que mauvais, même ces dix lignes sont reconnaissance de faute.

... il y avait parmi eux des hommes de bonne volonté, qui croyaient faire le bien ...
ils se trompaient ...
ils croyaient donner la liberté, ils créaient l'aliénation ...
ils croyaient briser les chaînes de l'obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante ...
ils croyaient donner l'amour sans voir qu'ils semaient la révolte et la haine ...
la colonisation fut une grande faute.

Cette déclaration est alors suivie d'un appel à la jeunesse à qui il est dit que c'est en puisant dans les valeurs de la civilisation africaine que vous serez tirés vers le haut, car ces valeurs sont un antidote au matérialisme et à l'individualisme. Ce passage revêt une grande importance: il se situe juste avant le "virage" du discours, cette fameuse phrase tellement souvent sortie de son contexte, voire interprétée totalement à contresens: le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Les mots qui précédaient montrent bien qu'il ne s'agit pas de dire que l'homme africain ne serait pas entré dans l'histoire, ou que l'homme africain n'aurait pas d'histoire. Non, le texte dit que jamais l'homme ne s'élance vers son avenir.

Et se développe alors une consternante seconde partie, aussi longue que la dénonciation des méfaits de l'homme blanc. Une seconde partie dans laquelle est décrite sur un ton paternaliste, condescendant et docte une culture noire faite d'une croyance en un éternel recommencement, où il n'y a pas d'idée de progrès et dans laquelle la nature commande tout. L'homme y est immobile au milieu d'un ordre immuable, il ressasse et répète ses regrets d'un âge d'or qui n'a jamais existé et il n'arrive pas à se libérer de ses mythes.

Après une référence à Léopold Senghor, qui adressait des poèmes en français à toute l'Afrique, le discours lance un appel à une Renaissance africaine qui débarrassera l'Afrique des mythes qui voilent sa face.

Et cette Renaissance, je vous la propose. Tel est le thème de la dernière partie de ce discours (là-aussi, une petite trentaine de %). Ce que veut l'Afrique est ce que veut la France; la coopération, l'association, le partenariat, l'immigration négociée, l'unité africaine, l'Eurafrique ...

A ce niveau du discours, y a t-il sincèrement quelque chose de nouveau ? Probablement pas. Il s'agit toujours de cette volonté française de garder coûte que coûte le pré-carré africain, en s'assurant d'obtenir une part conséquente des matières premières, une part conséquente des marchés de développement de ce continent, une part conséquente de soumission ou de vassalité politique à l'égard de la vieille métropole, dans toutes les cours et les tribunes internationales où cela est utile.

Alors raciste ? Non. Mais néo-colonialiste, oui. Et ne mélangeons pas colonialisme et racisme, car même si le second a souvent accompagné le premier, il n'en est pas l'essence.

Considérer ce discours comme "le discours raciste de Sarkozy", c'est faire une grossière erreur, une faute. C'est se priver de toute possibilité de critique élaborée, car quand on a dit raciste on a tout dit. Et dans le cas présent on n'a rien dit des relations entre la France et l'Afrique.

Discours de Benghazi (DR)

Un autre exemple ? La récente "libération" de la Libye a donné lieu à un vibrant discours de Sarkozy auprès des habitants de Benghazi. Très paradoxalement, les commentateurs et analystes français, les ténors politiques et en particulier ceux du PS, ont salué ce discours tout comme ils avaient tous globalement salué l'action guerrière de la France dans ce pays. Le voici: « Jeunes de Benghazi, jeunes de Libye, jeunes Arabes, la France veut vous dire son amitié et son soutien. Vous avez voulu, vous avez voulu la paix, vous avez voulu la liberté, vous voulez le progrès économique. La France, la Grande-Bretagne, l’Europe seront toujours aux côtés du peuple libyen. Mais, amis de Benghazi, nous vous demandons une chose, nous croyons dans la Libye unie, pas dans la Libye divisée. Peuple de Libye, vous avez démontré votre courage. Aujourd’hui, vous devez démontrer un nouveau courage, celui du pardon et celui de la réconciliation. Vive Benghazi, vive la Libye, vive l’amitié entre la France et la Libye »

Bien qu'il ne comporte que quelques lignes, n'y retrouve t-on pas la même construction ? L'appel aux jeunes, la leçon toute de paternalisme et de condescendance, et l'appel subliminal à la coopération économique ?

samedi 5 février 2011

Forum Social Mondial

A partir d’aujourd’hui et pour quelques jours, le Forum Social Mondial est rassemblé à Dakar. 10 ans après sa naissance (2001), ce mouvement alternatif (altermondialiste) traverse une mauvaise passe. Ce n’est pas la présence d’une forte délégation de socialistes européens et d’une forte délégation de socialistes français qui y changera quelque chose (Ségolène, Martine, …), bien au contraire puisqu’il s’agit là d’une “récupération” social-démocrate du “contre-Davos”.

Depuis quelques temps déjà, mais principalement à l’approche du sommet de Dakar, de nombreuses critiques émergent. certains lui reprochent son incapacité, sa prolifération d’idées, de propositions et de motions et ses divisions: à chaque participant, sa recette pour changer le monde. D’autres soulignent un embourgeoisement, les délégations choisissant des hébergements 4 ou 5 étoiles, ou une “absorption par le capitalisme” dans la mesure où de grandes entreprises comme Ford ou Petrobras aident à son financement.

La principale cause de cette perte d’efficacité tient sans doute à une erreur de jugement des altermondialistes. ceux-ci ont cru (croient encore pour certains …) que les pays en développement étaient porteurs d’une alternative radicale au capitalisme et qu’une nouvelle société plus solidaire, plus égalitaire et moins soucieuse de réussite sociale et financière pouvait se dessiner.

Forum Social Mondial (DR)

Il n’en est rien. L’évolution de l’Inde, de la Chine et même du Brésil, qui poursuit une politique sociale-libérale, le démontre. L’objectif de tous ces pays est de gagner des parts dans la compétition mondiale. Le Brésil, certes, fait cela “bien” puisqu’il cherche à intégrer toute sa population, à commencer par les plus pauvres, dans son économie.C’est une incontestable démarche positive, mais ce n’est pas là ce qu’attendaient les altermondialistes qui pensent “décroissance” et “développement local”. Les très récents mouvements de révolte du Maghreb ou du Proche-Orient (qui seront récupérés dans les discours de Dakar) ne changent rien à ce constat: les jeunes, majoritaires, qui les animent et les conduisent, sont avant tout désireux d’accéder à la liberté (d’expression, sociale, économique, culturelle, …) que la vitrine occidentale leur offre quotidiennement.

Désireux de se ressaisir, certains militants cherchent d’autres alternatives. Hugo Chavez et sa proposition de “V° Internationale” en sont une !!!

D’autres ont recours aux vieilles méthodes de mobilisation et lancent d’ores et déjà un appel à “perturber” la tenue des sommets des G8 et G20 en France. Il s’agit là d’un plus petit commun multiple, mais il ne fera pas illusion, d’autant plus que le FSM lui-même fait l’objet de contestations et d’appels …. à le perturber !