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vendredi 5 août 2016

Islamisme radical: sidération, peur et divisions

Le 4 décembre dernier, nous ouvrions notre post par les mots de Spinoza: "Ne pas rire, ni pleurer, ni détester ni maudire, mais comprendre", Faut-il croire que peu nombreux sont ceux qui suivent cet adage et que ceux qui parlent sans chercher à comprendre ou pour défendre d'autres causes sont infiniment plus nombreux ? Toujours est-il que nous sommes passés de la sidération de janvier 2015 (Charlie Hebdo), à la peur de novembre 2015 (Bataclan), puis à la division sociale et politique(Nice juillet 2016 et au-delà). D'aucuns s'aventurent déjà à parler de possible "guerre civile". Comment en est-on arrivé là ?

Plusieurs raisons sont à mettre en évidence.
- Une analyse incomplète des causes de cette violence et des éléments qui la font se développer globalement en Occident.
- Une réponse erronée, et cela est logique puisque les causes ne sont pas identifiées.

Depuis bientôt deux ans, les actions criminelles de l'organisation Etat Islamique nous sont présentées comme quelque chose de nouveau. C'est oublier que le terrorisme islamique, sous la bannière d'Al Qaïda, a plus de trente ans d'existence. Le premier camp d'entraînement de cette structure a été créé en 1984 par Ben Laden. Les premiers attentats meurtriers ont été réalisés dès 1983 par l'Organisation du Djihad Islamique. Il n'y a rien de nouveau et ce que nous n'avons pas pu, ou pas su, combattre depuis plus de trente ans se poursuit aujourd'hui sous le vocable d'EI, ou d'ISIS dans le monde anglophone, (la France étant quasiment la seule à parler de Daech, espérant ainsi exorciser le diable !). Il nous faut également admettre que ce rapide historique fait l'impasse totale sur le terrorisme pro-palestinien (FPLP, Septembre Noir, FDPLP), dont l'un des théoriciens, Abdallah Hazzam, est co-fondateur, avec Ben Laden, d'Al Qaïda.

Dans ce post du 4 décembre, nous avions tenté une "explication". Nécessairement, une double explication: là-bas et ici. Là-bas afin de comprendre, s'il est possible, les divisions du monde arabe, son inadaptation au monde moderne, son ressentiment à l'égard de l'Occident, tout ceci pourri par une lutte acharnée et interminable entre chiites et sunnites. Ici, par le rejet par notre société, de classes d'âge entières, surtout si elles vivent dans les quartiers difficiles de nos villes, par l'absence d'avenir, par le chômage. Faut-il rappeler que celui-ci frappe près de 20% des jeunes européens; 52 % en Grèce, 45% en Espagne, 37% en Italie, 25% en France, ...Ces chiffres sont de mars 2016 ? Sans oublier qu'il ne s'agit-là que de moyennes et que les chiffres sont quasiment à multiplier par deux dans nos "quartiers" !
Nous venons de lire un bouquin paru il y a quelques mois déjà, écrit par Claude Guibal, une journaliste qui travaille à la rédaction de France Inter. C'est dommage de ne le découvrir qu'aujourd'hui tant les évènements vont vite, mais nous pouvons connaître dans "Islamistan, visages du radicalisme" toute une série de portraits d'hommes et de femmes qui ont rejoint, qui ont suivi, ou qui ont quitté cette forme d'intransigeance qu'est l'islamisme radical.(1)
Le dernier portrait que nous livre cet ouvrage est consacré à un homme qui, originaire des Minguettes, s'est rendu en Afghanistan, puis en Bosnie, avant d'être emprisonné plus de trente mois à Guantanamo. Il faut entendre comment le mensonge des USA au sujet des armes de destruction massive ayant justifié l'intervention en Irak a donné naissance à la conviction que tout n'est que complot de la part de l'Occident. Il faut entendre comment la "marche des beurs" de 1983 a été le dernier évènement pouvant donner lieu à un projet d'avenir commun en France. "Aujourd'hui, les jeunes n'ont même plus ce projet commun, dans une société de plus en plus individualiste et matérielle. On a raté sa vie si l'on n'a pas un belle femme, une belle maison, une belle voiture et beaucoup d'argent. Un jeune, il se demande pourquoi aller à l'école, puisque ça ne lui servira pas à avoir un boulot. Il a un sentiment d'échec avant d'avoir commencé, il sait que des portes sont fermées. Et dans ce contexte-là, il y a des gens qui arrivent et qui lui disent: "Regarde-moi, j'ai un projet nouveau, et tout de suite tu vas voir loin". Ça peut être la drogue, tu fais du profit, vite, et tu peux réussir. Ça peut être le djihad, la religion. C'est le projet alternatif."

Islamistan-Claude Guibal (C)

Face à ces deux explications étroitement imbriquées, que nous donne-t-on comme réponse ? Une mise en scène de l'unité nationale qui convainc de moins en moins de monde, qui a des visées électoralistes et qui aboutit aux divisions que l'on constate actuellement.
Le premier élément de cette réponse erronée consiste à nous dire que c'est la France qui est visée. C'est faux ! C'est faux, car c'est oublier bien vite que d'autres pays ont souffert, avant la France, dans leur chair, à cause du terrorisme islamique. Pensons à la Grande-Bretagne le 7 juillet 2005, pensons à l'Espagne le 11 mars 2004, ... C'est faux, parce que dans le même temps où la France est touchée, d'autres pays le sont également. Pensons (entre autres) à la Turquie, au Mali, à la Côte d'Ivoire, à la Tunisie, à la Belgique, à l'Allemagne, aux Etats-Unis, ... sans oublier les massacres commis par Boko Haram. La France n'est visée qu'au même titre que tous les pays occidentaux et tous les espaces où vivent des occidentaux. Il ne sert donc à rien, car cela est faux, de dresser la liste des particularités de la culture française comme le plaisir de chanter et danser, de boire un verre en terrasse ou de fêter le 14 juillet. Pierre Perret s'est fendu d'un (beau) texte dans lequel il dresse la liste des hauts faits de la culture française. Il a juste oublié que les Belges peuvent revendiquer Rubens, Hergé, Magritte, Jacques Brel et les moules-frites. Il a juste oublié que les Allemands peuvent revendiquer Beethoven, le Bauhaus, Max Ernst, Karl Lagerfeld ou la bière de Munich. Il a aussi oublié que les Anglais savent se prévaloir de Shakespeare, William Turner ou Francis Bacon, les Beatles ou les Rolling Stones, Lewis Caroll et les Fish and Chips. Enfin, c'est faux parce que la célébration d'une messe à Saint-Etienne du Rouvray n'est pas (n'est plus) un symbole de notre pays largement déchristianisé. Qu'auraient dit nos édiles si un attentat avait eu lieu à Lourdes ou à La Salette lors des cérémonies mariales ? Auraient-ils invoqué les origines chrétiennes de l'Occident ?

Le second élément de cette réponse erronée consiste à renforcer l'arsenal juridique d'une part et à partir en guerre en Syrie ou en Irak.
L’état d'urgence, récemment prolongé, n'a aucunement prouvé son efficacité. Il a davantage servi à contrôler des militants écologistes ou syndicalistes qu'à pouvoir mettre la main sur des islamistes radicalisés. Certes, quelques projets d'attentats ont été déjoués, mais sans que l'état d'urgence y soit pour grand-chose. Certes, il n'a pas empêché les manifestations contre la loi Travail, ni l'Euro de foot, ni le Tour de France, mais il n'a pas empêché, non plus, le massacre de Nice. Quant à l'épisode funeste de la déchéance de nationalité, il vaut mieux n'en plus parler !
Après le massacre de Nice, François Hollande a annoncé l'intensification des interventions en Syrie et en Irak, de façon à détruire l'EI. Faites donc le rapprochement de cette idée avec le point de vue du djihadiste repenti que Claude Guibal interviewait en début de ce post ! Cela vous semble-t-il répondre au problème ? Il est un vieil enseignement qui dit que "la solution est politique" ... Oui, la solution (à long terme, peut-être) est politique. Elle est exclusivement politique.


Alors, si tout est politique, que nous faut-il faire ? Ou, pour le moins, que nous faut-il essayer de faire, imaginer ? Sur quoi, à propos de quoi, nous faut-il réfléchir ?

- Sur tous les tons et à chaque occasion, notre gouvernement nous rappelle que la France est en guerre. En guerre contre le terrorisme ! Cela est faux. Nous ne sommes pas en guerre, et ceci pour deux (voire trois) raisons évidentes. La première étant que la guerre se déclare contre un adversaire, un ennemi, une chose identifiée, avec laquelle il est possible, éventuellement, de négocier et non pas avec une hydre dont la tête ressurgi toujours depuis plus de trente ans. Ensuite, parce que la guerre, selon la législation française (ainsi que selon la législation de l'ONU) fait l'objet d'une déclaration, d'un débat devant le Parlement, renouvelé si prolongation des interventions. Rien de tout cela n'a été fait, ni en France, ni à l'ONU. Enfin,nous avons vu que l'adversaire se trouve là-bas et ici: faut-il en conclure que la guerre se mène aussi là-bas et ici ? En Grande-Bretagne, en Allemagne, en Suisse, lorsqu'un fou commet un acte de fou, il est traité comme un déséquilibré. En France, quand un fou commet un acte de fou (à Nice par exemple, voire aussi à Saint-Quentin Fallavier), les autorités nous parlent désormais de radicalisation rapide, en quelques heures (!), avant même le début de l'enquête. Il faut bien donner du contenu à notre guerre.

- Mettre un terme immédiat à tout ce qui peux diviser non seulement les Français, mais également les Européens, au-delà des origines sociales, religieuses ou ethniques. En France notamment, là où la laïcité est un pilier de la République, cesser toute forme de discrimination et de mise en demeure. Si la pratique de l'Islam doit être et doit demeurer un choix privé, il importe de ne pas céder à l'injonction dangereuse faite aux musulmans de se prononcer, en tant que musulmans, contre les agissements des terroristes. Qui choisira les "vrais" musulmans ? Qu'adviendra-t-il des athées ? Dans des pays où les majorités deviennent incapables de distinguer une arabe, ou un persan (ou iranien), ou un turc, d'un musulman, puis incapables de distinguer un musulman d'un terroriste, il y a là une obligation inacceptable. Un indispensable retour à une laïcité de forme et de principe est à réaliser très vite. Les positions de l'église catholique qui "prie pour la France", fait carillonner les cloches et en recueille le prime time des journaux du soir, ne sont pas acceptable. Si les quelques excès de comportement des musulmans ne sont pas à encourager, nous nous devons aussi d'avoir une laïcité de modestie et non de conquête.

- Bertrand Schwartz est décédé le 30 juillet 2016, voici quelques jours. Si son nom intervient dans ce texte, c'est parce qu'en septembre 1981, à la demande de Pierre Mauroy, alors ministre de François Mitterrand, il a rédigé un rapport consacré à "l'insertion sociale et professionnelle des jeunes en difficulté", Le constat était le suivant: le taux de chômage des jeunes est nettement supérieur à celui des adultes, les emplois qu'ils occupent sont précaires, le nombre de jeunes qui ont affaire à la justice s'accroît, celui des suicides également. Et de proposer une démarche globale et adaptée aux conditions locales, démarche que des Missions Locales temporaires pourraient mettre en œuvre. "Rien ne se fera sans les jeunes. Toute politique ne peut être entreprise et menée à bien qu’avec ceux à qui elle s’adresse. C’est à eux qu’il revient de donner à l’ensemble des forces sociales concernées des raisons de s’acharner à construire de nouvelles voies." Trente cinq ans plus tard, les Missions Locales existent encore, la détresse des jeunes est encore plus grande, et au-delà de la justice et du suicide, ce sont les maladies psychiatriques qui les guettent.

- Si le terrorisme ne vise pas la France, en tant que France, mais qu'il vise l'Occident, et si cette notion d'Occident est trop grande pour nos esprits, alors il nous faut parler d'Europe. Une Europe bien malade qui se crispe devant ce qu'elle appelle l'afflux, l'invasion de réfugiés et de migrants. Une Europe qui finance d'autres pays pour retenir ces fameux réfugiés au risque de catastrophes humanitaires. Une Europe qui construit des murs, des barricades, des barbelés pour se retrancher sur son pré carré. Une Europe que se délite par le départ prochain des anglais. "Wir schaffen das", a dit Angela Merkel (Nous le ferons), face à l'afflux de migrants que la France n'a accueillis qu'au compte-goutte. A l'issue de la guerre d'Algérie, notre pays a reçu de 700 à 800 000 rapatriés d'Algérie, en un temps record, d'avril à juillet 1962. Cela ne s'est pas réalisé facilement, mais cela a été fait. En 1979, ce sont 120 à 150 000 boat peoples vietnamiens qui ont été reçus par notre pays, qui s'y sont intégrés, qui y ont fait des enfants. Alors, pourquoi cette opposition à recevoir des migrants de Syrie, d'Afghanistan, de Somalie ou d'Erythrée ? Parce que ce sont des musulmans ? Parce que tout musulman est suspect de terrorisme ? Notre silence et notre inaction transforment la Méditerranée en grand cimetière marin: près de 3000 personnes y ont péri depuis le début de l'année 2016. Bien entendu, il n'est pas possible d'accueillir tout le monde ! Mais l'Europe ne peut-elle pas agir et pour la paix et pour le développement économique ?

- Il existe deux conflits majeurs au Proche-Orient et au Moyen-Orient: le conflit israélo-palestinien et la guerre en Syrie. L'un et l'autre apportent leur lot de braises afin de réactiver sans cesse les conflits inter-arabes (là-bas) et les tensions en Occident (ici). La paix, ou à tout le moins un règlement honorable, mettant fin à ces deux conflits ne pourra qu'apporter un souffle nouveau sur le monde arabe et priver l'islamisme radical d'arguments mobilisateurs. Au lieu de cela, la Palestine reste soumise à un solide blocus de la part d'Israël, alors que, chaque année, l'Assemblée Générale de l'ONU vote la même résolution visant à un "Règlement pacifique de la question de Palestine". Quant à la guerre de Syrie qui a entraîné plusieurs centaines de milliers de morts (300 000, 400 000 ?), nous assistons à l'affrontement des dites grandes puissances par forces interposées et à un gigantesque chantage sur la nature et (éventuellement) le nom de celui qui devra diriger la Syrie; pétrole et influence occidentale dans cette partie du monde comptant davantage que la vie des populations.

- Enfin, et ce n'est pas le moindre des engagements politiques que pourrait prendre la France, et sans doute derrière elle une bonne partie de l’Europe: il s'agit de mettre un peu d'ordre dans nos alliances avec les pays engagés dans ces conflits. En Egypte, le Maréchal Sissi est entouré de délicates attentions en échange de l'achat d'avions Rafale, de sous-marins et autres équipements militaires, mais la cause des droits de l'homme en subit quotidiennement les conséquences. Le Qatar et l'Arabie Saoudite, une petite principauté et un vaste Etat, ont en commun d'aider les tenants d'un islamisme ultra-traditionnel, souvent très proche du djihadisme. Le Qatar soutient volontiers les Frères Musulmans, tandis que l'Arabie Saoudite est le soutien des salafistes qui ont rapidement noyauté le mouvement de contestation en Syrie, lors des Printemps Arabes. L'un et l'autre sont extrêmement riches et possèdent de nombreux biens en France: équipe de foot, hôtels, entreprises, ... Notre dépendance est bien réelle et notre discours diplomatique inaudible, surtout lorsqu'il s'accompagne de la remise de la Légion d'Honneur au prince héritier saoudien Mohammed ben Nayef. Tout récemment, c'est au tour de la Libye de devenir le cadre d'un nouvel imbroglio. Alors que l'Europe,les USA et l'ONU se sont entendus pour reconnaître le gouvernement de Fayez el-Sarraj, c'est avec une brigade, voire une milice, que fricote la France: celle du général Khalifa Haftar opposé au Gouvernement. C'est avec ses troupes que trois militaires français viennent de mourir.

S'il nous faut une conclusion, ce sera celle-ci. Malgré toute sa violence, ce conflit idéologique mondial n'est pas nouveau. Il date de plus de trente ans, voire pour certaines racines de près de 70 ans, sitôt la fin de la dernière guerre mondiale. A défaut de parler de "guerre de civilisation" (une thèse globale qui n'explique rien), il est évident que le monde arabe, élargi au monde musulman, superposé à ce qui reste de tiers-monde, conduit une lutte à facettes multiples contre l'Occident. Il s'appuie pour cela sur des éléments objectifs et historiques, parfois encore en activité (comme la gestion des matières premières) et sur des fantasmes d'une unité perdue, si tant est qu'elle ait jamais eu un début de réalité.

L'Occident, puisque c'est de lui qu'il s'agit, se doit de lutter contre cette forme de totalitarisme, mais il ne peut le faire qu'avec discernement (aucun pays, aucune ethnie, aucune religion ne sont acquis de façon générale à cette idée mortelle), avec modestie (les erreurs passées lui interdisent les leçons de morale ou de laïcité militante), avec prudence (le voile ou le burkini ne sont pas des labels d'anti-laïcité), avec cohésion (les catholiques sont parmi les groupes sociaux les plus enclins à la méfiance à l'égard de l'islam), avec détermination et en collaboration avec tous les Etats européens et/ou occidentaux. La solution politique, seule solution possible, relève avant tout du juste développement économique, là-bas comme ici.

Et pour le reste, poursuivre notre vie comme avant, être plus solidaires et RESISTER.


Se soumettre ou résister et vaincre (d'après original 1968)

La lettre M en arabe

En arabe, RESISTANCE se dit "Muqawama", dont la première lettre est un M (mim).

(1) Claude Guibal ouvre son livre par cette même citation de Spinoza, citation qui nous est chère: "Ne pas rire, ni déplorer, ni maudire mais comprendre".

(2) Les commentaires sont ouverts quelques jours, ainsi que sur le post du 4 décembre 2015 et le texte libre consacré à "L'escale de Gaziantep"

lundi 21 octobre 2013

Retour sur l'immigration

Acte premier: 3 octobre 2013. 359 migrants trouvent la mort à quelques encablures de Lampedusa.

Acte second: le 16 octobre 2013.
"Plus de 2.500 enfants de moins de 5 ans sont morts des suites de la malnutrition sur les huit premiers mois de l’année au Niger, l’un des pays les plus touchés par ce fléau, a-t-on appris mercredi auprès de l’Unicef."
"La plupart des victimes sont des nourrissons dans leurs deux premières années, très fragiles. Le Niger n’étant pas en situation de famine, les décès liés à la malnutrition sont bien plus rares chez les enfants plus âgés ou chez les adultes."
"Malgré ce nombre important de décès, la prise en charge de la malnutrition a progressé par rapport à l’année précédente, remarque Guido Cornale, le responsable de l’Unicef au Niger, pays pauvre où elle est endémique et massive."
"Sur 252.427 enfants de moins de 5 ans traités entre le 1er janvier et le 5 septembre 2013 pour malnutrition ou pour des maladies qui lui sont liées, 2.524 sont morts, ce qui représente une mortalité de 1 pour 100, indique M. Cornale à l’AFP."
"En 2012, année de crise alimentaire, la mortalité était de 1,6 pour 100 (environ 5.900 morts sur 370.000 traités), contre 1,4 en 2011, année de bonnes récoltes (env 4100 / 293.000) et 1,7 en 2010, autre année de crise alimentaire (env 5.560 / 330. 000), selon les chiffres de l’Unicef."
"« Chaque enfant mort est une perte de trop. Mais cela montre aussi qu’on arrive à contenir le taux de létalité de la malnutrition aiguë sévère, et même à le faire reculer », observe M. Cornale."
"« Sans l’aide internationale au Niger, on verrait les enfants mourir par dizaines de milliers », ajoute-t-il, saluant également le travail du gouvernement nigérien, qui « répond » aux attentes des bailleurs."
"La malnutrition n’est toutefois « pas seulement une conséquence de l’insécurité alimentaire », explique Guido Cornale, citant aussi « les maladies, qui impactent l’état nutritionnel de l’enfant », l’éloignement des services de santé, des infrastructures déficientes (absence de latrines ou d’eau potable). La bonne santé de la mère allaitante est également un facteur prépondérant."
"Le 7 octobre, le Bureau de affaires humanitaires de l’Onu (Ocha) à Niamey avait rapporté le décès de 362 décès d’enfants dans la seule région de Zinder (centre-est), où 79.087 cas de malnutrition ont été enregistrés du 1er janvier au 23 septembre."
"Le Niger est l’un des dix pays les plus pauvres au monde, malgré des richesses en matières premières (uranium, pétrole). "


Acte trois: Kanar publie un "dessin" dans "Moustiques (Belgique)", repris dans "Le Monde"

Prix Nobel de physique-(C)Kanar

Acte quatre: Le capital au XXI° siècle, de Thomas Piketty. (pages 118 et suivantes).
"La seule situation de déséquilibre continental caractérisé concerne l'Afrique qui est structurellement possédée par les autres continents. Concrètement, d'après les balances des paiements au niveau mondial établies chaque année depuis 1970 par les Nations Unies et les autres organisations internationales (Banque Mondiale, FMI), le revenu national dont disposent les habitants du continent africain est systématiquement inférieur d'environ 5% à leur production intérieure (l'écart dépasse 10% dans certains pays). Il est intéressant de noter que ce flux sortant de revenus du capital est de l'ordre de trois fois plus élevé que le flux entrant de l'aide internationale. Avec une part de capital dans la production de l'ordre de 30%, cela signifie que près de 20% du capital africain est actuellement possédé par des propriétaires étrangers."
"Il est important de réaliser ce que signifie en pratique un tel chiffre.Compte tenu du fait que certains éléments du patrimoine (l'immobilier d'habitation ou le capital agricole) ne sont qu'assez peu possédés par les investisseurs étrangers, cela signifie que la part du capital domestique détenue par le reste du monde peut atteindre 40%-50% dans l'industrie manufacturière, voire davantage dans certains secteurs. Même si les balances de paiement officielles ont de nombreuses imperfections, il ne fait aucun doute qu'il s'agit là d'une réalité importante de l'Afrique actuelle."
(...)
"Quand un pays est pour une large part possédé par des propriétaires étrangers, la demande sociale d'expropriation est récurrente et presque irrépressible. D'autres acteurs de la scène politique répondent que seule la protection inconditionnelle des droits de propriété initiaux permet l’investissement et le développement. Le pays se retrouve ainsi pris dans une interminable alternance de gouvernements révolutionnaires ( au succès souvent limité pour ce qui est de l'amélioration réelle des conditions de vie de leurs populations)et de gouvernements protégeant les propriétaires en place et préparant la révolution ou le coup d'Etat suivant."
(...)
"L'expérience historique suggère que le principal mécanisme permettant la convergence entre pays est la diffusion des connaissances, au niveau international comme au niveau domestique. Autrement dit, les plus pauvres rattrapent les plus riches dans la mesure où ils parviennent à atteindre le même niveau de savoir technologique, de qualifications, d'éducation, et non pas en devenant la propriété des plus riches."

Acte cinq: 16 octobre-Ségolène Royal appelle la gauche à se calmer après l'expulsion d'une jeune kosovare.
Rappelant que "la lutte contre l'immigration clandestine était une valeur de gauche", Ségolène Royal explicite son propos en affirmant: "La gauche ne peut pas accepter que ce soit les populations les plus défavorisées et les immigrés en situation régulière qui subissent l'immigration clandestine".
En clair, Ségolène Royal refuse d'accepter inconsidérément des réfugiés afin de ne pas pénaliser "nos pauvres" et "nos immigrés" !!

Acte six: 24 et 25 octobre-Conseil Européen
Devant l'indignation causée par les récents naufrages en Méditerranée, le Conseil Européen devait aborder la question de sa politique migratoire. Las, les indignations feintes nées des déclarations de Snowden et la révélation du suivi des communications par les USA emportent la mise, et la question de l'immigration reste pratiquement (ou presque) au placard.

Acte sept: 31 octobre-Nouveau drame en Afrique.
87 migrants sont retrouvés morts de faim dans le désert nigérien à quelques kilomètres de la frontière algérienne.


Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que la première cause de l'immigration, c'est la guerre ? (Syrie, Ethiopie, Soudan)
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que la seconde cause de l'immigration, c'est la misère ? (Afrique, Niger, Mali, Sénégal, ..)
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que notre monde est un monde de "libre circulation" de toutes les marchandises et de l'argent (mondialisation) et qu'il n'y a aucune raison pour que n'existe pas la libre circulation des hommes ?
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que notre occident étale des richesses matérielles (argent, mode, technique, ..) et humaines (liberté, émancipation, libre expression, ...) qui ne peuvent que susciter l'envie et la convoitise ?
Faut-il continuer longtemps avant de comprendre que toujours et partout les migrants chassés par la guerre, par la misère ou par l'envie, tenteront de rejoindre les pays de leurs rêves ? Et que Frontex ne servira à rien ? Et que les passeurs existeront toujours (terrible loi de l'offre et de la demande) ?