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lundi 29 janvier 2018

Où va-t-on atterrir ?

La décision de mettre un terme au projet d'aéroport à Notre Dame des Landes a été accueillie par les français comme une bonne décision, et ceci pour quasiment trois sur quatre d'entre eux . Il est évident que cette décision a le grand mérite de solder une « affaire » s'éternisant depuis trop longtemps. Le risque d'un affrontement lourd et durable est ainsi écarté. Et Nicolas Hulot peut se maintenir à l'environnement, ce qui n'est pas un mince bénéfice pour le gouvernement.
L'approbation des français s'assimile bien davantage à un « ouf » de soulagement, empreint d'un peu de lâcheté, qu'à un réel assentiment politique. Ce dossier n'a que trop duré, tel est leitmotiv de tous. Et le report au printemps d'éventuelles opérations d'évacuation des lieux contribue à cette satisfaction générale.
Nous sommes cependant en droit de nous interroger sur l'aspect politique de cette décision, et de la considérer comme un échec de la démocratie. D'aucuns sont allés jusqu'à parler de déni de démocratie. Sans aller aussi loin, il est nécessaire de rappeler que ce dossier de l’aéroport de Notre Dame des Landes est vieux de plus de cinquante ans puisqu'il date de … 1967 ! La ZAD (Zone d'Aménagement Différé) est créée en 1974 et les choses s'endorment jusqu'en 2000. En 2009, puis en 2012, les opposants s'organisent et une opération d'expulsion des contestataires cristallise les mécontentements: les zadistes tiennent les lieux !

Sous une forme ou sous une autre, des dizaines et des dizaines de recours en justice sont rejetés par les tribunaux. En 2012, une Commission du Dialogue conclut à l'utilité du projet. En 2016, un référendum imaginé par François Hollande se traduit par plus de 55% d'avis favorables pour l'aéroport. Dans sa campagne électorale, Emmanuel Macron s'engage à réaliser ce projet. Rien n'y fait, l'occupation des lieux empêche toute évolution du dossier.

Les zadistes ont-ils gagné quelque chose pour autant ? Malgré leurs proclamations de victoire, rien n'est moins certain. Certes, l'aéroport ne se fera pas. Certes, les terres retourneront à leur usage agricole. Mais l'aéroport historique de Nantes sera agrandi, multipliant les nuisances au plus proche de la ville. Et la dénonciation idéologique des « projets inutiles », qui fait leur fond de commerce, s'éteint avec le renoncement à poursuivre ce dossier. Cela est tellement vrai que les revendications qui s'élèvent actuellement ne portent que sur la possibilité de certains à pouvoir rester sur place et poursuivre une expérience de retour à la terre.

L'expérience du Larzac est mise à contribution, alors qu'une différence manifeste existe avec la situation de Notre Dame des Landes. Au Larzac, au cours des années 1970-1980, ce sont plusieurs dizaines d'agriculteurs qui ont été menacés d'expulsion afin de permettre la création d'un espace d'entraînement de l'armée. Ces agriculteurs sont d'authentiques « anciens » du pays ainsi que des néo-ruraux qui, dans la suite de l'esprit de mai 68, se sont implantés et ont réhabilités des exploitations en ruines. Une réelle économie pastorale existe en 1970 sur le Larzac : élevage de brebis (plus de 100000 !), production de lait (pour le roquefort) et de fromages. Le ministère des Armées s'était lourdement trompé en déclarant ce pays quasiment vide ! 43 ans plus tard, en 2013, il y a 54 baux signés avec la Société Civile d'Exploitation des Terres du Larzac et plus d'une vingtaine d'exploitation ont leur siège social sur les terres du Larzac.

Il n'y a rien de tel à Notre Dame des Landes ! Si l'on excepte les exploitants agricoles qui n'ont jamais cessé d'utiliser des terres dont ils ont été expropriés et qu'ils vont recouvrir, rares sont les « zadistes » présents sur le site a avoir développé une activité économique, aussi modeste soit-elle, on trouve deux, voire trois, boulangeries, quelques serres potagères, une salle de concert et une bibliothèque, deux structures liées à l'occupation des lieux .... La revendication de pouvoir rester sur place vise à permettre à certains de poursuivre leur rêve d'autarcie, de refus de la société, de décroissance et de rejet d'un fonctionnement démocratique. Ils ne disposent pas de baux, ne payent aucun loyer, ni aucun impôt, ne sont raccordés à aucun réseau d'eau, d'hygiène ...

180119-Boulangers à N D des Landes-(C)AFP-Loïc Venance

Autant ce choix de vie est peut-être respectable, autant il ne saurait servir de modèle à notre société. Dans leur grande majorité, les « zadistes » sont des jeunes exclus de la société, qui se sont exclus ou qui se sentent exclus de celle-ci. Il est important de comprendre pourquoi est ressenti si vivement cette exclusion qui n'est pas toujours économique, mais qui est parfois largement politique et idéologique, puisqu'il s'agit de l'un des concepts de base de l'écologie radicale. Vivre en autosuffisance est considéré comme une forme de résistance au gouvernement ou à tous les pouvoirs, en mettant en œuvre un fonctionnement collectif limité à de petits groupes, et en nommant ceci « démocratie » !

Dans « Le Monde » daté du 20 janvier est décrite la situation d'une famille de trois personnes, les parents et une petite fille, vivant dans un village de 1000 habitants. Ils vivent dans une yourte de 30 m², sans électricité, sans eau courante, avec 1400 € par mois, soit sous le seuil officiel de pauvreté. Insérés dans un groupe d'une cinquantaine d'alternatifs, ils font leur potager et vivent de peu. Ils estiment « vivre bien ». La vie communautaire leur permet d'accéder gratuitement aux ressources communes et d'autofabriquer l'alimentation, l'habitat, l'énergie. Leur modèle est celui d'une polyactivité vivrière (boulangers-paysans), avec vente du surplus. Ils ne sont donc pas totalement en dehors de la société marchande, mais ne participent que marginalement à l'économie.

Est-ce la société de décroissance que nous désirons ? Est-ce ainsi que les hommes doivent vivre ?
Est-ce une orientation que l'Etat peut (et doit) accepter, voire prendre en considération ?
Dans ce comportement de repli sur soi, de rejet de la société dite de consommation, il y a une radicalisation qui n'a rien de commun avec ce qui s'est passé voici cinquante ans sur le Larzac, ni rien de commun avec ce que vivent aujourd'hui les exploitants du Larzac.

Alors, que faire si l'on désire mettre un terme à ce genre de situations ou, à défaut, éviter qu'elles se reproduisent ?
- La première des urgences consiste à réviser les procédures qui accompagnent la mise en route de projets d'équipement et de développement des territoires. Notamment en favorisant le débat systématique, en déployant des process de publicité et de communication. Les décisions municipales, départementales, régionales, de l'Etat, ne sont pas suffisamment commentées et débattues.
Est-il normal que des projets s'étirent pendant cinquante ans, ou même quinze ou vingt ans. Le dossier d'un projet d'équipement devrait être limité dans le temps. Si rien n'est engagé au bout de x années, le dossier devrait être caduc et totalement reconsidéré. Cela permettrait de prendre en compte les évolutions technologiques, environnementales, démographiques, économiques, d'emploi, … Il ne s'agit pas d'engager un dossier par la mise en place de barrières de chantier ou la pose d'une première pierre. Non, il s'agit que la réalisation du projet soit fermement initiée.
- Est-il normal que les projets de fermes éoliennes ne se réalisent (quand ils se réalisent!) que plus de cinq ans après la dépose du dossier ? Est-il normal que les types d'éoliennes envisagés voici cinq ans doivent impérativement être mis en œuvre, alors que la technologie a fait pendant ces cinq années de considérables progrès en matière de rendement et de silence ?
- De la même manière, les recours devraient être contraints dans le temps et dans leur nombre. Sitôt la publication d'un projet, une période de recours devrait s'ouvrir, période limitée dans le temps. L'invitation faite à la justice de traiter les recours dans un délai raisonnable semble indispensable. Il n'est pas possible de considérer un dossier caduc après une latence de x années si, par ailleurs, les recours peuvent être déposés les uns après les autres, sans limite de délai : recours concernant l'eau, concernant l'halieutique, les tritons à pattes palmées, les petites fleurs, etc, etc … dans le seul but de retarder indéfiniment la réalisation du projet.

Les choses ne sont certes pas blanches ou noires. Chaque citoyen doit pouvoir trouver son cadre de vie et son équilibre. Au-delà de la question de Notre Dame des Landes et des diverses ZAD que comprend notre pays, se pose une réelle question sociétale. Peux-t-on vivre durablement sur les marges de notre économie ? Peux-t-on vivre avec le RSA pour seul revenu assuré ? Au-delà de cette dernière question, c'est la théorie du revenu universel qui est interrogée.

lundi 6 janvier 2014

Enjeu mondial en Afrique

Dans son édition du 4 janvier, "le Monde" publie un éditorial qui revient sur la position de la France en Afrique.
Cet éditorial prétend illustrer une nouvelle attitude de la France sur ce continent et, par voie de conséquence, revendique une meilleure compréhension de cette attitude de la part de l'Europe, des Etats-Unis et de l'ONU: « l'action de la France en Afrique devient un enjeu mondial » est-il affirmé sans hésitation.

Effectivement, François Hollande a, avant même son accession au pouvoir et depuis celle-ci, tenu un discours d'une tonalité différente que celle que tous ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, François Mitterrand inclus, ont tenu. « La Françafrique, c'est à dire le contrôle post-colonial des intérêts français sur ce continent, c'est fini ». Mais au-delà des mots, qu'en est-il exactement ?
Rappelons tout de même que l'intervention au Mali, longuement préparée à l’avance, s'est déroulée dans l'irrespect des résolutions de l'ONU, sur appel d'un gouvernement provisoire issu d'un coup d'Etat. Les choses ont certes changé d'aspect depuis, mais seulement d'aspect. Il n'est guère possible de parler de victoire: la preuve en est que tout retrait des forces françaises se traduira immédiatement par une résurgence des activistes djihadistes, lesquels sont cachés à peu de distance et susceptibles de déséquilibrer d'autres pays (Niger, Burkina, ..).
Par ailleurs, la situation géo-politique n'est pas réglée, loin s'en faut. Kidal reste une épine dans le pied et de la France et du pouvoir malien d'IBK. Les Touaregs n'ont pas renoncé à leurs revendications d'une certaine autonomie.
En République Centrafricaine, il est certainement trop tôt pour prédire ce que peut être l'évolution de la situation. Tout au plus peut-on constater que la France est intervenue toute seule et qu'aujourd'hui elle est mise en cause, que son impartialité est contestée et que les forces locales qui s'opposent (et se déguisent derrière des considérations religieuses) ne sont pas enclines à laisser agir un quelconque intermédiaire.

Centrafrique (DR)

François Hollande, Laurent Fabius, Jean-Yves Le Drian (Jean-yves Le Drian surtout !) répètent à l'envie que la France joue son rôle en étant présente en Afrique, que sa place y est légitime en raison de son histoire et des liens étroits qui ont été tissés entre le continent noir et la France.
La gauche ne peut-elle pas se poser la question de savoir en quoi l'histoire passée et coloniale de la France en Afrique pourrait apporter une forme de légitimité à ses interventions actuelles ?
Jean-Yves Le Drian ne cesse d'aller en répétant que l'action de la France en Afrique est justifiée par la défense de sa sécurité mise en cause par le terrorisme international issu du djihadisme. Combattre le terrorisme en Afrique serait combattre le terrorisme en France et assurer la protection du pays, telle est la rhétorique habituelle.
La gauche ne peut-elle pas comprendre que ce n'est pas la France que semble viser l'islamisme radical, mais bien l'occident, les « blancs » ? Le dernier otage libéré, le père Georges Vandenbeusch , de façon très naïve, a exprimé ceci en disant « ce n'est pas un prêtre qu'ils voulaient enlever, ils ne savaient même pas ce que c'est, mais ils voulaient enlever un blanc, un occidental ». Alors, si l'islamisme vise l'Occident et non la France, en quoi la position interventionniste de la France est-elle justifiée ?

La réponse à ces deux questions fondamentales que ne se pose pas la gauche française, (que ne se pose pas, non plus, "Le Monde" !) est tellement négative que toutes les interventions françaises débouchent sur un incompris, un inachevé, quand ce n'est pas un gâchis.
L'ONU est plus que réticente à intervenir dans des pays que la France considère comme son territoire préservé, son glacis. Alors, dans le meilleur des cas, elle vote une résolution à peu près favorable, comme en République Centrafricaine, satisfaisant en cela l'esprit de la demande française d’intervention et elle laisse faire.
Quand à l'Europe, comme nous l'avions déjà constaté lors de l'intervention malienne, il lui est insupportable de se voir demander de l'aide, des armes, des soldats, des fonds (une « caisse de guerre »), alors même que la France ne l'a jamais associée à la préparation de ses interventions, voire même qu'elle lui a menti, dans le cas du Mali, en soutenant que « jamais la France n'interviendrait seule ».

Contrairement à ce qu’affirme l'éditorial du "Monde", la France n'était pas la mieux placée pour intervenir en Centrafrique (où est la légitimité de cette intervention?) et elle pouvait ne pas le faire. Elle pouvait, par une intense action diplomatique, au sujet du Mali comme pour le Centrafrique, mobiliser l'Europe, mobiliser les Nations Unies et mettre sur pied une véritable force d'intervention à la fois européenne, internationale et africaine. Elle pouvait tenter de le faire, elle ne l'a pas fait, elle s'est refusée à le faire.
Non seulement, la France ne peut pas rester seule, mais elle ne devait pas partir seule !
Et si elle est partie seule, sachons le bien, ce n'est pas en raison d'histoire à la "Bisounours" selon lesquelles la situation était urgente et qu'il fallait agir vite (« Je n'ai pas eu le temps de vous en parler » a, en substance, dit François Hollande à Angela Merkel qui lui reprochait d'être intervenu seul en Centrafrique !!). Non, l'explication est à rechercher dans cette volonté française de ne pas renoncer aux liens particuliers noués entre la France et l'Afrique, de ne pas renoncer à son potentiel économique qui est si important (dixit "Le Monde"). Ce n'est plus la Françafrique, mais Dieu que ça lui ressemble !

Alors allons encore plus loin dans notre choix d'une force internationale, européenne et africaine pour ramener l'ordre en Afrique. Après l'ordre ; le développement ! Et pas le développement dont rêvent nos stratèges français, celui qui consiste pour nos entreprises à rapatrier largement leurs bénéfices. Les entreprise françaises qui œuvrent réellement pour le développement du continent, qui embauchent du personnel africain, qui réinvestissent leurs profits sur place, se comptent à peine sur les doigts des deux mains.
Le cas du Niger et d'AREVA est exemplaire de cette situation. La lutte de « bras de force «  qui est engagée et dont l'issue reste incertaine est une illustration de ce que devrait pouvoir défendre un pouvoir de gauche: une meilleure répartition des ressources nées de l'exploitation du sous-sol ou du sol d'un pays, et, dans tous les cas, une répartition qui favorise le pays « producteur ». (cf Libé).

Alors oui, une force d'intervention, mais selon un tout nouveau schéma et pour un tout nouvel objectif, tant il est certain que les interventions militaires occidentales en Afrique, comme au Proche-Orient, comme en Afghanistan, n'ont jamais rien produit de positif. Mais pour cela, encore faut-il changer de discours et ne pas se contenter de rhabiller l’ancien discours avec des habits neufs, n'est-ce pas "Le Monde" !



Comment faut-il interpréter ces infos ?
L'Aide Française au Développement est recentrée afin que 85% de celle-ci soient orientés vers les pays africains que sont le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, Djibouti, les Comores, le Ghana, la Guinée, Madagascar, le Mali, la Mauritanie, le Niger, la République centrafricaine, la république démocratique du Congo, le Tchad, le Togo et le Sénégal.

La France redéploie son dispositif militaire au Sahel et fait de Faya-Largeau, au Tchad, le centre de ce dispositif.