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vendredi 23 août 2013

Egypte, les analyses d'Azmi Bishara

Azmi Bishara est un homme politique. Il est l'actuel Directeur Général de l'Arab Center for Research and Policy Studies, à Doha, au Qatar.
C'est un homme complexe. Palestinien d'origine chrétienne, il a été membre de la Knesset en Israël. Un Parlement dont il a été banni.
Wikipedia fournit une note biographique acceptable dans sa version anglaise (la version française est famélique !).

Azmi Bishara écrit beaucoup. Il tient plusieurs blogs et une page Facebook en arabe et en anglais
Nous avons traduit certains de ses récents commentaires en français. Sans revenir sur le calendrier des évènements égyptiens, nous vous les livrons ci-après, avec mention de la date d'écriture.


Azmi Bishara (DR)

Réflexions sur le dilemme présent en Egypte

Ecrit le 4 juillet 2013

1) Les Frères Musulmans n'ont pas compris la nature de la phase transitoire. Ils n'ont pas saisi que la question n'était pas de savoir qui était le plus fort pour avoir le droit de diriger le pays, mais comment tout groupe impliqué pouvait assumer son devoir et sa responsabilité dans la gestion de l'Egypte. Ce devoir partagé de gouverner signifiait qu'ils auraient pris part à toutes les composantes de l'administration du pays. Ils n'auraient pas dû tomber dans le piège du monopole, et porter de ce fait le blâme pour leurs échecs et difficultés. Au lieu de refuser la participation aux factions politiques qui les ont soutenus pendant le deuxième tour des élections présidentielles, la Confrérie aurait dû insister sur la participation de ces groupes pendant la phase transitoire dès le début . Le rejet des généraux Tantawi et Annan (des SCAF) a fourni aux Frères Musulmans un moment de conviction dont elle avait bien besoin pour amener les autres à ses cotés. Au lieu de cela, les Frères Musulmans ont annoncé la Déclaration constitutionnelle (en Novembre 2012), et avec elle, une grande partie de la crédibilité gagnée par Morsi a été perdue. Le résultat final a été que d'autres groupes ont commencé à éviter de participer à la phase de transition. Déjouer les tentatives des Frères Musulmans à la gouvernance est devenue leur nouvel objectif. La situation leur a donné toutes les justifications pour le faire.

2) Les adversaires des Frères Musulmans n'ont pas réalisé que c'était des institutions dominées par l'ancien régime ; les médias, le système judiciaire et d'autres organismes d'État, qui étaient les principaux obstacles à l'œuvre du Président.

3) Dans le même temps, les Frères Musulmans n'ont pas saisi qu'il fallait s'allier avec d'autres forces révolutionnaires dans le but de faire face aux vestiges de l'ancien régime qui est resté ancrée dans l'État. Ces autres forces, qui ont exclu d'assumer toute responsabilité, sont venues soutenir les restes du régime de Moubarak, comme le Procureur Général, au motif que les mesures prises contre eux n'étaient pas juridiquement valables. Pourtant, par des actions «révolutionnaires» et «extra-légales», ou un changement de la loi, il aurait été possible d'éliminer ces personnes. Les Frères Musulmans, invités à prendre ces mesures révolutionnaires, sont restés attachés aux formalités alors que d'autres voulaient se joindre à eux. Pourtant, ils ont aussi violé quelques formalités lorsque celles-ci se tenaient sur le chemin de leurs objectifs !

4) Les restes du régime de Moubarak ont saisi leur chance et déployé leur agitation contre le président élu dans un climat de récriminations contre les Frères Musulmans par d'autres factions révolutionnaires.

5) La déposition d'un président élu, de cette manière, grâce à une intervention militaire, présente le risque d'une spirale d'événements qui peuvent compliquer une transition démocratique. Une autre série de dangers provient des conclusions possibles que les islamistes pourraient tirer de la politique électorale, étant donné qu'ils ont été exclus de ce qui avait été pour eux une expérience importante. Vont-ils suivre l'exemple de l'AKP en Turquie, devenant de plus en plus démocratiques après chaque acte de répression militaire ? Ou vont-ils réagir plutôt contre toute forme de participation démocratique ? Ces questions sont au cœur de l'expérience démocratique et de son avenir, ainsi que du comportement de larges pans de la population à son égard. Elles doivent être posées par toutes les personnes responsables, et ne sont pas à prendre à la légère.

6) Une autre problématique, c'est quand de vastes courants des mouvements révolutionnaires défendent un système judiciaire qui émet constamment des décisions en faveur de l'ancien régime, au lieu d'exiger que cette justice soit réformée.

7) La pierre d'achoppement des Frères Musulmans a été sa partialité qui est en fait plus extrême que leur religiosité. Ceci les a empêchés de permettre aux intérêts de la nation et de la société de remplacer ceux du Parti. Le fait qu'ils n'ont pas vu que les restes de l'ancien régime ont exploité ceci à des fins contre-révolutionnaires est un problème.

8) Une autre questionnement est le silence qui a fait face au discours absurde des médias de l'ancien régime, riche en mensonges et en mythes. L'agitation injustifiée contre les Palestiniens n'est pas sans rappeler la façon dont le régime de Moubarak s'est comporté pendant la guerre 2008/2009 sur Gaza.

9) Les révolutionnaires démocratiques doivent maintenant tracer un chemin à travers l'ensemble de ces problèmes et les défis qu'ils soulèvent, ils ne peuvent pas stagner lorsque vient le temps de faire la distinction entre ce qu'on peut appeler "la révolution dans la révolution", sur la voie de la démocratie, et une contre-révolution.

10) La déposition d'un président élu est maintenant un point discutable: avec un gouvernement d'union nationale, la date des élections présidentielles et parlementaires peut être reportée. L'acte de s'entendre sur des élections anticipées est lui-même une procédure fondamentalement démocratique. Le point important à ce stade est de savoir comment la volonté d'une grande et importante partie de la population a remplacé une autre avec force, et l'a brisée. Le désir d'une forte rupture d'une partie de la population conduira à un schisme social profond, ce qui posera un défi à la transition démocratique. Les bénéficiaires en seront les ennemis habituels de la démocratie.

11) Le chemin vers la démocratie est long, il ne peut être décidé en l'espace de deux jours. Il n'est pas nécessaire de se précipiter sur les barricades. La chose importante est que la génération de la révolution du 25 Janvier reste sur la bonne voie. Cette génération détient la clé de la démocratie, l'avenir arabe de l'Egypte, et non la vieille garde qui vit aux crochet des efforts de la jeunesse et se chamaille sur le butin.


Un retour au tunnel

Ecrit le 8 juillet 2013

1) Il y a un problème structurel derrière les événements actuellement en cours en Egypte. Ce problème a ses racines dans la faiblesse, simultanément, des institutions de la société civile et du corps politique qui, autrement, serait en mesure de mener un débat rationnel sur l'avenir du pays. Cela signifie également que libre cours a été laissé aux actions de rue spontanées. Une deuxième facette est la faiblesse de l'appareil civil de l'Etat, contrairement aux services de sécurité, qu'il s'agisse des forces de police et auxiliaire ou des Forces de la défense nationale.

2) L'influence de la révolution sur le rouleau compresseur de l'appareil d'Etat de l'Egypte a été limitée aux seuls individus qui pouvaient être affectés sentimentalement ou en termes de morale. En conséquence, ce mastodonte n'a respecté aucune des mesures de réforme révolutionnaires. L'unité de tout le spectre révolutionnaire aurait été le seul moyen pour que ces mesures soient imposées à l'Etat. Pourtant, cette unité ne s'est jamais matérialisée. Les forces au sein de la révolution ont préféré submerger l'autre de récriminations à l'encontre des actions perpétrées par la vieille garde au sein de l'Etat.

3) Les personnes qui ont ouvert le feu sur des manifestants au cours des deux derniers jours en Egypte sont les mêmes personnes qui ont ouvert le feu sur un groupe de manifestants à Maspero, et Mohammad Mahmoud Street. Au cours de ces incidents antérieurs, la Confrérie a gardé le silence, en concentrant toute son énergie sur les élections législatives. Aujourd'hui, ce sont les adversaires de la Confrérie qui s'entendent dans le silence. Dans les deux cas, ceux qui ont ouvert le feu jouissent de l'impunité, que ce soit les forces de police ou de l'armée. L'une ou l'autre de ces institutions a-t-elle fait l'objet d'une quelconque réforme en termes de structure interne, morale ou idéologique depuis la révolution de 2011?

4) Comme si cela ne suffisait pas, les victimes des tirs antérieurs de la police sont maintenant alliés avec les services de sécurité contre les nouvelles victimes. Chaque fois que cela se produit, la responsabilité est davantage attribuée aux complices silencieux qu'aux auteurs effectifs.

5) Certaines (pour ne pas dire la totalité) des forces laïques en Égypte ont seulement respecté superficiellement la démocratie et les principes de la démocratie. Certaines ont encore beaucoup à faire. Tout comme de nombreux groupes religieux, elles n'ont pas encore vraiment intériorisé le respect de la démocratie et de ses principes fondateurs. Nous avons vu comment ces groupes laïques aspirent à un régime militaire, dont ils imaginent qu'il les portera au pouvoir. On peux dire que ni les forces laïques, ni les forces religieuses se sont distinguées en termes de respect de la démocratie ou de sensibilité aux droits de l'homme.

6) Je vais le répéter: il est impératif que tous soient d'accord sur les bases d'une démocratie. Tout comme de nombreuses autres vérités d'une importance vitale, cet impératif est devenu simple et incontestable.


Les producteurs magistraux et sans scrupules de la haine

Ecrit le 16 août 2013

La haine est habituellement bavarde, mais toujours sourde et aveugle. La haine est aussi stupide, en fermant les esprits et transformant les cœurs en pierre. Elle ne peut jamais être le fondement de la coexistence, en fait, elle empêche même la coexistence avec soi-même.

La compétence experte démontrée par ceux qui s’expriment dans l'industrie productrice de haine provoque l'angoisse aussi bien que la perplexité : nous avons attendu fort longtemps pour qu'il y ait la maîtrise arabe de n'importe quelle industrie. Dans ce cas cependant, l’explication de cette maîtrise de la production de la haine est que le produit fini est utilisé pour accorder sans scrupules la légitimité à des crimes.


Sur la rhétorique employée pour soutenir la junte contre-révolutionnaire d’Égypte

Ecrit le 19 août 2013

1) Dans son contenu et dans sa tonalité, dans son soutien inégalé pour l'assassinat et l'exclusion des autres, la rhétorique de soutien à la junte est bien pire que tout ce qui a été rencontré pendant l'ère Moubarak.

2) En général, la rhétorique d'une contre-révolution est pire que la situation avant la révolution: elle est vindicative et vise à inciter à la violence.

3) Une personne qui appelle à l'exclusion d'un million de personnes sur terre au motif qu'ils sont tous des terroristes aura des soupçons sur dix autres millions. Si vous suspectez dix millions, vous devrez surveiller 100 millions de personnes: le résultat final sera la tyrannie et la fin de la liberté d'expression.

4) Il y a des gens qui soutiennent les assassinats et la répression qui ont lieu en ce moment, mais qui émettent des critiques sur certains détails. De tels gens ne peuvent pas être convaincus par le dialogue : leur but n'est pas de déterminer la vérité, mais plutôt de justifier le meurtre.

5) Il est inutile de débattre de la réalité et de la vérité avec des gens qui croient que la fin justifie les moyens. En ce qui concerne ces personnes, le mensonge est le moyen le plus facile pour une fin donnée, et cette fin devient l'unique vérité.

6) Les gens qui prétendent que les actions méprisables comme des incendies criminels contre des églises sont un complot contre leur crédibilité doivent lutter contre ces actes. Ils doivent faire ceci sans regarder si ces actions sont en effet l'œuvre de provocateurs ou d'extrémistes dans leurs propres rangs. Même au cœur d'une contre-révolution, il n'y a pas à se dérober à la lutte contre les extrémistes chauvins qui sont nombreux au sein de nos propres sociétés. Ce dernier groupe, par ses actes et déclarations, fait partie intégrante de la contre-révolution.


jeudi 15 août 2013

Une armée qui tire sur son peuple ne peut pas être démocratique

Nous aimons bien Plantu. C'est un dessinateur et caricaturiste d'humour politique habituellement très fin et très subtil. C'est un régal quasi quotidien que de découvrir son "dessin du jour" et d'y rechercher les allusions et références à divers sujets n'ayant bien souvent que peu à voir avec le contexte général du dessin: le choc des situations est permanent.

En 2002, il y a déjà plus de dix ans, nous avions eu l'occasion de rencontrer Plantu en ... Egypte,à Alexandrie, dans le cadre d'une soirée-débat-échanges organisée par le Centre Culturel Français. Si nous rappelons ce (bon) souvenir, c'est parce qu'il s'agit d'Egypte, encore une fois, dans notre post de ce soir !

Dans "Le Monde" daté du 9 août 2013, Plantu a publié un curieux dessin. Ou bien, autre version, Le Monde a publié un curieux dessin de Plantu. D'une simplicité presque scolaire, d'un contenu assez brutal, ce dessin sommaire représente deux flèches "pharaoniques" orientées dans les deux directions opposées (droite et gauche) et portant les labels respectifs de "démocratie" et "obscurantisme", le tout dans un contexte intitulé "Egypte" et mis en images par une cité HLM truffée de paraboles, un palmier et une famille de fellahs. Le dessin est signé Plantu et la petite souris habituelle s'enfuit dans la direction de la "démocratie".

Plantu est-il content de son dessin ? Plantu s'est-il rendu compte que par un dessin aussi schématique, il n'apportait aucun enseignement particulier sur ce qui se passe en Egypte ? En effet, peut-on résumer le débat à un choix aussi simpliste ? Y a t-il vraiment d'un coté les tenants de la démocratie et de l'autre coté les suppôts de l'obscurantisme ? Même avant les évènements d'hier et d'aujourd'hui, était-il possible de taxer l'armée égyptienne de "démocratique" ? Etait-il possible d'accuser globalement les partisans de Morsi d'"obscurantisme" ? Non, certainement non !

Plantu-9 août 2013-Le Monde (C)
Les saisons passent vite dans les pays arabes ! Après le printemps, nous voici en plein hiver !Les Forces Armées assassinent leur peuple. Même si ce peuple est celui des opposants, est-il possible de dire de forces armées qui l'assassine qu'elles sont démocratiques ?
Non, certainement non ! Et pourtant l'Occident, ses médias, en France Le Monde, dans Le Monde Christophe Ayad, en sont encore à reprocher aux Forces Armées égyptiennes d'"avoir écrasé la démocratie naissante" en raison de leur démonstration de force et des centaines de victimes. Mais quelle démocratie naissante ?

Qu'il soit bien clair que les Forces Armées égyptiennes se sont liguées 1°) avec les révolutionnaires devenus anarchistes, 2°) avec les libéraux devenus ultra-libéraux et en recherche d'affaires et d'opportunismes à saisir et 3°) avec les revanchards de l'époque Moubarak. Tout ceci dans un seul et unique but: éliminer les Frères Musulmans accusés de tous les maux et de tous les torts, y compris les plus fantaisistes et les plus irréalistes. Hélène Sallon, une autre "spécialiste" de l'Egypte en arrive même à reconnaître (il est bien tard !) que "Les Frères musulmans et le président Morsi ont été constamment pointés du doigt comme voulant islamiser le pays. En un an de présidence Morsi, ces accusations ne se sont pas réellement confirmées dans les faits, notamment dans l'écriture de la Constitution. Mais cela reste une accusation très forte chez les détracteurs des Frères musulmans et chez ceux qui au sein de la population s'opposent à un régime islamiste."

La "démocratie naissante" n'est pas morte dans les violences d'hier 14 août et d'aujourd'hui 15 août, elle est morte définitivement le jour où le conglomérat décrit ci-dessus a renversé le Président élu. De ce jour, il était inscrit que l'affrontement était inéluctable, inévitable.
La "démocratie naissante", en réalité, était déjà bien morte depuis que l'armée, la police, les administrations, les médias et Tamarrod avaient décidé du sort du gouvernement. Il y a donc plusieurs mois de cela. Et le gouvernement pouvait bien désigner des Gouverneurs de Provinces à son image, ceux-ci n'avaient guère de pouvoirs !

Aujourd'hui, les "intellectuels" chers au Monde et à ses journalistes peuvent bien se mordre les doigts d'avoir pactisé avec une sorte de diable, Al-Azhar, la Grande Mosquée, peut bien se retirer du jeu et dénoncer les violences. Mohamed El-Baradei peut bien démissionner et refuser d'"avoir du sang sur les mains", il est déjà trop tard. C'est AVANT qu'il fallait savoir si la "démocratie naissante" valait le coup de discuter, échanger, confronter, aménager ... C'est AVANT qu'il fallait refuser de pactiser avec un armée qui a déjà été capable de montrer ce qu'elle sait faire, ce qu'elle peut faire, pour défendre sa place et ses intérêts.


La seule question qui se pose est celle-ci: la "démocratie naissante" pouvait-elle s’accommoder de l'islamisme des Frères Musulmans ? Nous le croyons, et ceci pour plusieurs raisons.
- Parce que le pouvoir de Mohamed Morsi était régulièrement et légitimement élu et mis en place, ceci pour la première fois en Egypte.
- Parce que les Frères Musulmans participent déjà au pouvoir en Jordanie, au Koweit.
- Parce que (en 2011) les Frères Musulmans ne sont plus dans le discours de violence islamiste, discours laissé aux salafistes et djihadistes, et que de forts courants jeunes (qui s'expriment d'ailleurs encore aujourd'hui), souhaitent que place soit faite à un islam moins rigoriste.
- Parce que, à peine élu, le Président faisait savoir qu'il ne remettait pas en cause les accords de paix signés avec Israël et qu'ainsi il ne se posait pas en nouveau facteur de déséquilibre dans le proche-Orient.
- Parce que le gouvernement Morsi a rapidement compris qu'il devait "négocier" avec l'armée et lui concéder une place comparable à celle dont elle bénéficiait dans l'ancien régime.
- Parce que ce même gouvernement a fait de l'aide et de l'appui américain l'un des piliers de sa politique.

Tout cela était bien loin de la "révolution" et ressemblait fort à de la "realpolitik".
Pour toutes les raisons que l'on sait (lire nos posts sous le tag "Egypte"), cela ne s'est pas fait. Et la "démocratie naissante", même fragile et ambigüe, s'achève dans le sang.

Et maintenant ?

Il est probablement trop tard. l'Egypte est entrée en guerre civile pour quelques années.
Les Frères Musulmans ne vont que se radicaliser de plus en plus, se présenter en martyrs, gagner des soutiens populaires grâce ou à cause des inévitables difficultés économiques qui vont gagner tout le pays, toutes les activités, ...
Quand aux anti-Morsi, qui deviendront des anti-Frères Musulmans, ils vont se radicaliser eux aussi, se constituer en milices plus ou moins fascistes (c'est dans la logique du mélange des blocks anarchistes, des ultra-libéraux, de l'armée et des foulouls), ...
La guerre ne fait que commencer ....
Le Conseil de Sécurité se réunit demain; que peut-il faire ?

vendredi 26 juillet 2013

La croisade anti-islamique, anti islamiste du Monde

C'est un excellent article qu'a publié "Le Monde", ce mardi 23 juillet. Il s'agit d'analyser la lecture (ou les lectures) que l'on peut faire d'une image. Et l'image en question ( de Spencer Platt) se situe au Liban, à Beyrouth. L'on y découvre une automobile d'apparence sportive, occupée par des jeunes d'apparence bourgeoise et quelque peu friquée, qui font des photos d'un ensemble de logements bombardés. En fait, cette lecture biaisée se révèle totalement erronée à l'examen, et des faits et des intentions du photographe. La cause de la méprise est à rechercher dans une attitude ethnocentrique dont l'Occident a toutes les peines du monde à se débarrasser.

Ce même ethnocentrisme est également à l'origine de discours et d'interprétations des faits de la part du même "Monde", au sujet de ce qui se déroule depuis deux ans dans les pays arabes et du Proche-Orient.
Nous prenons nos précautions, car le quotidien accepte difficilement ce genre d'observations qu'il a l'habitude de classer dans la catégorie des propos de complotistes (de ceux qui voient des complots partout !).
Nous ne voyons pas de complots partout.

Mais l’histoire récente des évènements en Egypte s'est traduite par quelques exercices de funambulisme remarquables.

C'est ainsi que les 14-15 juillet, Christophe Ayad, dans un article intitulé "Climat de guerre civile en Egypte" a pu écrire:
"Pendant les dix-huit jours du soulèvement qui avait conduit à la chute d'Hosni Moubarak, la célèbre place du centre du Caire (Tahrir) avait offert un spectacle inédit en Egypte: islamistes, communistes, femmes, hommes, coptes, musulmans et athées, Egyptiens de toutes opinions et de toutes conditions, avaient uni leurs forces dans un but commun, mais aussi dans le respect de leur différences et la certitude de partager une humanité commune"...
"Les Frères musulmans ont conçu, pendant leur année au pouvoir, l'exercice démocratique comme un absolutisme de la majorité, refusant la moindre concession à leurs opposants, traités comme des perdants. A l'inverse, les jeunes révolutionnaires de Tamarrod ont une conception de la souveraineté populaire qui surpasse la légalité constitutionnelle."
"Dans ces conditions, le retour aux urnes souhaité par la communauté internationale, n'est pas forcément le moyen le plus sûr pour apaiser les choses. Dans les démocraties naissantes, les élections creusent parfois les divisions de la société plus qu'elles ne les surmontent."

Une première remarque s'impose. Tout comme pour le Mali, voilà encore des journalistes qui s’accommodent facilement des interventions militaires musclées et anti-démocratiques pour peu qu'elles rentrent dans leurs analyses. Mais revenons sur le fond du cas égyptien.
Voici deux ans, il y avait certes foule pour réclamer le départ de Moubarak. Il y avait certes des hommes et femmes égyptiens de toutes confessions et de toutes conditions. Leur but commun était le départ d'Hosni Moubarak dont ils étaient convaincus, à juste titre probablement, qu'il n'était devenu qu'un profiteur de la nation égyptienne, à la tête d'un petit clan de favorisés. Au-delà de ce "but commun", il n'y avait RIEN. Pas le moindre commencement d'une union politique permettant de prendre le pouvoir et de réorienter la société. La raison en était bien simple.

Contrairement à une idée largement répandue dans les médias occidentaux, (sous le nom de "Printemps arabe"), nous n'étions pas en face d'une révolution sociale, d'une exigence d'égalité, de justice, d'accession à un statut honorable pour tous.
Non, nous étions en face d'une "révolution" (sans doute) de caractère libéral. D'une "révolution" conduite par la classe moyenne, ses jeunes, ses forces vives, ceux qui voulaient et exigeaient un emploi, la liberté de circuler, la liberté de commercer, ... Une même "révolution" que celle qu'a connue la Tunisie. Une même "révolution" que celles que l'on a vues naître et disparaître aux USA, en Israël, en Turquie, au Brésil, en Espagne ... Des "révolutions" immanquablement conduites par la jeunesse des classes moyennes qui se mobilise sur des motifs parfois peu en rapport avec la force et la violence du mouvement: là le prix des yaourts, ici la destruction d'un jardin public, ailleurs le prix du billet de tram, ... Et des "révolutionnaires" qui refusent de façon systématique de s'organiser, de devenir force de propositions, vecteur d'un changement sociétal.
Ce fut le cas en Egypte. Les dits-révolutionnaires ont systématiquement refusé de faire la moindre proposition constructive quant à l'avenir de leur pays, passant successivement des campagnes de boycott des Forces Armées aux actions violentes et anarchistes des "blocks". Le but à atteindre était la chute du gouvernement Morsi. Ce but a été atteint !

Et c'est mensonge que d'écrire que les Frères musulmans se sont comportés de façon absolutiste, en traitant leurs opposants comme des perdants.
C'est mensonge parce que le gouvernement régulièrement et démocratiquement élu des Frères musulmans s'est trouvé confronté immédiatement à l'opposition des corps constitués que sont l'Armée, la Police, la Justice, les Administrations diverses. Le gouvernement s'est trouvé confronté à une opposition systématique des libéraux et des révolutionnaires, opposition caractérisée par le refus de participer à quoi que ce soit, y compris la rédaction de la nouvelle Constitution, freinée jusqu'à plus supportable. Certes oui, le gouvernement de Mohamed Morsi n'a pas réussi à briser cette opposition et il s'est parfois comporté de façon brutale.
Mais NON, le gouvernement de Mohamed Morsi n'a pas appliqué la charia, laquelle n'était pas inscrite dans la Constitution approuvée d'arrache-pieds.
NON, Mohamed Morsi n'a pas instauré la présence des Frères dans tous les rouages de l'Etat; il en aurait d'ailleurs bien été incapable, compte tenu du blocage de toutes les institutions par les libéraux et les partisans de l'ancien régime.
NON, Mohamed Morsi n'a pas favorisé les viols et agressions des femmes sur la Place Tahrir et en d'autres lieux du pays, et les observateurs impartiaux savent bien que ce problème égyptien est récurrent dans tout rassemblement de foules.
NON, le gouvernement de Mohamed Morsi, même s'il n'a pas été un foudre de guerre en matière économique, ne s'est pas comporté comme un incapable en la matière, tout autre gouvernement aurait été dans l'impossibilité de faire mieux. D'autant plus que l'Europe et le FMI n'ont jamais accordé les fonds promis, exigeant en retour des bouleversements économiques suicidaires pour l'Egypte (suppression du subventionnement du pain et de l'essence).
NON, le gouvernement de Morsi n'a pas envisagé de mettre en place une corruption, sans en avoir eu le temps, comme l'en a accusé le politologue Olivier Roy développant ainsi une fumeuse thèse basée sur le procès d'intention.

Le gouvernement des Frères musulmans est tombé sous les coups d'un conglomérat de libéraux et de révolutionnaires aveugles, financés et aidés par quelques majors de l'économie égyptienne, soutenus pas les revanchards de l'ère Moubarak et par l'armée !
Le peuple qui s'est exprimé majoritairement ? Des foules manipulées par des privations d'essence qui déséquilibraient toute l'économie, aussi bien l'industrie que l'agriculture (alimentation des tracteurs ou des moteurs de pompes d'irrigation), par des coupures quotidiennes d'électricité et par le chantage sur le prix du pain ou de la farine. Mais jamais, et en aucun cas, une révolte massive et sincère sans laquelle l'armée n'aurait rien pu faire (dixit Le Monde) !
Ils ont eu bon dos, les islamistes !
Comme par miracle, le carburant, le pain et l’électricité sont revenus au lendemain du putsch des militaires. Et les animateurs de Tamarrod de se mettre à rêver des prochaines élections présidentielles dans lesquelles ils pourraient jouer un rôle !

Et maintenant ?
Maintenant, chaque instant qui passe nous rapproche de la guerre civile. Parce que la coalition improbable des libéraux, des révolutionnaires, des revanchards et des opportunistes n'a pas tenue devant l'armée (normal, elle n'a d'autre programme que celui de l'ambition libérale !). Parce que les Frères musulmans n'acceptent pas le traitement qu'ils ont subi et persistent, contre toute vraisemblance, à croire au retour de Mohamed Morsi. Parce que les salafistes en profitent pour essayer de tirer les marrons du feu, jouant tantôt l'un, tantôt l'autre des camps en présence. Parce que l'armée, incapable de gérer quoi que ce soit en matière d'unité nationale, fera appel au peuple qu'elle sait si bien manipuler quand elle ne l'écrase pas et cherchera à le convaincre de chasser les "terroristes" !

L'armée égyptienne appelle à manifester-19 juillet- (C)Reuters-Amr Abdallah Dalsh
Les salafistes... Nous avions, ici, déjà souligné cette "nuance" dans le débat égyptien. L'opposition caricaturale aux Frères musulmans, telle que le conglomérat d'opposants à l'intérieur de l'Egypte l'a pratiquée, telle que "Le Monde" la pratique depuis deux ans, telle que l'Occident la pratique également, est très probablement improductive. Elle favorise l'émergence de la tendance salafiste, beaucoup plus radicale. Et cette tendance saura s'affirmer, comme elle vient encore de le faire en Tunisie (mais comme l'histoire se répète, là aussi, c'est Ennahda qui est accusé ...)
Avant que de faire la leçon à l'Egypte, et au-delà à l'ensemble des peuples majoritairement musulmans, en affirmant que "l'islamisme n'est pas un projet de gouvernement" et que "le refus de séparer la Mosquée et l'Etat est, profondément, incompatible avec la liberté politique", peut-être aurait-il fallu aider Mohamed Morsi à évoluer sur un chemin qu'il n'a jamais refuser d'aborder, et où il aurait pu aller pour peu que son pays ait eu quelque chose à gagner: de la paix, du développement, ... . Il est désormais trop tard.

Quand à la référence au sécularisme, ne vaudrait-il pas mieux commencer par balayer devant sa porte, en supprimant le "In God, we trust" des dollars US, le "Au nom de Dieu tout puissant" de la Constitution suisse et les nombreux crucifix encore accrochés ici ou là en Europe, sans parler du débat récurrent sur les origines chrétiennes de l'Europe.

vendredi 15 mars 2013

Bêtise et pingrerie, dixit Le Monde

Voilà un mois que nous n'avons pris la parole sur ce blog afin de parler du Mali, voire d'autres sujets tels ceux du développement, par exemple !
Un nouvel éditorial du "Monde" nous en donne le motif. Les éditoriaux du "Monde" consacrés à la situation malienne sont des modèles de simplisme et d'indigence: le dernier en date n'échappe pas à la règle.
Voilà un texte qui accuse l'Europe de "bêtise" et de "pingrerie", tout en dénonçant la "vacuité de l'idée européenne" et sa "désespérante absence au chapitre de la défense et de la politique étrangère" ! Rien de moins. Tout cela parce que l'Europe refuse plus ou moins de s'associer à la France dans sa croisade malienne, ou qu'elle le fait avec réticence pour le moins.
L'auteur, (ou les auteurs), de cet éditorial au vitriol sait pourtant bien quelle en est la raison puisqu'il le dit lui-même quelques lignes plus tard: "certes, Paris a eu le tort au départ de lancer ses troupes sans consultation avec ses partenaires", tout en feignant de croire que le comportement de l'Europe n'est dicté que par "l'hypocrisie" et "l'absence de solidarité européenne".
Non seulement Paris s'est abstenue de consulter ses partenaires européens avant de lancer son opération militaire, mais en plus Paris a menti sur ses objectifs en entourant pendant plusieurs mois ses intentions d'un rideau opaque de bonnes intentions et de garanties de non-ingérence. L'histoire des posts que recèle ce blog est édifiante: il n'est qu'à relire ceci ou cela. Il n'y a jamais eu de discussions avant l'intervention, il n'y en a pas eu davantage APRES l'intervention. Paris attend de ses partenaires qu'ils épousent sa position sans sourciller et sans discuter, cet accord devant naturellement découdre d'une solidarité de fait, face à un risque terroriste considéré comme évident et censé être perçu comme tel par l'ensemble de l'Europe.
Or, tel n'est pas le cas et la croisade anti-terroriste conduire par la France comporte de plus en plus de risques de dissolution d'un déjà maigre tissu démocratique en Afrique et de généralisation de l'engagement à une guerre civilisationnelle. Deux tendances qui se retrouvent dans l'ensemble des positions françaises, aussi bien en Egypte, en Tunisie, en Syrie qu'au Mali.

(C) Acturatons

Délitement du tissu démocratique. La France le sait, l'Europe également; l'intervention militaire se fait exclusivement à la demande d'un gouvernement d'intérimaires, né d'un putsch, sans aucune légitimité. Aux risques démographiques (faim, sécurité, réfugiés ...), aux risques d'affrontements ethniques (mauvais comportements des soldats maliens), vient maintenant s'ajouter un risque de délitement démocratique. Le Mali était fier, à juste titre, de sa remarquable liberté de presse. Et voilà que celle-ci, au prétexte de la guerre, est compromise et que les directeurs de journaux sont soumis aux ordres et au silence, sous peine de prison. L'ensemble des journaux écrits ou parlés vient de suivre trois journées de grève afin de défendre ses droits d'expression, mais il est à craindre que les intérimaires putschistes renouvellent leurs tentatives.
Consciente de cette lacune démocratique, Paris fait pression pour que des élections, présidentielles à tout le moins, aient lieu avant juillet. Les autorités maliennes ne semblent pas pressées d'en arriver à cette éventualité car elles sont beaucoup plus intéressées au maintien de troupes dans le Nord Mali afin de ne pas avoir à aborder la question de la représentation des minorités touarègues ou arabes. Si la France doit quitter le pays, disent-elles, ce sera pour laisser la place à une armée "offensive" mise en place par l'ONU, une définition qui devrait interroger puisque la vocations des Casques Bleus n'a jamais été d'être "offensifs", mais bien de s'interposer. Sans élection présidentielle organisée d'ici à juillet, que va faire la France ? S'engager encore davantage dans une politique d'ingérence et organiser elle-même ces élections ?

Guerre civilisationnelle. Cette analyse est particulièrement rare au sein des quotidiens et organes de presse écrite ou parlée. Elle est donc rare, à vrai dire inexistante, au sein des pays européens. Et pourtant ...
Lorsque l'on observe le discours occidental à l'égard des islamistes égyptiens ou tunisiens, il s'agit systématiquement d'un discours de méfiance. Les islamistes régulièrement au pouvoir sont accusés de faire la part belle aux salafistes et de préparer en douce l'avènement d'une société islamiste. Le recours à de nouvelles consultations électorales est présenté invariablement comme une possibilité de mettre fin à ces expériences islamistes.
En Syrie (et la situation évolue rapidement en ce sens), la France veut intervenir par des livraisons d'armes à ceux qu'elle considère comme d'authentiques combattants de la liberté AVANT que ceux-ci ne soient trop noyautés par les organisations islamistes radicales. Elle se fait fort, par ses réseaux d'observation, d'éviter que ces armes ne tombent aux mains de djihadistes. Rien n'est moins certain.
En fait, la France, et derrière elle une large partie des observateurs occidentaux ne peut considérer l'évolution arabe et/ou proche-orientale autrement que comme une nécessaire évolution vers des principes occidentaux: l'Occident a le monopole du SAVOIR en matière de démocratie, de droits de l'homme et de la femme, de liberté de pensée et d'expression et tous ceux qui ne le rejoignent pas sur ces principes "universels" doivent être combattus. Les outrances islamiques, les prédicateurs intolérants de la charia, les destructeurs de lieux de culte, ne sont que la partie émergée d'un iceberg passéiste et retardataire qui se nomme l'islam et qui doit être neutralisé pendant qu'il en est encore temps !
Au Mali, pour en revenir à ce pays, les déclarations se multiplient quant à la nécessité de développer économiquement cette région "après la fin de la guerre", mais personne ne s'est posé la question de savoir pourquoi cela n'a jamais été fait AVANT de déclarer la guerre. Car personne ne se pose la question de savoir et de comprendre sur quel terrain se développe le djihadisme, terrain international (conflit israélo-arabe, affrontement sunnites-chiites, ...), terrain régional (régions "abandonnées" de l'Afghanistan ou du Sahel, néo-colonialisme occidental ...), le terrain local (nos banlieues qui secrètent des filières ...).


Pour en revenir à l'éditorial du "Monde", il est probablement bien simpliste d'accuser l'Europe de double langage en reprochant à la France ses "velléités post-coloniales", mais en refusant de l'aider. De façon beaucoup plus forte, l'Europe a besoin de débattre de son avenir, de son rôle en Afrique, comme au Proche-Orient, de sa conception de la démocratie et du développement. Elle ne pourra le faire qu'après que chacune de ses composantes aura adopté une attitude sincère et n'appellera pas au secours après des décisions unilatérales, ce qu'a fait la France dans cette affaire malienne. Le débat n'a jamais eu lieu parce que la France s'est bien gardé de le mettre en œuvre alors même que la résolution 2071 l'y invitait ("partenaires bilatéraux des pays africains"). Seule, elle a voulu partir au combat, alors "qu'elle se débrouille".

La réponse est stupide ? Le comportement préalable ne l'était pas moins !

Question subsidiaire: où sont les otages ?

vendredi 11 janvier 2013

Guerre au Nord-Mali, une décision grave

Ainsi donc, depuis ce vendredi 11 janvier 2013, la France est engagée dans un nouveau conflit. Un conflit visant à chasser des islamistes terroristes d'un territoire longtemps considéré comme "chasse gardée" de la France. Il n'est pas possible de passer sous silence cette dimension du problème, puisque dans le même temps, la France se retire d'Afghanistan où elle se trouvait pour en chasser les islamistes terroristes ! Alors, pourquoi deux poids et deux mesures ?

Cette question n'est pas la seule à devoir être posée. Notamment "Pourquoi cette précipitation ?" La montée en température a été soigneusement orchestrée comme en chaque occasion depuis le début de ce conflit, et chaque clan a consciencieusement joué sa partition. Les uns paradant en laissant photographier des rangées de pick-up, les autres en dénonçant une marche en avant de milliers de rebelles se dirigeant vers Bamako.

Lorsque la semaine dernière Ansar Eddine a déclaré publiquement qu'il renonçait à la trêve et qu'il reprenait ses actions, il était clair que les prétendues négociations n'auraient jamais lieu, tout simplement parce que personne ne les souhaite. Ou parce que personne n'est à même de représenter de façon qualifiée qui que ce soit. Il n'y a pas d'Etat au Mali ! Et justement parce qu'il n'y a pas d'Etat, l'intervention de la France est immorale ! Et dangereuse !

Ne parlons pas de la vie des otages qui, d'ores et déjà, est compromise. Mais parlons de la démocratie qui disparaît pour longtemps des tribunes maliennes ! Parlons du risque phénoménal de division entre le nord et le sud, même et surtout après une campagne militaire ! Parlons du risque de débordements raciaux entre noirs et arabes, entre noirs et touaregs ! Parlons des séquelles que ne manquera pas de laisser derrière lui cet interventionnisme ! Et enfin, dernier mais pas le moindre, parlons du risque de catastrophe sanitaire et humanitaire lié au déplacement forcé de centaines de milliers de personnes, en Mali du Sud, en Mauritanie, au Niger, au Burkina Faso ...

Notre propos n'est pas de trouver la moindre excuse aux islamistes terroristes, puisque tel est désormais leur nom. Il est d'affirmer que la France est fautive de s'embarquer dans ce conflit alors qu'elle n'en a pas le mandat explicite de l'ONU, qu'elle a toujours affirmé haut et fort qu'elle n'interviendrait pas directement et qu'elle n'a fait strictement aucun geste, aucun effort en faveur de négociations.

Nous regrettons ici de nous retrouver sur cette position qu'avec le seul PC et Parti de Gauche. Nous regrettons qu'une fois encore les partis "classiques" ne sachent pas régler les graves problèmes de notre monde autrement qu'avec la force et l'armée. Nous regrettons ... nous sommes en colère !

Voici un extrait d'éditorial publié à Alger voici quelques jours, le 26 décembre exactement, par le quotidien L'expression:

"comment peut-on concevoir une intervention militaire étrangère au Mali sans avoir restauré l'Etat?
Sans avoir réunifié les Maliens? Les partisans de la solution militaire jurent que la force africaine sera déployée pour aider l'armée malienne. L'Occident jure qu'il n'enverra pas de troupes à terre mais se contentera d'une aide logistique. Dans quel Etat se trouve l'armée malienne pour accueillir la force africaine et la logistique occidentale? Alors que le bons sens et la démocratie commandent à remettre en place les institutions maliennes, rallier tous les Maliens, y compris ceux qui sont au Nord, pour combattre les mercenaires étrangers regroupés sous divers sigles d'organisations terroristes et qui veulent imposer leur loi à la population.
On ne combat pas des terroristes avec les moyens classiques d'une armée. Notre naïveté nous fait croire que couper les terroristes de la population civile qui aidera l'armée par le renseignement est une condition sine qua non dans le règlement de la crise qui secoue le Mali. Le Mnla et Ansar Eddine représentent précisément cette population civile du Nord. Avec leur concours, le sort des terroristes est scellé. Dans le cas contraire, les forces de la Cédéao vont vers une défaite certaine contre un ennemi invisible et très mobile dans l'immensité du désert. Que se passera-t-il alors? Et c'est là que les va-t-en guerre veulent arriver. C'est sur une telle situation qu'ils appuieront la nécessité d'une intervention militaire directe des troupes occidentales. Pour parvenir à la «sahélisation» programmée. C'est-à-dire délocaliser le terrorisme international de l'Afghanistan au Sahel."


Le reste du billet faisait référence à la Syrie et nous l'avons retiré de la citation.

Mais cet extrait nous ramène à des interrogations déjà émises: "pour quelles raisons ?", "Pourquoi cet acharnement à vouloir intervenir et à tordre les évènements pour mieux le faire ?"

Pas de photo pour illustrer cet article: la guerre ne le mérite pas.

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